Il y a chez Pierre un mélange assez savoureux de franchise, de culture et de malice. Un personnage au verbe haut, volontiers provocateur, qui peut passer d’un souvenir de vestiaire à une réflexion sur la littérature avec une aisance déconcertante. Derrière cette personnalité entière, parfois impulsive, se cache pourtant un homme profondément attaché à ses proches, à ses convictions et à ce coin de Béarn qu’il n’a jamais véritablement envisagé de quitter.
Car pour lui, Nay n’est pas simplement le village où il a grandi. C’est un lieu auquel le rattachent ses amitiés, ses souvenirs d’enfance et cette manière de vivre qu’il revendique avec une fidélité presque absolue. Les grandes aventures ont beau l’avoir conduit sur les terrains du rugby français et européen, Pierre a toujours su où se trouvait sa place.
Élevé dans une famille de culture ouvrière, il grandit à quelques pas du stade de Coarraze-Nay, entouré d’une bande de copains avec laquelle il partage ses premières découvertes et quelques aventures mouvementées. Sportif, énergique et doté d’un caractère déjà bien affirmé, il découvre naturellement le rugby dès l’âge de six ans, sans imaginer que ce jeu pratiqué entre amis lui offrira un jour une carrière aussi riche. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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Les racines d’un homme libre
Pierre aime raconter sa jeunesse avec cette liberté de ton qui le caractérise. Élève plutôt attiré par les matières littéraires, il obtient un baccalauréat en histoire et philosophie avant de poursuivre quelque temps ses études à l’université de Pau. Sa curiosité intellectuelle est déjà bien présente, même si ses choix professionnels et sportifs prennent rapidement le dessus.
Sur les terrains, il gravit les échelons avec l’Union Sportive Coarraze-Nay, jusqu’à découvrir l’équipe première à seulement dix-sept ans. D’abord troisième ligne, il devient ensuite pilier, un poste où sa puissance et son tempérament lui permettent de s’affirmer.
À une vingtaine d’années, il rejoint la Section Paloise, avant de retrouver quelque temps son club formateur puis de revenir définitivement à Pau en 1993. Ces allers-retours témoignent de la place particulière qu’occupe Coarraze-Nay dans sa vie, bien au-delà de toute logique de carrière.
Et lorsqu’on l’interroge sur ses plus beaux souvenirs de joueur, sa réponse réserve une surprise.
C’est paradoxal, mais mon plus grand souvenir de rugby reste le match de la montée en groupe B avec Coarraze-Nay contre Saint-Girons.
Pierre Triep-Capdeville · Épisode 33 de La Cravate
Une déclaration qui en dit long sur son rapport au sport et sur l’importance qu’il accorde aux émotions partagées avec ceux qu’il connaît depuis toujours.
L’homme des grandes années paloises
À son retour à la Section, Pierre intègre un groupe ambitieux, au sein duquel il va progressivement se faire une place parmi les meilleurs piliers du championnat. Ses qualités en mêlée et son engagement lui permettent de traverser plus d’une décennie au plus haut niveau, à une époque où le rugby français connaît une transformation profonde.
Il participe ainsi aux grandes années paloises de la fin des années 1990, marquées notamment par la victoire dans le Challenge Yves-du-Manoir en 1997 et le succès européen de 2000. Il fait également partie du groupe français concerné par le Grand Chelem de 1997, une expérience supplémentaire dans un parcours qu’il n’avait jamais imaginé aussi prestigieux.
Cette réussite prend une dimension particulière lorsqu’on sait que Pierre doit aussi composer avec un diabète diagnostiqué au cours de sa carrière. Une contrainte quotidienne qui ne l’empêchera pas de poursuivre son chemin parmi l’élite, au prix d’une vigilance et d’une discipline parfois bien éloignées de l’image de bon vivant qu’il renvoie.
Il garde de cette époque une multitude de souvenirs, de compagnonnages et d’anecdotes, avec un regard souvent amusé sur un rugby qui n’avait pas encore adopté tous les codes du professionnalisme.
D’ailleurs, lorsque les clubs commencent à proposer des contrats à temps plein, Pierre fait un choix qui en dit beaucoup sur son indépendance. Déjà employé à la mairie de Pau, il décide de conserver son activité professionnelle, même lorsque la possibilité de devenir joueur exclusivement professionnel s’offre à lui.
Il tient à préserver ce lien avec le monde du travail et la réalité quotidienne, sans laisser le rugby définir entièrement son existence. Cette décision, assez singulière dans un environnement en pleine mutation, traduit son attachement à une certaine idée de la liberté et de l’équilibre personnel.
Le goût des mots et la fidélité aux siens
Lorsque sa carrière s’achève en 2002, Pierre ne s’éloigne pas vraiment des terrains. Il poursuit son engagement dans le rugby à travers l’entraînement, auprès de joueurs de différents âges et de différents niveaux, retrouvant dans la transmission le plaisir de partager ses connaissances et son expérience.
Mais le sport ne suffit pas à résumer cet homme aux multiples centres d’intérêt. Féru d’histoire, de littérature et de poésie, Pierre entretient notamment une fascination pour l’Odyssée d’Homère, dans laquelle il retrouve des réflexions qui résonnent avec sa propre conception de la vie.
Derrière son franc-parler et son humour parfois mordant se révèle une personnalité sensible et généreuse, dont la culture et la liberté de pensée rendent les échanges particulièrement passionnants.
C’est chez Pierre, à Nay, dans sa maison située près du gave de Pau, que nous avons pris le temps d’échanger. Un cadre qui lui ressemble, au cœur de ce Béarn auquel il est si attaché et dont il parle avec une affection communicative.
J’ai adoré découvrir l’homme derrière la personnalité parfois tonitruante que connaissent les amateurs de rugby. Sa culture, son humour, sa franchise et son goût du partage ont rendu notre conversation particulièrement riche, avec cette impression agréable de pouvoir emprunter mille chemins sans jamais perdre le fil.
Pierre est un personnage à part, généreux, cultivé, capable de surprendre par ses réflexions autant que par ses souvenirs. Un homme qui semble avoir trouvé son Ithaque depuis longtemps et qui, à sa manière, continue d’y vivre sa propre Odyssée.
Bonne écoute !