Pendant des années, Safi a enchaîné les entraînements, les matchs internationaux et ses journées d’éducatrice spécialisée, à une époque où représenter le XV de France ne permettait pas encore de vivre pleinement de son sport. Une double vie particulièrement exigeante, qu’elle a menée tout en s’imposant parmi les meilleures joueuses du monde et en participant, à son échelle, aux grandes évolutions du rugby féminin français.
Elle grandit à Escoussens, un petit village près de Castres, dans une famille où le sport occupe une place aussi importante que l’école. Avec ses cinq sœurs, elle découvre de nombreuses disciplines, de la gymnastique à l’équitation en passant par le judo et le basket, qui devient pendant plusieurs années sa principale activité. Le rugby arrive à douze ans, presque par hasard, lorsqu’un entraîneur du Castres Rugby Féminin l’aborde au cours d’un repas de famille et l’invite à venir essayer.
Pour son premier entraînement, Safi n’a ni crampons ni tenue adaptée, mais les joueuses du club lui prêtent ce qu’il faut pour participer à la séance. L’accueil lui plaît et elle prend rapidement goût à ce sport dans lequel son gabarit, son engagement et son envie de progresser vont lui permettre de trouver sa place. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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Elle accompagne ensuite la progression du club castrais, remportant notamment les championnats de France de Fédérale 3 en 2005 et de Fédérale 2 en 2011. Cette dernière saison marque également un tournant puisqu’elle termine ses études d’éducatrice spécialisée avant de rejoindre Montpellier, l’une des équipes les plus ambitieuses du rugby féminin français.
Les grandes années montpelliéraines
À Montpellier, Safi découvre un environnement plus exigeant et trouve rapidement sa place dans un groupe qui va dominer le championnat pendant plusieurs saisons. Entre 2013 et 2019, elle remporte six titres de championne de France, tout en devenant l’une des joueuses importantes du XV de France, avec lequel elle connaîtra notamment deux Grands Chelems.
Ses performances lui valent également plusieurs distinctions individuelles et une reconnaissance internationale, notamment lors de la Coupe du monde 2014 disputée en France. Elle y participe à une belle aventure collective, conclue à la troisième place, et figure parmi les joueuses les plus remarquées de la compétition.
Mais derrière ces succès, le quotidien reste particulièrement chargé. Diplômée d’État, Safi travaille auprès de jeunes présentant des troubles du comportement, un métier auquel elle est très attachée et qu’elle doit concilier avec les entraînements, les déplacements et les rassemblements de l’équipe de France. Elle raconte combien cette organisation demandait d’énergie et pouvait parfois peser sur sa récupération, sa disponibilité et ses performances.
La signature de son premier contrat fédéral constitue donc une avancée importante. En faisant partie des premières internationales françaises à bénéficier de ce dispositif, elle peut enfin consacrer davantage de temps à sa préparation, mais aussi retrouver un meilleur équilibre dans ses différentes activités. Avec le recul, elle mesure tout ce que ces nouvelles conditions ont changé pour elle et pour ses coéquipières.
Une place à défendre
Au fil de notre échange, nous revenons aussi sur l’évolution du rugby féminin et sur le chemin parcouru pour obtenir de meilleures conditions d’entraînement, davantage de reconnaissance et une place plus importante dans le paysage sportif français. Safi a connu cette période de transformation de l’intérieur et sait parfaitement ce que les générations précédentes ont dû accomplir pour permettre aux joueuses d’aujourd’hui de progresser dans un environnement plus favorable.
Elle n’en reste pas moins une compétitrice particulièrement exigeante, qui supporte difficilement la défaite et continue à chercher ce qui pourrait lui permettre, individuellement comme collectivement, de franchir un nouveau palier. Alors que nous nous retrouvons en Andorre, le XV de France prépare la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande, et Safi mesure l’importance de ce rendez-vous autant que le travail qu’il reste à accomplir pour rivaliser avec les meilleures nations.
La longévité au plus haut niveau occupe également une grande place dans notre discussion. Après tant d’années de compétition, elle est particulièrement fière d’avoir réussi à conserver ses performances et d’avoir pu, par son exemple, encourager d’autres personnes à poursuivre leurs propres ambitions.
Je suis très fière d’avoir réussi à durer dans la performance, de m’être toujours surpassée et d’avoir pu être un élément de motivation, un moteur, pour certaines personnes.
Safi N’Diaye · Épisode 69 de La Cravate
Au-delà des terrains, Safi prépare aussi la suite de sa vie professionnelle, avec l’envie de rester dans un environnement qui lui permette de transmettre, d’accompagner les autres et de continuer à apprendre. Nous parlons également de ses attaches familiales, de son éducation et de la place qu’ont toujours occupée les rencontres et la découverte des autres dans son parcours.
J’ai eu le plaisir de retrouver Safi en Andorre, alors qu’elle était en pleine préparation pour la Coupe du monde, et j’ai passé un super moment en sa compagnie. J’ai particulièrement aimé découvrir son parcours au-delà du palmarès, notamment tout ce qu’elle a dû mener en parallèle pour atteindre et conserver un tel niveau de performance. Une grande joueuse, passionnée et déterminée, avec laquelle j’ai pris beaucoup de plaisir à échanger !
Bonne écoute !