#75 - Ximun Lucu

Au nom des siens - Beti xutik, beti aintzina

2h06
Ximun Lucu, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#75 - Ximun Lucu, au nom des siens - Beti xutik, beti aintzina
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Au départ, Ximun hésitait à venir dans La Cravate : son petit frère Maxime étant déjà passé derrière mon micro, il craignait de ne pas avoir grand-chose à ajouter à une histoire familiale forcément très proche de la sienne. C’était oublier que, même lorsqu’on grandit dans la même maison et avec le même ballon, chacun construit son propre rapport au rugby, aux autres et à ce qu’il veut faire de sa vie.

L’histoire de Ximun commence à Saint-Pée-sur-Nivelle, dans le quartier d’Ibarron, entouré de ses parents, de Maxime, d’une quinzaine de cousins et des copains du village. Il raconte une enfance où le fronton se trouve à quelques dizaines de mètres, les montagnes à peine plus loin et où personne ne ressent vraiment le besoin d’aller chercher ailleurs ce qu’il a déjà sous les yeux. Le rugby débute au SPUC à six ans, mais la pelote prend elle aussi beaucoup de place : champion de France de joko garbi chez les jeunes, il reconnaît qu’il aurait volontiers hésité entre les deux disciplines si elles avaient offert les mêmes perspectives.

C’est finalement le rugby qui l’emmène un peu plus loin de chez lui. Repéré alors qu’il évolue encore dans les équipes de jeunes du secteur, il rejoint le Biarritz Olympique en Crabos. Le contraste est important : le BO vit alors ses grandes années et attire des jeunes venus de partout. Après une première saison où il doit se battre pour exister, il prend progressivement sa place, poursuit en Reichel puis en Espoirs et commence à s’entraîner avec l’équipe première.

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Devant lui se dresse cependant l’un des plus gros effectifs du rugby français de l’époque. À l’arrière, les places sont particulièrement chères et, malgré plusieurs saisons passées à proximité des professionnels, il ne parviendra finalement pas à s’y installer. Au moment où son passage chez les jeunes touche à sa fin, le choix devient d’autant moins évident qu’il a poursuivi ses études, effectué des stages chez Suez et qu’un CDI peut lui offrir une voie toute tracée. Le Stade Montois lui propose au même moment son premier contrat professionnel.

S’éloigner pour grandir

Il part dans les Landes avec l’idée d’essayer, quitte à revenir travailler si l’aventure ne fonctionne pas. Les premiers mois ne dissipent pas vraiment ses doutes : professionnel la semaine, il retrouve régulièrement les Espoirs le week-end et ne compte qu’une feuille de match à Noël. Pour quelqu’un qui a besoin de temps pour trouver sa place et qui se décrit lui-même comme un « diesel », l’incertitude est pesante.

Le Stade Montois va pourtant lui offrir exactement l’environnement dont il avait besoin. Ximun, réservé de nature, met du temps à prendre ses repères, mais Julien Cabannes, Jean-Baptiste Dubié et plusieurs garçons qu’il connaît déjà l’intègrent rapidement au groupe. Une discussion avec Stéphane Prosper finit ensuite par débloquer quelque chose : son entraîneur lui assure qu’il compte sur lui et qu’il aura sa chance. À partir de janvier, les matchs s’enchaînent et, quelques mois seulement après avoir sérieusement envisagé de revenir vers la vie professionnelle qu’il avait préparée, il participe à la finale d’accession remportée face à Pau.

Quand il revient sur ce souvenir, il parle moins du Top 14 qui l’attend que de ses parents et de Maxime présents à Chaban-Delmas. Six mois auparavant, ils s’interrogeaient ensemble sur la suite à donner à son aventure ; ce jour-là, il voit dans leur regard qu’ils sont fiers de lui.

Cette première saison résume assez bien ce qu’il cherchera ensuite dans le rugby. L’année suivante, Mont-de-Marsan ne gagne que deux matchs en Top 14, mais il la classe malgré tout parmi les plus belles de sa carrière tant la vie du groupe l’a marqué. Il restera cinq ans au Stade Montois, connaîtra d’autres phases finales et s’attachera profondément à un environnement qui lui ressemble, au point que son départ en 2016 laissera un véritable pincement.

Seulement, il existe un appel auquel il lui est difficile de résister. Le BO veut le faire revenir et Maxime y est désormais installé. Après s’être longtemps croisés comme adversaires, les deux frères peuvent enfin porter ensemble le maillot du club dans lequel ils ont grandi.

Biarritz, entre fierté et usure

Cette perspective compte énormément dans son choix. Ximun revient avec l’expérience acquise au Stade Montois, l’envie d’aider Biarritz à retrouver les phases finales et surtout celle de vivre quelque chose avec son frère. Sa première saison sera pourtant gâchée par une pubalgie puis par des problèmes aux adducteurs qui lui permettent rarement d’évoluer à son véritable niveau.

La suite de son passage à Biarritz sera faite de hauts, de bas et de nombreuses secousses, à l’image d’un club qui traverse alors une période agitée. Il connaîtra plusieurs campagnes de phases finales et participera largement à la saison 2020-2021, celle qui ramène le BO en Top 14, même s’il est écarté du groupe au moment où se disputent les derniers matchs. Il ne joue ni la finale face à Perpignan ni le barrage contre Bayonne, mais refuse de laisser ces quelques semaines effacer tout ce qui les a précédées.

Lorsqu’il retrouve l’élite la saison suivante, Ximun sent toutefois que quelque chose a changé. Les années ont laissé des traces, notamment sur ses chevilles, et les exigences quotidiennes du rugby professionnel lui pèsent de plus en plus. Il pourrait continuer ailleurs, certaines propositions étant même financièrement intéressantes, mais prolonger pour prolonger ne l’attire pas. À 32 ans, il préfère arrêter.

Après quelques mois nécessaires pour récupérer et réfléchir à la suite, le rugby revient pourtant par une porte qu’il connaît parfaitement. Son père a joué à Saint-Pée, ses oncles ont beaucoup donné au club et l’un de ses cousins en est désormais président. Il reprend une licence avec l’envie de leur rendre un peu de ce qu’il a lui-même reçu et retrouve un rugby dans lequel il peut jouer avec ses cousins, recroiser d’anciens adversaires et simplement profiter.

Je suis content de revenir dans le monde amateur après ma carrière pro. Ça rigole, ça chambre… Gagné ou perdu, ça boit des bières dans le bus… Rien n’a changé et ça fait du bien.

Ximun Lucu · Épisode 75 de La Cravate

La famille revient d’ailleurs bien au-delà du terrain. Au cours de notre échange, il parle avec beaucoup d’émotion de sa tante et marraine, dont la disparition lorsqu’il avait 18 ans l’a forcé à sortir peu à peu de sa grande timidité, mais aussi de son cousin Xavier, avec lequel Maxime et lui formaient un trio extrêmement soudé. Ces passages permettent de comprendre à quel point les siens constituent depuis toujours son point d’ancrage.

Finalement, celui qui pensait ne pas avoir grand-chose à raconter m’a accordé plus de deux heures d’un échange très personnel. Ximun est réservé et il lui faut du temps pour accorder sa confiance, mais c’est justement ce qui donne autant de valeur à tout ce qu’il partage une fois cette barrière passée.

J’ai beaucoup aimé ce moment avec lui, sa sensibilité, son attachement profond à sa famille et cette manière qu’il a toujours eue de revenir vers les endroits et les personnes qui comptent vraiment pour lui.

Bonne écoute !

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