Il y a des joueurs dont le nom traverse les générations, et Philippe Sella appartient incontestablement à cette catégorie. Avec 111 sélections sous le maillot du XV de France, deux titres de champion de France et une carrière qui l’a conduit jusqu’en Angleterre, il a durablement marqué l’histoire du rugby. Pourtant, avant de devenir l’une des premières grandes vedettes internationales de notre sport, il était simplement un garçon de la campagne lot-et-garonnaise qui rêvait de porter un jour les couleurs du SU Agen.
Né en 1962, Philippe grandit dans une famille d’agriculteurs à Bourran, dans la vallée du Lot. Son enfance se partage entre l’école, les travaux de la ferme et les dimanches au bord des terrains, où il retrouve ses camarades pour jouer au ballon pendant que son père défend les couleurs de Clairac. Ce dernier continuera d’ailleurs à jouer jusqu’à 42 ans, transmettant à son fils une passion qui ne le quittera plus.
Philippe fait ses premières armes au rugby à XIII, avant d’intégrer l’école de rugby à XV de Clairac, tout juste créée par Vincent Milan, un professeur de mathématiques. Ils ne sont alors que quelques garçons à s’entraîner ensemble, mais les années passées dans ce petit club lui permettent de nouer des amitiés durables et de découvrir tout ce que le sport peut apporter au-delà des résultats. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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À l’adolescence, une photographie de l’équipe d’Agen championne de France en 1976, exposée chez le forgeron de son village, nourrit ses ambitions. Il rêve désormais de rejoindre le SUA, et voue également une admiration immense à Jean-Pierre Rives. Lorsqu’il parvient à convaincre son père de l’emmener assister à une rencontre entre Agen et Toulouse, il attend longuement la sortie de son idole, mais reste finalement trop impressionné pour oser lui serrer la main. Quelques années plus tard, les deux hommes porteront ensemble le maillot du XV de France.
L’accomplissement d’un rêve
Après avoir passé ses jeunes années à Clairac, Philippe rejoint le SU Agen à 17 ans et réalise ainsi un premier objectif qui lui tenait particulièrement à cœur. Il découvre l’équipe première avant ses 19 ans et s’empresse, après son premier match, de retourner dans son village pour raconter cette expérience à ceux avec lesquels il avait appris le rugby.
Sa progression est fulgurante puisqu’il devient international dès 1982, entamant une aventure qui durera jusqu’en 1995 et fera de lui l’un des plus grands centres de l’histoire du rugby français.
Avec Agen, il remporte deux Boucliers de Brennus, en 1982 et 1988, ainsi que deux Challenges Yves du Manoir. Fidèle à son club pendant l’essentiel de sa carrière, il contribue à écrire quelques-unes des plus belles pages de l’histoire du SUA, au sein d’une génération particulièrement talentueuse.
Son parcours avec les Bleus est tout aussi exceptionnel. Philippe dispute 13 Tournois des Cinq Nations consécutifs entre 1983 et 1995 et participe à trois Coupes du monde, dont la première édition en 1987, conclue par une finale face à la Nouvelle-Zélande. Il prend également part à la formidable campagne de 1995, qui voit la France échouer en demi-finale contre l’Afrique du Sud.
Mais c’est peut-être son extraordinaire longévité internationale qui illustre le mieux la dimension de sa carrière. En devenant le premier joueur de rugby à atteindre les 100 sélections, toutes nations confondues, Philippe franchit un cap que personne n’avait encore approché de cette manière et achève son aventure en Bleu avec le total impressionnant de 111 rencontres.
L’envie de découvrir d’autres horizons
À l’issue de son parcours agenais, Philippe fait un choix encore peu courant chez les joueurs français de son époque : traverser la Manche pour rejoindre les Saracens. Il découvre ainsi le rugby anglais au moment où le professionnalisme transforme profondément l’organisation des clubs et le quotidien des joueurs.
Cette expérience lui permet de prolonger sa carrière dans un environnement différent, tout en poursuivant d’autres activités professionnelles. Car Philippe n’a jamais envisagé de consacrer toute son existence à la seule pratique du rugby, et il commence très tôt à développer des compétences dans le monde de l’entreprise.
Parallèlement à ses années de joueur, il s’intéresse notamment à la communication et noue des relations durables avec de nombreux acteurs économiques. Une curiosité qui lui permettra, après sa retraite sportive, de créer et de développer différentes entreprises, tout en poursuivant pendant plusieurs années une activité de commentateur sur Canal+.
Son attachement au rugby demeure néanmoins intact. Philippe continue à s’investir auprès du SU Agen, auquel il reste profondément lié, et met son expérience au service de différentes missions au sein du club. Derrière l’ancien international se dessine ainsi un homme d’initiatives, attaché à ses racines mais toujours désireux de découvrir de nouvelles activités.
Des réussites au service des autres
Cette volonté d’entreprendre prend également une dimension profondément humaine avec la création, au début des années 2000, de l’association Les Enfants de l’Ovale. Philippe et les personnes qui l’accompagnent souhaitent alors permettre à des jeunes issus de milieux défavorisés de trouver, grâce au rugby, des repères et des possibilités d’épanouissement.
L’action de l’association repose sur trois piliers : le sport, l’éducation ainsi que la santé et la nutrition. Au fil des années, elle se développe en France et dans plusieurs pays africains, accompagnant des milliers d’enfants, garçons et filles, pour lesquels le rugby devient un formidable outil de partage et de développement personnel.
Cet engagement fait écho à sa propre enfance et à ce qu’il a lui-même reçu de ses parents, de ses éducateurs et de ses coéquipiers. Philippe n’oublie pas que les rencontres et les encouragements dont il a bénéficié ont largement contribué à façonner son parcours, bien au-delà de ses qualités sportives.
J’étais timide dans la vie, mais une fois sur le terrain, j’étais galvanisé. Je suis allé au-delà des rêves que j’ai pu avoir.
Philippe Sella · Épisode 50 de La Cravate
Lui qui envisageait initialement de devenir professeur d’éducation physique ou de reprendre l’exploitation familiale a finalement mené une existence d’une richesse exceptionnelle. Le rugby lui a ouvert des portes qu’il n’aurait jamais imaginé franchir, tout en lui donnant des outils précieux pour s’accomplir dans d’autres domaines.
C’est chez lui, à Agen, que Philippe m’a reçu pour cet entretien. Je mesurais pleinement le privilège de pouvoir passer ce moment avec un véritable monument de notre sport, mais c’est aussi l’homme qui m’a profondément marqué. Adorable, d’une grande simplicité et d’une gentillesse désarmante, il s’est livré avec beaucoup de générosité, partageant ses souvenirs et ses réflexions avec un enthousiasme communicatif. Je me suis régalé en sa compagnie et suis particulièrement heureux de pouvoir vous faire profiter de cet échange.
Bonne écoute !