En 1985, dans les tribunes du Parc des Princes, un adolescent assiste à la victoire du Stade Toulousain face à Toulon en finale du championnat de France. Fasciné par les joueurs et par le Bouclier de Brennus, David se promet qu’un jour, lui aussi foulera cette pelouse et soulèvera ce trophée. Quelques années plus tard, son rêve deviendra réalité, et même bien au-delà de ce qu’il pouvait imaginer. Mais après une carrière exceptionnelle, marquée par cinq titres de champion de France, une Coupe d’Europe et six sélections avec les Bleus, il devra affronter une épreuve autrement plus difficile que celles rencontrées sur les terrains.
Né en 1970 à Toulouse, David grandit dans une famille où le rugby occupe déjà une place importante. Son père, ancien joueur à Fronton et Saint-Jory, l’encourage à pratiquer ce sport dès l’âge de 6 ans. Au départ, le jeune garçon apprécie surtout de retrouver ses copains et de courir avec un ballon, sans éprouver de véritable passion pour le jeu. Tout change lorsqu’il accompagne son père à Paris pour cette fameuse finale de 1985, dont il conserve encore aujourd’hui un souvenir particulièrement émouvant.
Désormais déterminé à réussir dans le rugby, il rejoint le sport-études de Jolimont et attire rapidement l’attention de plusieurs clubs, dont Colomiers, Graulhet et le Stade Toulousain. David aurait volontiers choisi Colomiers pour y retrouver ses amis, mais ses parents l’encouragent à saisir la chance qui se présente à lui. À 17 ans, il intègre donc les catégories jeunes du Stade, où il côtoie notamment Didier Lacroix et Philippe Carbonneau. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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L’ivresse des sommets
Son ascension est particulièrement rapide. Dès ses premières saisons, David évolue avec des joueurs plus âgés et remporte le championnat de France Reichel en 1988. La même année, il découvre l’équipe première, dans un vestiaire peuplé de joueurs qu’il admirait jusqu’alors depuis les tribunes.
Il raconte avec humour son arrivée parmi ces grands noms du rugby toulousain. Intimidé au point de ne pas oser entrer dans leur vestiaire sans frapper, il finit même par s’asseoir par terre, de peur de prendre la place d’un joueur expérimenté ! Une anecdote qui illustre le chemin parcouru par ce jeune ailier encore impressionné par l’univers dans lequel il vient de faire son entrée.
La saison suivante, David s’installe progressivement dans le groupe professionnel et participe à la finale du championnat de France 1989 face à Toulon. En pénétrant sur la pelouse du Parc des Princes, il retrouve les émotions de l’adolescent qui, quatre ans plus tôt, s’était promis de vivre un jour pareille aventure.
Il devient ensuite l’un des visages de la grande génération toulousaine des années 1990. Sous les ordres de plusieurs entraîneurs emblématiques, il contribue à une période exceptionnelle de l’histoire du club, remportant cinq Boucliers de Brennus, deux Challenges Yves du Manoir et la première Coupe d’Europe en 1996.
Ses performances lui ouvrent également les portes du XV de France, dont il porte le maillot à six reprises. Pour ce garçon qui avait longtemps douté de sa légitimité à rejoindre le Stade Toulousain, ces accomplissements représentent la concrétisation d’une ambition née dans les tribunes du Parc des Princes.
Le vertige de la chute
Pourtant, à partir de 1997, la carrière de David prend une tournure douloureuse. Alors qu’il possède encore toutes les qualités pour évoluer au plus haut niveau, des problèmes de santé inexpliqués commencent à perturber son quotidien et ses performances. Il quitte Toulouse pour Brive, puis rejoint Montauban, mais son état physique se dégrade progressivement et les blessures se multiplient.
Ces difficultés finissent par avoir raison de sa carrière, alors qu’il n’a pas encore 30 ans. Habitué à compter sur son corps pour réaliser ses rêves, David se retrouve confronté à des symptômes qu’il ne comprend pas, sans parvenir à identifier ce qui lui arrive.
En 2002, après plusieurs années d’incertitude, le diagnostic tombe : il est atteint d’une sclérose en plaques, une maladie neurologique chronique qui va profondément bouleverser son existence.
La période qui suit est particulièrement éprouvante. David traverse plusieurs années de dépression, peine à envisager son avenir et se replie progressivement sur lui-même. Le soutien de ses proches joue alors un rôle essentiel, même s’il lui faudra du temps pour accepter la maladie et retrouver l’envie de se projeter.
Un premier tournant intervient lorsqu’il accepte de se rapprocher d’une association de personnes concernées par la sclérose en plaques. D’abord réticent à l’idée de rencontrer d’autres malades, par peur de se confronter à ce que pourrait devenir son propre avenir, il découvre finalement dans ces échanges une nouvelle manière de considérer sa situation.
Le courage de se réinventer
Peu à peu, David retrouve le goût de l’effort et se fixe de nouveaux objectifs. Le sport, qui avait occupé une place si importante dans sa première vie, devient désormais l’un des moyens de conserver son autonomie, de préserver ses capacités et de continuer à avancer.
Il reprend une activité physique régulière, notamment en salle et à vélo, avec une détermination qui rappelle celle du joueur qu’il était autrefois. Mais son rapport à la performance a changé : il ne s’agit plus de remporter une finale ou de décrocher une sélection, mais de progresser à son rythme et de profiter de ce qu’il peut encore accomplir.
Le rugby va également retrouver une place inattendue dans son existence lorsqu’il découvre le rugby à XIII fauteuil. D’abord réticent, David finit par accepter de tenter l’expérience, malgré l’appréhension que lui inspire encore le fauteuil roulant. Lors de sa première séance, il préfère simplement apprendre à le manier, sans même toucher au ballon, avant de se laisser progressivement gagner par le plaisir de jouer.
Cette découverte lui permet de renouer avec les sensations du rugby, mais aussi de porter un autre regard sur le handicap. Lui qui avait longtemps redouté de perdre ses capacités physiques trouve dans cette discipline une nouvelle manière de pratiquer le sport qu’il aime et de partager des moments avec d’autres passionnés.
Je prends la vie comme un long parcours à vélo, avec des cols à passer. Si tu veux les franchir, il faut pédaler. Mais si tu arrêtes de pédaler, tu tombes…
David Berty · Épisode 45 de La Cravate
Cette image résume parfaitement la philosophie qu’il a progressivement construite. David sait que certaines journées seront plus difficiles que d’autres, que ses capacités peuvent varier et que la maladie impose des limites qu’il ne choisit pas. Mais il refuse de laisser ces difficultés définir entièrement son existence.
Il multiplie ainsi les projets personnels, professionnels et sportifs, avec l’envie de continuer à découvrir, entreprendre et partager. Loin de se limiter aux souvenirs de ses années toulousaines, il cherche désormais à tirer le meilleur de chaque journée, encouragé par les proches qui l’ont accompagné dans les moments les plus sombres.
C’est à L’Union, près de Toulouse, dans la salle de sport où il s’entraînait régulièrement, que David m’a reçu pour cet entretien. Un lieu particulièrement symbolique, tant l’activité physique occupe une place importante dans son quotidien et dans sa manière de faire face à la maladie.
J’ai été profondément touché par sa sincérité, par sa capacité à revenir sans détour sur les périodes les plus difficiles de son existence et par cette formidable envie d’avancer qui l’anime. Derrière le champion au palmarès exceptionnel, j’ai découvert un homme attachant, courageux et débordant de projets, dont le parcours force l’admiration. Une rencontre qui m’a particulièrement marqué et qui donne une belle leçon de persévérance, mais aussi d’amour de la vie.
Bonne écoute !