#40 - Aristide Barraud

Vivre pour tromper la mort - La reconstruction par la passion

1h44
Aristide Barraud, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#40 - Aristide Barraud, vivre pour tromper la mort - La reconstruction par la passion
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Aristide n’a jamais été du genre à faire les choses à moitié. Qu’il s’agisse de rugby, d’écriture ou de photographie, il s’investit avec une intensité peu commune, animé par cette envie permanente d’apprendre, de progresser et de repousser ses propres limites. Une exigence qui lui a permis de construire une belle carrière de rugbyman professionnel, avant que les attentats du 13 novembre 2015 ne viennent bouleverser son existence. Depuis, il a dû apprendre à vivre autrement, sans pour autant renoncer à cette énergie qui le pousse à explorer de nouveaux horizons.

Né en 1989, il passe son enfance à Châtenay-Malabry, dans une cité de la banlieue parisienne où les journées sont rythmées par les parties de football et les jeux improvisés avec les copains. Pourtant, le rugby fait déjà partie de son histoire familiale : son père, ses oncles et son frère ont tous pratiqué ce sport. Le jeune garçon ne s’y intéresse véritablement qu’après le déménagement de sa famille à Massy, lorsqu’il découvre le ballon ovale lors d’une initiation organisée à l’école par des éducateurs du club local.

Cette rencontre change sa vie. Parmi les éducateurs venus faire découvrir le rugby aux élèves de son école figure Alain Gazon, dont le travail de formation à Massy a permis à de nombreux jeunes d’accéder au haut niveau. Aristide rejoint le club à 10 ans et découvre une discipline qui répond parfaitement à son tempérament, entre goût de l’affrontement, liberté de création et plaisir du jeu collectif. Dès ses premiers entraînements, il se lie d’amitié avec des garçons qui deviendront ses compagnons de route pendant de nombreuses années.

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L’ambition chevillée au corps

Très vite, Aristide décide qu’il sera rugbyman professionnel. Alors que ses camarades profitent de leur enfance avec davantage d’insouciance, il organise déjà ses journées autour des entraînements, de la préparation physique et des études. À seulement 12 ans, il tient même un carnet dans lequel il consigne ses séances et ses objectifs !

Cette discipline lui permet d’intégrer le pôle espoirs du lycée Lakanal, à Sceaux, et de poursuivre son ascension au sein des sélections nationales de jeunes. Formé dans l’exigeante école massicoise, il rejoint ensuite le Stade Français à 18 ans, avec la ferme intention de s’imposer au plus haut niveau.

Mais malgré ses qualités et son investissement, il ne parvient pas à trouver véritablement sa place dans l’effectif parisien. Plutôt que de rester dans l’attente d’une opportunité qui tarde à venir, il fait le choix de retourner à Massy en 2011, où il retrouve du temps de jeu, des responsabilités et une partie de ses amis d’enfance.

Après avoir découvert la Pro D2, il décide de tenter une aventure à l’étranger et rejoint l’Italie. Il évolue d’abord à Piacenza, puis à Mogliano, où ses performances attirent rapidement l’attention. Parfaitement intégré à son nouvel environnement, il progresse au point d’entrer dans les projets de la fédération italienne, avec la perspective de disputer la Coupe du monde 2019 sous les couleurs de la Squadra Azzurra.

À 26 ans, il se sent enfin pleinement épanoui dans son rugby. Après des années de sacrifices et d’incertitudes, il a trouvé sa place et commence à entrevoir l’aboutissement de ses ambitions.

Le jour où tout a basculé

Le 13 novembre 2015, Aristide se trouve à Paris pour passer quelques jours auprès de sa sœur et de ses amis. Alors qu’ils circulent près du restaurant Le Petit Cambodge, ils sont pris dans l’attaque terroriste qui frappe les terrasses du quartier.

Dans cette situation d’une violence extrême, il tente de protéger sa sœur, elle aussi touchée par les tirs. Grièvement blessé par plusieurs balles, il reçoit notamment les premiers secours de Serge Simon, ancien international et médecin urgentiste, qui se trouve à proximité et intervient pour lui venir en aide.

Commence alors une longue période de soins et de rééducation. Son corps a subi des blessures considérables, mais Aristide refuse d’abandonner immédiatement l’idée de rejouer au rugby. Il mobilise toute l’énergie et toute la discipline qui l’avaient accompagné depuis l’enfance pour tenter de retrouver ses capacités physiques.

Les progrès sont impressionnants, au prix d’efforts immenses, mais les conséquences de ses blessures finissent par rendre impossible un retour au niveau professionnel. Il doit se résoudre à renoncer à la carrière qu’il avait imaginée depuis ses premières années à Massy.

Cette épreuve l’amène aussi à porter un regard différent sur ce qui dépend réellement de lui. Plutôt que de consacrer toute son énergie à ce qu’il ne peut plus changer, il s’efforce de rester maître de ses décisions et de la manière dont il construit la suite de son existence.

Il y a ce qu’il nous arrive et ce qu’on en fait… Il faut se concentrer sur ce qu’on maîtrise. Tout le reste, on doit le laisser de côté.

Aristide Barraud · Épisode 40 de La Cravate

Cette manière d’appréhender les épreuves ne s’est pas construite du jour au lendemain. Elle accompagne une reconstruction au cours de laquelle Aristide apprend progressivement à déplacer son énergie vers d’autres projets, sans renier les ambitions qui l’ont animé pendant toute sa jeunesse.

D’autres horizons à conquérir

Privé de rugby, Aristide découvre progressivement dans la création artistique un nouveau terrain d’expression. Il commence par écrire, photographier et dessiner, souvent de manière instinctive, avant de se consacrer à ces disciplines avec la même rigueur qu’autrefois à ses entraînements.

Autodidacte, il passe de longues heures à étudier les œuvres d’autres artistes, à fréquenter les bibliothèques et à expérimenter différentes techniques. Ses premières créations, parfois réalisées directement dans la rue ou sur des photographies, lui permettent d’exprimer autrement sa sensibilité et son regard sur le monde.

L’écriture prend elle aussi une place considérable dans sa vie, jusqu’à la publication de ses propres textes. Ce nouveau parcours lui ouvre des perspectives qu’il n’aurait probablement jamais envisagées quelques années plus tôt, lorsqu’il consacrait toute son énergie à sa carrière sportive.

Loin de considérer cette reconversion comme un simple refuge, il l’aborde comme une véritable aventure, avec ses exigences, ses découvertes et cette satisfaction de parvenir à maîtriser progressivement de nouvelles formes d’expression.

Ce qui frappe également chez Aristide, c’est son absence d’aigreur. Il ne minimise ni la violence de ce qu’il a vécu ni les conséquences de cette soirée sur sa vie, mais refuse de laisser cet événement définir à lui seul son identité. Sa curiosité, son envie d’entreprendre et sa capacité à se passionner pour de nouveaux projets occupent désormais une place centrale dans son quotidien.

C’est chez lui, dans le quartier de Ménilmontant à Paris, qu’il m’a reçu pour cet entretien. Nous avons pris le temps de revenir sur son enfance, son parcours sportif, cette nuit qui a bouleversé son existence et les chemins qu’il a empruntés depuis.

J’ai été profondément marqué par notre rencontre. Par sa détermination, bien sûr, mais aussi par la richesse de ses réflexions, son ouverture d’esprit et cette capacité à regarder l’avenir sans ressentiment. Ses amis l’ont toujours décrit comme quelqu’un d’un peu à part. Après avoir passé ce moment en sa compagnie, je crois surtout avoir rencontré une personnalité véritablement extraordinaire.

Bonne écoute !

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