En juin 2022, Jean vient de mettre un terme à une vie politique commencée 45 ans plus tôt, lorsqu’il était devenu maire de Lourdios-Ichère à seulement 21 ans. Deux fois candidat à l’élection présidentielle, député pendant 20 ans, il s’est notamment fait connaître par des actions inhabituelles, de son chant à l’Assemblée nationale à sa longue grève de la faim. Mais derrière cette figure publique au fort accent béarnais se trouve aussi une histoire familiale intimement liée à la montagne, à l’agriculture et au rugby.
Né en 1955 dans une famille de bergers de la vallée d’Aspe, Jean grandit en parlant béarnais et espagnol, sans connaître le français avant son entrée à l’école. Les premières années de scolarité sont difficiles pour cet enfant plus heureux dans les pâturages que dans une salle de classe, et qui trouve notamment refuge dans la lecture. Au lycée, il découvre le rugby et devient troisième ligne, jusqu’à prendre le capitanat d’une équipe avec laquelle il remporte le championnat de France scolaire.
Mais le 28 juin 1974, alors que tout semble lui sourire, un accident vient bouleverser sa vie. Son père, berger comme les générations précédentes, fait une terrible chute en montagne et subit de multiples fractures. Jean doit alors prendre sa relève sur l’exploitation familiale, mettant de côté ses projets et sa pratique du rugby. Il raconte cette journée avec une précision saisissante, tant elle a marqué le passage brutal de sa jeunesse à de nouvelles responsabilités. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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Le berger devenu député
En 1977, à 21 ans, Jean est élu maire de Lourdios-Ichère, son village natal. Il entame ainsi un engagement local qui le conduira progressivement vers les responsabilités départementales puis nationales, tout en conservant un lien étroit avec la vallée d’Aspe et ses habitants.
Élu député des Pyrénées-Atlantiques en 2002, il attire l’attention dès l’année suivante lorsqu’il entonne le Se Canta dans l’hémicycle pour protester contre les projets concernant les effectifs de gendarmerie au tunnel du Somport. Une manière peu ordinaire de défendre son territoire, qui lui vaut une notoriété dépassant rapidement les frontières du Béarn.
En 2006, il entreprend une grève de la faim afin de s’opposer au départ d’une usine de sa circonscription. Pendant plusieurs semaines, son action suscite une forte attention médiatique et met sa santé en danger. Jean revient longuement sur cet épisode, ses motivations, les négociations engagées et les conséquences physiques qu’il dit en avoir conservées.
Des convictions et des combats
Son parcours national le conduit à entretenir pendant de nombreuses années une relation politique étroite avec François Bayrou, avant que leurs chemins ne se séparent en 2016. Il fonde alors son propre mouvement, Résistons !, et se présente à l’élection présidentielle de 2017, puis à celle de 2022.
Entre ces deux campagnes, mais aussi bien avant elles, Jean cherche à entretenir un contact direct avec les Français. En 2013, il entreprend notamment une longue marche à travers le pays, parcourant plusieurs milliers de kilomètres pour rencontrer les habitants et recueillir leurs préoccupations. Lors de notre entretien, il revient sur les échanges qui l’ont marqué et sur la façon dont ces rencontres ont nourri sa vision de la vie publique.
Mais l’engagement politique a aussi son revers. Les conflits, les déceptions et les critiques ont parfois pesé lourdement sur cet homme qui reconnaît avoir dû apprendre à se protéger au fil des années. Il rapproche d’ailleurs cette exigence de celle que connaissent les sportifs de haut niveau, habitués eux aussi à évoluer sous pression et à affronter les revers.
Un adage dit « En politique, ton cœur se bronze ou se brise ».
Si tu ne te construis pas une carapace, tu ne peux pas tenir dans ce milieu. C’est pareil dans le sport de haut niveau.Jean Lassalle · Épisode 64 de La Cravate
Au moment de notre rencontre, Jean vient de renoncer à se présenter aux élections législatives, après plus de quatre décennies de mandats. Il envisage désormais la suite de son engagement sous d’autres formes, notamment auprès des jeunes de son mouvement, tout en prenant le temps de réfléchir à ce que lui ont apporté ces années passées au service de la vie publique.
La famille et le rugby
Si la politique occupe naturellement une grande partie de notre échange, nous revenons également sur sa famille, dont l’histoire est profondément enracinée dans les Pyrénées. Jean évoque avec beaucoup d’émotion ses parents, en particulier son père, dont il admirait la bienveillance et le courage, ainsi que les épreuves traversées par les siens.
Le rugby conserve également une place particulière dans sa vie, même s’il a dû abandonner sa propre pratique très jeune. Son fils Thibault, ancien joueur professionnel que j’avais reçu dans l’épisode #9 de La Cravate, prolonge à sa manière cette histoire familiale. Jean parle de lui avec une grande affection et revient sur les valeurs qu’ils partagent, leur proximité et leur goût commun pour l’engagement.
Jean m’a accueilli dans son bureau de permanence à Oloron-Sainte-Marie, grâce à son fils Thibault qui nous avait mis en relation. Pendant près de 3 heures, les souvenirs, les anecdotes et les confidences se sont succédé, entre la montagne, le rugby, la famille et les coulisses de la vie politique. Avec son humour, son extraordinaire sens du récit et sa personnalité haute en couleur, Jean nous a offert un échange aussi passionnant qu’inattendu. Un moment mémorable, qui restera sans aucun doute parmi les grandes rencontres de La Cravate, et que je suis particulièrement heureux de partager avec vous !
Bonne écoute !