Pendant 16 saisons professionnelles, Julien n’a connu qu’un seul maillot, celui de la Section Paloise. Il a accompagné le club dans ses années de Pro D2, participé à sa remontée en Top 14 et conservé sa place malgré les nombreuses transformations de l’effectif. Une fidélité devenue rare dans le rugby professionnel, qu’il ne considère pourtant pas comme un sacrifice, tant il a trouvé à Pau tout ce qu’il recherchait sur les terrains comme en dehors.
Il grandit à Arrosès, un village béarnais d’environ 200 habitants, au carrefour du Gers, des Landes et des Hautes-Pyrénées. Son père est professeur d’éducation physique et a lui-même joué au rugby, tandis que sa mère tient pendant 20 ans une ferme-auberge dans le village. Passionné de sport dès l’enfance, Julien multiplie les activités et suit naturellement les traces de son père en découvrant le rugby dans le club de Lembeye, où il effectue ses premières années de formation.
Ses qualités lui permettent rapidement d’intégrer les sélections départementales puis le pôle espoirs de Bayonne. À 15 ans, il rejoint les cadets de la Section Paloise, après avoir également été approché par d’autres clubs, notamment Agen. Le contact avec Jean-Marc Lannepetit, alors entraîneur des cadets palois, joue un rôle important dans son choix, qui marquera le début d’une aventure de 18 ans sous les couleurs vertes et blanches. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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Grandir avec la Section
Après être notamment passé par le Pôle France de Marcoussis, aux côtés d’autres grands espoirs de sa génération, Julien découvre l’équipe première quelques mois après sa majorité. En 2006, lorsque la Section descend en Pro D2, il commence à prendre davantage de responsabilités au sein d’un groupe qui va progressivement se reconstruire pour retrouver l’élite.
Pendant 9 saisons, Pau évolue ainsi en deuxième division, connaît plusieurs campagnes de phases finales et se rapproche progressivement de son objectif. Julien accompagne cette progression, gagne en expérience et devient l’un des cadres du vestiaire, jusqu’au titre de champion de France de Pro D2 en 2015, synonyme de remontée en Top 14.
Le retour parmi les meilleures équipes françaises s’accompagne de recrutements importants et d’une concurrence accrue. Julien doit s’adapter, mais continue à conserver la confiance de ses entraîneurs et de ses coéquipiers, portant également le brassard de capitaine durant cette période.
Sollicité à plusieurs reprises par d’autres clubs, il choisit pourtant de rester à Pau, où il a construit l’essentiel de sa vie personnelle et sportive. Une décision qui ne relève pas simplement de l’habitude, mais d’un attachement profond à son territoire et à toutes les personnes rencontrées pendant ces années.
Au moment de raccrocher les crampons en 2021, Julien totalise 310 matchs professionnels et 40 essais sous le maillot palois. Il quitte le club après 18 saisons au total, dont 16 chez les professionnels, avec le sentiment d’avoir pleinement profité de cette aventure.
Apprendre à vivre autrement
Si sa carrière lui a apporté énormément de satisfactions, la transition vers l’après-rugby se révèle plus délicate. Julien reconnaît ne pas avoir suffisamment anticipé cette nouvelle étape et raconte les difficultés rencontrées lorsqu’il a fallu retrouver un rythme, des projets et une place en dehors d’un univers qui avait structuré presque toute son existence.
Il avait pourtant envisagé plusieurs pistes de reconversion au fil des années, dont un projet assez inattendu de boulangerie en Australie, évoqué au cours de notre échange. Finalement, il choisit de reprendre des études et s’engage dans une formation d’animateur qualité, sécurité et environnement, alternant les cours à Bordeaux et les périodes en entreprise.
Cette démarche représente un changement important pour un homme qui a consacré tant d’années au rugby, mais elle lui permet de découvrir un nouvel environnement professionnel et de construire progressivement ses propres repères. Julien aborde cette période avec beaucoup de sincérité, sans chercher à masquer ce qu’elle a pu avoir de déstabilisant.
Avec le recul, il mesure aussi la richesse des relations nouées pendant sa carrière. Rester dans le même club ne l’a jamais empêché de rencontrer des joueurs venus de tous horizons, de découvrir de nouvelles cultures et de partager des expériences qui ont largement dépassé le cadre sportif.
C’est une fierté de me dire que j’ai fait toute ma carrière à la Section Paloise. J’ai pu y côtoyer des gens du monde entier en restant chez moi, dans le Béarn.
Julien Fumat · Épisode 60 de La Cravate
Le rugby occupe désormais une place différente dans sa vie, mais Julien conserve un attachement particulier à la Section et à tous ceux qui ont partagé son parcours. Il se consacre également à sa famille et à ses nouveaux projets, avec l’envie de profiter pleinement de ce quotidien qu’il apprend à organiser autrement.
Son attachement au Béarn dépasse d’ailleurs largement le rugby. Julien est également très sensible à la culture occitane, à ses traditions et à cette identité locale dans laquelle il a grandi, et qu’il tient à faire vivre. Un enracinement qui occupe une place importante dans sa façon d’envisager la vie et les relations humaines.
Julien m’a accueilli chez lui à Pau pour une discussion pleine de sincérité, au cours de laquelle nous avons autant parlé de rugby que de famille, de racines et de nouveaux projets. Derrière le sportif accompli, j’ai découvert quelqu’un de profondément humain, avec une vraie sensibilité et des valeurs auxquelles il est très attaché. Un très beau moment en compagnie de Julien, dont la gentillesse m’a réellement touché.
Bonne écoute !