Pendant neuf ans, Yannick a fait de la musique à contrecœur, sous l’insistance de sa mère, enseignante. Une véritable corvée pour ce garçon du Gers qui préférait largement taper dans une balle ou courir après un ballon. Avec le recul, il lui en est pourtant reconnaissant, car cette ouverture à un univers qui ne l’attirait guère lui a apporté bien davantage qu’il ne l’imaginait à l’époque.
Passionné de tennis et admirateur de Yannick Noah, il se serait volontiers vu sur les courts du circuit professionnel. Mais son gabarit le conduit progressivement vers le rugby, qu’il pratique d’abord à Masseube, puis à Auch, avec l’ambition de marcher dans les pas des joueurs qu’il encourageait depuis les tribunes.
Le jeune Gersois rêve alors d’évoluer en troisième ligne, jusqu’à ce que Daniel Santamans, son entraîneur chez les juniors du Stade Toulousain, lui conseille de poursuivre au talonnage. Yannick accepte ce changement et poursuit sa progression sans négliger ses études, qui le mèneront jusqu’à l’obtention d’un diplôme d’école de commerce. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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La victoire comme exigence quotidienne
Lorsque le rugby devient professionnel, Toulouse ne le conserve pas dans son effectif et Yannick rejoint l’US Colomiers en 1997. Il y découvre un club aux moyens limités, mais animé par une formidable camaraderie, où il côtoie notamment Fabien Galthié et Jean-Luc Sadourny. Deux saisons particulièrement heureuses, ponctuées par la conquête du Challenge européen, avant son retour chez les Rouge et Noir en 1998.
Il retrouve alors une équipe où la compétition imprègne chaque instant du quotidien, bien au-delà des rencontres officielles. À Toulouse, personne ne supporte de perdre, qu’il s’agisse d’un match de championnat, d’une partie de cartes ou d’une sortie à vélo entre coéquipiers. Cette exigence permanente forge son caractère et lui apprend à toujours repousser ses limites pour contribuer à la réussite collective.
Au fil des saisons, il remporte deux titres de champion de France et deux Coupes d’Europe, tout en honorant dix-huit sélections avec le XV de France, avec lequel il décroche également deux Grands Chelems. Un palmarès exceptionnel pour celui qui estime ne pas avoir été naturellement aussi doué que certains de ses partenaires et qui a dû travailler sans relâche pour conserver sa place parmi les meilleurs.
De cette période, il retient autant les trophées que les hommes qui l’ont accompagné, particulièrement les entraîneurs qui ont su lui transmettre leur passion et leur manière d’aborder le métier. Il ne se doute pas encore que ces enseignements lui serviront bientôt à son tour.
De joueur à entraîneur, un virage inattendu
En 2007, alors qu’il s’apprête à raccrocher les crampons, Yannick envisage de se consacrer à un cabinet de gestion de patrimoine qu’il a créé grâce à sa formation dans la finance. Guy Novès lui propose cependant de rejoindre son encadrement technique, une marque de confiance qui ouvre une nouvelle carrière à celui qui n’avait jamais véritablement songé à entraîner.
Le passage du terrain au banc s’effectue dans la continuité de son histoire toulousaine, mais les responsabilités changent profondément. Il lui faut désormais réfléchir au jeu, préparer les séances et accompagner des joueurs qui étaient parfois ses partenaires quelques mois auparavant. Cette nouvelle activité le passionne rapidement et lui permet de participer à une autre période de réussite pour le club.
En 2012, il choisit néanmoins de quitter cet environnement familier pour rejoindre l’encadrement du XV de France. L’expérience se révèle beaucoup plus difficile qu’il ne l’avait imaginé, notamment en raison du peu de temps disponible avec les internationaux et des relations complexes entre les clubs et la sélection. Habitué à construire patiemment la performance au quotidien, il découvre les contraintes d’un fonctionnement dans lequel il ne maîtrise qu’une partie des paramètres.
Ces années auprès de Philippe Saint-André, puis de son ancien mentor, se terminent douloureusement, mais lui permettent aussi de remettre en question certaines certitudes. Yannick reconnaît volontiers les erreurs qu’il a pu commettre et estime avoir davantage appris de ces difficultés que de certaines victoires remportées auparavant.
Bâtir sans renier ses convictions
Lorsqu’il rejoint l’Aviron Bayonnais en 2018, le club évolue en Pro D2 et lui propose, pour la première fois, de prendre la responsabilité d’une équipe professionnelle. Yannick découvre un nouveau rôle, qu’il préfère d’ailleurs désigner simplement comme celui d’entraîneur principal, tant il tient à conserver un lien direct avec les joueurs et le travail sur le terrain.
Au Pays basque, il doit composer avec une identité régionale très forte, des moyens plus modestes et un groupe qu’il ne peut pas diriger de la même manière qu’un effectif habitué aux grandes compétitions européennes. Cette expérience l’amène à développer davantage la pédagogie et l’accompagnement individuel, tout en conservant l’exigence qui l’a toujours guidé.
Dès sa première saison, Bayonne remporte le championnat de Pro D2 et retrouve le Top 14. Mais au-delà des résultats, Yannick s’attache à faire progresser ses joueurs et à construire un projet dans lequel chacun puisse trouver sa place.
Avec les années, son regard sur la réussite s’est enrichi d’une réflexion plus personnelle. Lui qui a grandi dans un environnement où la victoire occupait une place considérable accorde désormais une importance particulière aux relations qu’il noue avec ceux qu’il entraîne et aux souvenirs qu’il leur laissera.
Ce qui m’importe, c’est que les joueurs que j’ai entraînés, les gens que j’ai croisés, gardent une bonne image de moi.
Yannick Bru · Épisode 17 de La Cravate
Nous nous sommes retrouvés au stade Jean-Dauger, à Bayonne, pour cet entretien enregistré sous le soleil de la fin de l’été 2020. J’étais particulièrement heureux de pouvoir discuter avec Yannick, dont j’admirais le parcours depuis mon enfance, et cette rencontre avait une résonance toute particulière pour moi.
Enfant, alors que je jouais en poussins à Saint-Gaudens, Yannick m’avait remis une médaille lors d’un tournoi et signé un autographe que je conserve encore aujourd’hui. Plus de vingt-cinq ans après, quel plaisir de pouvoir échanger avec celui que j’admirais étant gamin !
J’ai adoré découvrir son regard sur ses réussites comme sur ses échecs, et particulièrement apprécié sa franchise et son exigence. Un très beau moment avec un homme entier et passionné, que je suis heureux de partager avec vous !
Bonne écoute !