Il est des chansons que l’on reconnaît dès les premières notes, des airs que des milliers de personnes entonnent ensemble sans même avoir besoin de se concerter. Avec Nadau, Joan a fait entrer la langue occitane dans les grandes salles de spectacle, mais aussi dans les stades de rugby, où ses chansons accompagnent depuis des décennies les victoires, les fêtes et les retrouvailles. Derrière cette réussite se trouve un homme profondément attaché à ses racines, qui a consacré une grande partie de sa vie à faire entendre la voix d’un territoire et de ceux qui l’habitent.
Né en 1948 à Cier-de-Luchon, dans une famille modeste, Michel Maffrand, qui deviendra Joan de Nadau, grandit au pied des Pyrénées, dans une maison où sa famille maternelle est installée depuis plusieurs siècles. Son père, fait prisonnier en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, avait réussi à s’évader en 1941 avant de trouver refuge dans cette vallée, où il rencontra celle qui deviendrait sa femme.
Deuxième d’une fratrie de trois enfants, Michel garde de son enfance le souvenir d’une grande liberté, faite de cabanes construites dans les bois, de jeux au bord de la rivière et d’aventures avec les copains du village. Élève boursier, il prend très tôt conscience de l’importance des études dans une famille qui ne dispose que de moyens modestes. Il poursuit son parcours scolaire avec sérieux et devient finalement professeur de mathématiques. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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Il pratique également le rugby au lycée de Saint-Gaudens, évoluant notamment à la mêlée, un poste qui convient davantage à son petit gabarit. Même s’il ne poursuivra pas dans cette voie, il conserve une affection particulière pour ce sport, dans lequel il retrouve des valeurs de solidarité et de camaraderie qui lui sont chères.
La reconquête d’un héritage
Pendant longtemps, Michel grandit dans un environnement où la langue et la culture occitanes sont peu valorisées, notamment à l’école. Comme beaucoup de jeunes de sa génération, il apprend à réussir dans le système scolaire tout en laissant progressivement de côté une partie de l’héritage culturel de sa famille et de son territoire.
C’est à l’âge adulte, notamment grâce à la découverte d’artistes engagés comme Claude Marti, qu’il prend pleinement conscience de cette richesse. Il entreprend alors d’apprendre la langue occitane et de se réapproprier une culture qu’il souhaite désormais transmettre. Pour lui, il ne s’agit pas de regarder le passé avec nostalgie, mais de redonner une place à une manière de vivre, de penser et de raconter le monde.
En 1973, il fonde son groupe de musique, qui prendra progressivement le nom de Nadau. Ses premières chansons portent les revendications d’une époque où la défense de la langue et de l’identité occitanes s’inscrit dans un mouvement culturel particulièrement dynamique.
En 1978, « De cap tà l’immortèla » rencontre un succès considérable et devient au fil du temps un véritable hymne. Bien au-delà des concerts, la chanson est reprise dans les fêtes populaires, les rassemblements et les tribunes des stades, jusqu’à devenir l’un des symboles les plus connus de la culture occitane.
Une voix qui rassemble
La popularité de Nadau ne cesse ensuite de grandir, portée par des chansons qui parlent de la famille, du pays, des souvenirs et de ces liens invisibles qui unissent les générations. Le groupe se produit notamment au Zénith de Pau dès 1993, avant de remplir l’Olympia à Paris en 2000, faisant ainsi résonner la langue occitane bien au-delà de son territoire d’origine.
Ce succès repose autant sur la musique que sur les histoires racontées par Joan entre les chansons. Conteur remarquable, il possède cette capacité à évoquer les choses les plus simples avec des mots qui touchent profondément ceux qui l’écoutent. Ses spectacles deviennent ainsi des moments de partage, où chacun retrouve une part de son histoire personnelle et familiale.
Il y en a beaucoup qui font rêver les gens à ce qu’ils ne sont pas. Nous, on essaie de les faire rêver à ce qu’ils sont.
Joan de Nadau · Épisode 58 de La Cravate
Cette philosophie explique aussi la place particulière qu’occupe Nadau dans le monde du rugby. Des terrains amateurs aux plus grandes enceintes du Top 14, ses chansons sont régulièrement reprises par les supporters, les joueurs et les dirigeants. « L’Encantada », « De cap tà l’immortèla » ou encore « Mon Dieu que j’en suis à mon aise » font partie de ces airs qui traversent les générations et accompagnent les moments importants de la vie des clubs.
Au cours de notre conversation, nous évoquons notamment une anecdote concernant Pierre Triep-Capdeville, ancien pilier de la Section Paloise, qui avait disputé un match avec les Barbarians français contre l’Afrique du Sud avant de traverser une partie du pays pour assister à un concert de Nadau au Zénith de Pau. Une belle illustration de l’attachement que peuvent susciter ses chansons chez ceux qui les ont découvertes au fil de leur vie.
Le plaisir de transmettre
Après près de 50 ans de carrière au moment de notre rencontre, Joan continue à monter sur scène avec le même désir de rencontrer son public et de lui raconter des histoires. Son engagement a évolué avec le temps, passant des revendications de ses premières années à une volonté toujours plus forte de transmettre, de rassembler et de faire vivre cette culture qui lui est si chère.
Il parle avec beaucoup de tendresse des générations qui se retrouvent lors de ses concerts, des enfants venus avec leurs parents et leurs grands-parents, et de tous ceux qui portent avec eux le souvenir de personnes disparues. Pour Joan, un spectacle de Nadau ne se résume pas à une succession de chansons : chacun y vient avec un peu de son histoire, de sa famille et de son territoire.
Notre rencontre a eu lieu chez lui, à Cier-de-Luchon, dans son espace de travail, alors que la neige tombait dehors en ce début de printemps. Nous nous connaissions depuis un concert de Nadau que j’avais organisé à Encausse-les-Thermes, une aventure qui nous avait rapprochés et qui nous avait permis de découvrir quelques traits de caractère communs !
J’ai passé un moment incroyable en compagnie de Joan. Il possède cette faculté rare de trouver les mots justes, mais sait aussi laisser toute sa place au silence. Son regard sur la vie, son attachement aux autres et la profondeur de ses réflexions ont donné à notre échange une dimension particulière. Je suis extrêmement fier de pouvoir vous partager cette rencontre avec un homme dont l’œuvre appartient désormais à notre patrimoine commun.
Bonne écoute !