Il y a des joueurs qu’on a tellement vus sur les terrains qu’on finit par avoir l’impression de les connaître. Aretz fait partie de ceux-là : quinze saisons en tant que joueur professionnel et 373 matchs sous le maillot de l’Aviron Bayonnais, dans un club où presque tout aura changé autour de lui. Présidents, entraîneurs, ambitions, divisions : les années passent, les visages défilent, mais lui reste là, fidèle au poste et au maillot bleu et blanc.
Et pourtant, malgré cette présence presque familière dans le paysage du rugby français, je savais finalement assez peu de choses de l’homme derrière le pilier.
Né à Saint-Jean-de-Luz et élevé à Hendaye, Aretz grandit dans une famille éloignée du rugby, avec des parents qui travaillent chez Sokoa. Il pratique longtemps la natation en compétition et suit toute sa scolarité à l’Ikastola, où il apprend très tôt l’euskara, le français et l’espagnol. Cette immersion dans la langue et la culture basques fait naturellement partie de son quotidien bien avant que le rugby n’entre dans sa vie. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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Le rugby arrive à 14 ans, presque par hasard, lorsque ses copains l’embarquent au Stade Hendayais. Il connaît alors à peine les règles et évolue d’abord en deuxième ligne ou en troisième ligne centre, avant que son gabarit et son évolution ne l’amènent progressivement vers la première ligne.
Après avoir déjà goûté à l’équipe première d’Hendaye, il attire l’attention de plusieurs clubs, parmi lesquels Biarritz, Tarbes et Bayonne. La présence d’un ami déjà parti à l’Aviron finit par peser dans sa décision et, à vingt ans, Aretz rejoint les Reichel bayonnais. Il passe définitivement pilier, commence à s’entraîner avec les professionnels et dispute ses premiers matchs avec l’équipe première en 2005, en Challenge européen, alors qu’il ne joue au poste que depuis peu.
L’inamovible de l’Aviron
La suite va l’installer durablement dans la rotation, notamment grâce à une polyvalence qui lui permet de jouer aussi bien à gauche qu’à droite. Très peu blessé et capable de s’adapter aux besoins successifs des différents staffs, il enchaîne les saisons jusqu’à devenir l’un des visages les plus constants de l’Aviron.
Et de la constance, il en faudra. Pendant ses quinze saisons chez les professionnels, Aretz connaîtra six changements de président et onze de manager, sans même compter tous les entraîneurs qui se succèdent autour d’eux. Les méthodes changent, les discours aussi, le club passe par des périodes d’espoir, de crise, de maintien, de relégation et de remontée, mais lui continue à avancer dans le même registre : beaucoup de travail, peu de bruit, et une capacité à se remettre en question qui lui permet de rester important quel que soit le contexte.
Cette faculté d’adaptation se retrouve jusque dans son rapport à la mêlée, une phase qu’il considère comme un apprentissage permanent.
La mêlée est une école d’humilité et une perpétuelle remise en question. Tu peux dominer ton adversaire sur l’une, puis te faire tordre à la suivante.
Aretz Iguiniz · Épisode 74 de La Cravate
Aretz aura d’ailleurs traversé plusieurs révolutions réglementaires au poste de pilier, depuis les impacts lancés jusqu’aux commandements et aux liaisons actuelles. À chaque changement, il faut ajuster les appuis, les angles, les habitudes et parfois toute une manière d’aborder la mêlée, sans jamais perdre ce goût très marqué pour la technique. C’est encore aujourd’hui l’un des rares aspects du rugby qui lui manque réellement.
Parmi les souvenirs qui l’ont le plus marqué, il ne cite pas spontanément les titres mais ces dernières journées où l’Aviron jouait sa survie. En 2007, Bayonne se déplace à Brive avec la menace d’une relégation qui plane sur les deux équipes et, au retour, les supporters accueillent les joueurs comme s’ils venaient de décrocher le Brennus. Ce type de soirée résume assez bien la pression qui accompagne une grande partie de sa carrière, où chaque point peut parfois peser autant qu’un trophée.
Des descentes, des montées et deux fins de saison folles
En 2015, l’Aviron descend en Pro D2 au terme d’une saison compliquée. À 32 ans, alors que le contexte est rendu encore plus instable par les discussions autour d’une éventuelle fusion avec Biarritz, Aretz choisit de rester. Vincent Etcheto arrive ensuite aux commandes d’un groupe réduit, construit dans l’urgence, qui finira pourtant par retrouver le Top 14 après une saison remarquable et des phases finales vécues comme une véritable aventure collective.
La suite sera tout aussi mouvementée puisque Bayonne redescend immédiatement, traverse ensuite une nouvelle période difficile, puis retrouve les phases finales sous Yannick Bru. En demi-finale face à Oyonnax, l’Aviron est mené 27-9 à la pause avant de renverser totalement le match, puis retrouve Brive en finale. Là encore, tout se joue dans les dernières secondes : Martín Bustos Moyano passe la pénalité de la gagne et offre au club une nouvelle montée en Top 14.
Grégory Arganese fait partie de ceux qu’il côtoie durant ces années-là et qui resteront ensuite dans son cercle proche. Leur relation permet aussi de découvrir une autre facette d’Aretz : assez réservé lorsqu’on le connaît peu, mais beaucoup plus bavard, précis et pointilleux dès qu’il est en confiance, avec un goût assumé pour les détails et la logique.
Sa dernière saison se termine de manière totalement imprévue avec le Covid. Son ultime match restera donc cette victoire contre le Stade Toulousain à Dauger, quelques jours avant l’arrêt du championnat. Il aurait pu chercher une dernière aventure ailleurs, mais n’en voit pas vraiment l’intérêt : toute sa carrière professionnelle s’est faite à Bayonne, et il préfère qu’elle s’achève là où elle s’est construite.
La reconversion arrive presque dans le même mouvement. Formé pour devenir professeur d’EPS, il se tourne finalement vers l’entrepreneuriat et ouvre avec ses associés une boulangerie franchisée à Tarnos. Le cadre change complètement, mais il retrouve rapidement des choses qui lui ressemblent : une équipe à faire fonctionner, des responsabilités, des problèmes à résoudre et la nécessité de travailler suffisamment pour que l’ensemble tienne.
En dehors du travail, certaines attaches restent en revanche parfaitement intactes. La langue et la culture basques occupent toujours une place importante dans sa vie : Aretz parle basque à ses filles et continue à s’impliquer auprès de l’Ikastola dès qu’il le peut.
J’ai découvert quelqu’un d’ultra fidèle à l’image qu’il renvoyait sur le terrain : réservé, humble, travailleur et peu attiré par les grands discours. J’ai passé un super moment avec Aretz et pris beaucoup de plaisir à mieux connaître celui que j’avais vu batailler pendant tant d’années sous le maillot bayonnais.
Bonne écoute !