À Bayonne, le nom d’Etcheto était déjà célèbre bien avant que Vincent ne commence à jouer au rugby. Petit-fils de Jean Dauger et fils de Roger Etcheto, deux grandes figures de l’Aviron Bayonnais, il grandit au milieu des histoires de ballon ovale, des vestiaires et des terrains. Pourtant, son rêve d’enfant est ailleurs : il veut devenir footballeur professionnel, comme son idole Pelé, dont son père lui a offert la biographie lorsqu’il avait 8 ans. Le rugby finira par prendre le dessus, mais Vincent gardera toujours un goût prononcé pour le jeu, l’initiative et les chemins qui sortent de l’ordinaire.
Né en 1969, il découvre le ballon ovale à 14 ans et s’y distingue rapidement grâce à la qualité de son jeu au pied. Il rejoint l’équipe première de l’Aviron Bayonnais à 18 ans, avant de partir au Racing Club de France à 22 ans, dans un effectif qui compte alors de nombreux internationaux. En 1993, il s’engage avec Bègles-Bordeaux, où il passe 5 saisons, puis revient à Bayonne pour terminer sa carrière de joueur à 33 ans.
Un nom, une histoire, un caractère
L’héritage familial occupe une place particulière dans son parcours, même s’il lui a fallu du temps pour en mesurer toute la portée. Son grand-père maternel, Jean Dauger, a profondément marqué l’histoire de l’Aviron Bayonnais, dont le stade porte aujourd’hui le nom. Son père Roger, ancien demi d’ouverture devenu entraîneur, a notamment conduit le club à la victoire en Challenge Yves du Manoir en 1980. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
grâce à vous.
Vincent raconte à ce sujet un souvenir marquant de sa jeunesse. À l’issue d’un match remporté à Rumilly, au cours duquel il avait inscrit 5 pénalités, un vieux monsieur s’approche pour le féliciter et le prend dans ses bras, les larmes aux yeux. Cet homme avait vu jouer Jean Dauger et lui confie qu’en serrant son petit-fils, il avait l’impression de retrouver un peu de son ancienne idole. Jusque-là, Vincent connaissait surtout son grand-père comme un membre de sa famille ; cette rencontre lui fera prendre conscience de la place qu’il occupait dans la mémoire des supporters.
Mais grandir dans une telle famille ne lui donne pas forcément envie de reproduire le parcours de ses aînés. Après sa carrière de joueur, il choisit de découvrir le métier d’entraîneur en commençant par les jeunes de l’Aviron, avant de poursuivre son apprentissage loin des projecteurs et des grands clubs professionnels.
Le rugby comme il l’aime
Vincent part notamment en Italie, à Brescia, où il découvre un nouvel environnement et doit apprendre à communiquer avec ses joueurs dans une langue qu’il ne maîtrise pas encore. Il raconte avoir préparé son premier entraînement en italien, soucieux de s’intégrer rapidement et de faire passer ses idées. L’expérience est particulièrement réussie puisque son équipe obtient la montée dès sa première saison, en pratiquant un rugby résolument tourné vers l’attaque. Une aventure dont il conserve d’excellents souvenirs, malgré les difficultés financières qui finiront par interrompre le projet.
Après plusieurs expériences, notamment en Fédérale 1, il rejoint l’Union Bordeaux Bègles en 2009. Le club évolue alors en Pro D2, mais il accompagne sa progression et participe à son installation en Top 14, avec une identité de jeu ambitieuse et une volonté constante de faire vivre le ballon.
Cette période bordelaise lui laisse aussi quelques regrets, notamment lorsqu’il évoque la fin de saison 2015. Lors du dernier match de championnat face à Toulouse, une pénalité de Lionel Beauxis dans les dernières secondes aurait pu qualifier l’UBB pour les phases finales. Le ballon ne passe pas, et cette qualification échappe au club au terme d’une saison durant laquelle il avait pourtant réalisé de belles performances.
En 2015, Vincent retrouve Bayonne, cette fois comme entraîneur, avant de rejoindre Soyaux-Angoulême en 2020. Au fil de ces expériences, il reste fidèle à sa conception du rugby, privilégiant le mouvement, l’initiative et la prise de risques, même lorsque les résultats ou les circonstances l’inciteraient à choisir une approche plus prudente.
Ne pas se renier
Vincent sait parfaitement que son tempérament et sa manière de défendre ses convictions ne font pas toujours l’unanimité. Il l’assume d’ailleurs volontiers, quitte à reconnaître que certaines opportunités professionnelles ont pu lui échapper pour cette raison.
Je sais très bien que ma personnalité m’a déjà coûté de beaux contrats. Mais je préfère largement ça que me renier et ne plus pouvoir me regarder dans le miroir.
Vincent Etcheto · Épisode 67 de La Cravate
Cette franchise se retrouve tout au long de notre discussion, notamment lorsqu’il parle du métier d’entraîneur et de l’importance qu’il accorde à l’expérience acquise sur le terrain. Lui qui a commencé avec les jeunes, puis travaillé en Italie et dans les divisions inférieures, estime que chaque étape a compté dans sa formation et revendique ce parcours construit progressivement.
Devenu à nouveau père sur le tard, Vincent se définit avec humour comme un « vieux jeune papa », une situation qui a quelque peu bouleversé ses habitudes et ses priorités. Toujours aussi passionné par son métier d’entraîneur, il aspire désormais à trouver un meilleur équilibre pour profiter pleinement de sa femme et de ses jeunes enfants.
C’est dans la salle de vie du stade Chanzy, à Angoulême, que Vincent m’a accueilli, par une journée de forte chaleur où nous avons particulièrement apprécié la climatisation ! Pendant plus de 2 heures, les anecdotes se sont succédé, entre souvenirs de joueur, expériences d’entraîneur et réflexions sur l’évolution du rugby. Son franc-parler, son humour et sa manière d’assumer ses choix ont rendu cet échange particulièrement agréable. Un sacré personnage, que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir !
Bonne écoute !