#66 - Pierre Berbizier

Insubmersible et passionné - Se forger dans l'adversité

1h54
Pierre Berbizier, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#66 - Pierre Berbizier, insubmersible et passionné - Se forger dans l'adversité
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Deux Grands Chelems, une finale de Coupe du monde et un Bouclier de Brennus : Pierre possède l’un des plus beaux palmarès du rugby français. Pourtant, lorsqu’il revient sur sa carrière, ce sont aussi les doutes exprimés à son égard et les obstacles rencontrés qui occupent une place importante dans ses souvenirs. De ses premières années au FC Lourdes jusqu’à ses fonctions de sélectionneur et d’entraîneur, il a souvent eu le sentiment de devoir prouver davantage que les autres, sans jamais perdre cette passion du rugby qui l’accompagne depuis l’enfance.

Né à Saint-Gaudens, Pierre grandit sur le plateau de Lannemezan, dans une famille où le ballon ovale est omniprésent. Son père, qui a notamment joué aux côtés de Lucien Mias à Mazamet, devient ensuite capitaine-entraîneur du CAL, tandis que son grand-père suit attentivement les progrès du jeune garçon. Les parties improvisées dans la cour de l’école ou en attendant le bus rythment son enfance, et il raconte même que ses premiers pas auraient été motivés par l’envie de courir après un ballon.

Au Cercle Amical Lannemezanais, il commence comme trois-quarts centre, à l’image de son père, et remporte le championnat de France cadets en 1975. Mais son grand-père est persuadé qu’il possède les qualités nécessaires pour évoluer à la mêlée, un conseil qui prendra tout son sens lorsqu’il rejoindra le FC Lourdes après une saison en équipe première à Lannemezan.

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Le numéro 9 des grandes années

À Lourdes, Pierre découvre un club chargé d’histoire et prend rapidement conscience de ce que représente le maillot rouge et bleu. Pour mieux comprendre cet environnement, il va spontanément à la rencontre des anciens, notamment Jean et Maurice Prat, dont il écoute les souvenirs et les conseils. Repositionné au poste de demi de mêlée, il s’affirme progressivement parmi les références françaises, jusqu’à obtenir ses premières sélections avec le XV de France.

Durant plus de 10 ans, il devient l’un des hommes forts de la sélection, dont il porte également le brassard de capitaine. Avec les Bleus, il remporte six Tournois des Cinq Nations, dont les Grands Chelems de 1981 et 1987, avant de participer à la première Coupe du monde, conclue par une finale face à la Nouvelle-Zélande.

En 1985, il rejoint le SU Agen, avec lequel il décroche le Bouclier de Brennus en 1988. Ce changement de club répond également à des considérations personnelles : Pierre raconte avoir cherché à mieux organiser sa vie familiale, quitte à envisager un temps d’arrêter le rugby si aucune solution ne se présentait. Une décision qui rappelle combien les contraintes de l’époque pouvaient peser sur des joueurs pourtant installés au plus haut niveau international.

L’autre côté du terrain

À peine sa carrière de joueur terminée, Pierre est nommé sélectionneur du XV de France en 1991. Une prise de fonction particulièrement précoce qui l’amène à diriger certains joueurs qu’il côtoyait encore peu de temps auparavant. Il doit alors construire sa propre méthode, affirmer son autorité et composer avec une exposition médiatique autrement plus importante que celle qu’il avait connue sur le terrain.

Son passage à la tête des Bleus s’achève après la Coupe du monde 1995, marquée notamment par la douloureuse demi-finale perdue contre l’Afrique du Sud. Cette rencontre et les circonstances qui l’ont entourée occupent une place importante dans ses souvenirs, tout comme les rapports parfois complexes qu’il a entretenus avec les instances et certains acteurs du rugby français.

Après quelques années de recul, Pierre retrouve les bancs de touche à Narbonne, avant d’être nommé sélectionneur de l’Italie en 2005. Il accompagne la progression de la Squadra Azzurra jusqu’à la Coupe du monde 2007, puis rejoint le Racing Métro, qu’il conduit de la Pro D2 aux phases finales du Top 14.

Son parcours d’entraîneur le mène enfin à Bayonne en 2017, dans un club traversé par des tensions internes et des difficultés sportives. Avec le recul, il évoque sans détour les obstacles rencontrés et les désaccords qui ont parfois compliqué ses différentes missions, convaincu que les résultats ne peuvent être séparés de l’environnement dans lequel une équipe évolue.

Toujours le goût de l’effort

Pierre a connu le rugby amateur, ses changements successifs et l’avènement du professionnalisme, d’abord comme joueur puis depuis le bord des terrains. Cette expérience nourrit son regard sur les évolutions du jeu, les responsabilités des entraîneurs et la façon dont les clubs sont aujourd’hui dirigés.

Désormais moins présent dans les stades, Pierre continue pourtant à rechercher l’effort et les défis sportifs, notamment à vélo, une discipline dans laquelle il a retrouvé le plaisir de se dépasser et de parcourir les cols pyrénéens. Il y voit d’ailleurs de nombreux points communs avec le rugby, à commencer par l’engagement physique et mental nécessaire pour aller au bout de ses objectifs.

Il y a de nombreuses similitudes entre rugby et vélo.
Dans les deux cas, cela requiert un engagement total.
C’est un combat dans lequel il faut accepter de souffrir pour avancer !

Pierre Berbizier · Épisode 66 de La Cravate

Cette exigence l’accompagne depuis ses premières années de joueur et reste présente dans sa manière d’aborder le sport, bien après la fin de sa carrière d’entraîneur.

C’est grâce à Jean-Pierre Garuet, son ancien coéquipier au FC Lourdes et avec le XV de France, que j’ai eu le plaisir de rencontrer Pierre chez lui, sur le plateau de Lannemezan. L’occasion de revenir sur son immense parcours, mais aussi d’évoquer les amitiés nouées au fil des années, notamment avec Jean-Pierre et Philippe Dintrans, qui occupent toujours une place importante dans sa vie. Une conversation particulièrement riche, avec un homme passionné qui a traversé plusieurs décennies de rugby français et conserve un regard exigeant sur son évolution.

Bonne écoute !

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