#65 - Laurent Bénézech

Sans faux-semblant - Rester aligné avec ses valeurs

2h02
Laurent Bénézech, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#65 - Laurent Bénézech, sans faux-semblant - Rester aligné avec ses valeurs
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Laurent a connu les grandes heures du Racing Club de France, porté le maillot du XV de France et participé à la Coupe du monde 1995. Mais son parcours ne se résume pas à ses performances sur les terrains. À plusieurs reprises, ses convictions l’ont conduit à prendre des positions difficiles, notamment pour défendre les intérêts des joueurs puis pour alerter sur certaines pratiques médicales dans le rugby professionnel. Des engagements qui ont profondément marqué ses relations avec un milieu auquel il avait consacré une grande partie de sa vie.

Né en Ariège en 1966, il découvre le rugby à Pamiers, où son père est impliqué dans la vie du club. L’envie ne vient pas immédiatement, car le football l’attire aussi, mais il finit par prendre goût au ballon ovale et gravit progressivement les échelons, jusqu’à découvrir l’équipe première alors qu’il évolue encore chez les juniors. Plutôt contemplatif lorsqu’il est seul, passionné de lecture, Laurent trouve également dans le sport un formidable moyen de dépenser son énergie et de partager des moments avec ses camarades.

En 1985, à 18 ans, il rejoint le Stade Toulousain, mais peine à trouver sa place dans un effectif où la concurrence est particulièrement rude, notamment pour un jeune pilier encore en formation. Il décide alors de poursuivre sa carrière au Racing Club de France, qu’il rejoint en 1989 et avec lequel il remporte le Bouclier de Brennus dès sa première saison.

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Champion de France et international

Au Racing, Laurent découvre un environnement qui lui permet de s’affirmer au plus haut niveau et de côtoyer plusieurs personnalités marquantes du rugby français. Le titre de champion de France 1990 demeure évidemment un souvenir particulier, avec une équipe dont le jeu et la personnalité ont laissé une empreinte durable dans l’histoire du championnat.

Ses performances lui ouvrent ensuite les portes du XV de France, avec lequel il obtient 15 sélections et participe à la Coupe du monde 1995 en Afrique du Sud. Dans le même temps, il poursuit ses études et s’intéresse à des domaines bien éloignés des terrains, notamment l’économie, qu’il étudie jusqu’à obtenir un diplôme de troisième cycle à l’université Paris-Dauphine.

Lorsque le Racing descend en deuxième division, Laurent choisit de découvrir le rugby anglais et rejoint les Harlequins, alors que le professionnalisme commence à transformer profondément la discipline. Après une saison à Londres, il revient en France en 1997 pour porter les couleurs de Narbonne, où il termine sa carrière de joueur en 2000.

Défendre les joueurs, quitte à déranger

Les années 1990 voient le rugby évoluer à grande vitesse, avec l’apparition de contrats professionnels et de nouvelles questions sur les droits et les conditions de travail des joueurs. Laurent s’intéresse très tôt à ces sujets et prend l’initiative de créer, en décembre 1995, l’Association des joueurs de rugby, l’une des premières démarches de représentation collective des rugbymen français.

Cette initiative ne fait pas l’unanimité auprès des dirigeants de l’époque. Laurent raconte les difficultés rencontrées pour faire reconnaître la nécessité d’une organisation défendant les intérêts des joueurs, ainsi que les conséquences que cet engagement a pu avoir sur sa propre carrière internationale.

Après avoir raccroché les crampons, il poursuit sa réflexion sur le rugby en intervenant dans plusieurs médias, à la radio, à la télévision et dans la presse écrite. Son regard devient particulièrement critique sur l’évolution des exigences physiques et de l’encadrement médical des joueurs, au point de consacrer un livre à ces questions en 2014.

Dans Rugby, où sont passées tes valeurs ?, il revient notamment sur ce qu’il pense avoir vécu durant la Coupe du monde 1995 et exprime ses inquiétudes concernant le recours à certains traitements, notamment à base de corticoïdes. Il est important de distinguer ici son témoignage et ses interrogations personnelles de faits qui auraient été établis : Laurent raconte ses soupçons et défend une position critique sur la médicalisation du rugby, sans que ses déclarations suffisent à démontrer l’existence d’un dopage organisé.

Ces prises de position lui valent de nombreuses oppositions et contribuent à l’éloigner progressivement du monde du rugby. Elles témoignent cependant de l’importance qu’il accorde à la possibilité d’exprimer librement ses convictions, même lorsque celles-ci ne rencontrent pas l’adhésion de son entourage.

Vivre sans faux-semblants

Au fil de notre conversation, Laurent revient sur la place qu’il accorde à la liberté individuelle et à la cohérence entre ses paroles et ses actes. Il considère qu’il est essentiel de ne pas consacrer son énergie à vouloir correspondre à une image imposée par les autres, une idée qu’il avait exprimée dans cette phrase retenue lors de la sortie de l’épisode :

Ça ne sert à rien de dépenser trop d’énergie à être ce que l’on n’est pas réellement. La vie est trop courte pour se laisser porter par des apparences et des faux-semblants.

Laurent Bénézech · Épisode 65 de La Cravate

Aujourd’hui, il exerce notamment dans la formation et l’accompagnement en entreprise, loin des terrains de rugby, tout en conservant un goût prononcé pour l’activité physique. Le vélo occupe une place importante dans son quotidien, lui permettant de retrouver le plaisir de l’effort et de se fixer de nouveaux objectifs sportifs.

J’ai pris beaucoup de plaisir à rencontrer Laurent et à découvrir un parcours qui dépasse largement le cadre du rugby. Si nous avons abordé des sujets parfois sensibles, notamment ses prises de position sur l’évolution de notre sport, notre échange a aussi été ponctué de nombreux souvenirs et de moments plus légers. Une belle rencontre avec un homme de convictions, dont le regard mérite d’être entendu, qu’on le partage ou non.

Bonne écoute !

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