À 91 ans, Gaston possède une mémoire impressionnante et un enthousiasme qui n’a rien perdu de sa vigueur. Ancien joueur des grandes années de l’US Dax, entraîneur, dirigeant et fondateur de l’école de rugby de Peyrehorade, il a accompagné des générations de joueurs et contribué à faire d’un club landais une référence en matière de formation. Pourtant, lorsqu’il évoque toutes ces années, ce sont moins les titres et les exploits sportifs qui lui viennent à l’esprit que les personnes rencontrées, les amitiés nouées et le plaisir d’avoir transmis quelque chose aux autres.
Né en 1930 au Boucau, Gaston grandit dans une famille ouvrière, avec un père employé aux Forges de l’Adour et une mère couturière, particulièrement attentive à l’éducation de ses enfants. Avant la guerre, son père l’emmène déjà assister aux rencontres du Boucau Stade, où il découvre le rugby perché sur ses épaules. Il garde notamment un souvenir très fort de Germain Calbette, troisième ligne dont le jeu l’impressionne et qui lui donnera des conseils bien des années plus tard, lorsqu’il évoluera lui-même à Dax.
Son enfance est également marquée par la Seconde Guerre mondiale, qu’il traverse dans son quartier du Boucau, entouré de ses camarades. Les enfants improvisent leurs propres rencontres dans une clairière, utilisant parfois des vessies de cochon séchées et gonflées en guise de ballon. Des souvenirs qu’il raconte avec beaucoup de précision et une affection intacte pour ce temps où le rugby se pratiquait avant tout pour le plaisir de jouer ensemble. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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Les grandes années dacquoises
Gaston commence par pratiquer le basket, avant de découvrir véritablement le rugby au collège, encouragé par un professeur qui entraîne les élèves dans les deux disciplines. Élève à l’École normale de Dax, où il se prépare à devenir enseignant, il poursuit sa pratique sportive et rejoint finalement l’US Dax, avec laquelle il remporte deux titres de champion de France Reichel en 1949 et 1950.
Il intègre ensuite l’équipe première et participe à l’une des périodes les plus marquantes de l’histoire du club. Trois fois finaliste du championnat de France sans parvenir à soulever le Bouclier de Brennus, il remporte néanmoins deux Challenges Yves du Manoir et termine meilleur marqueur d’essais du championnat en 1961.
Cette longue aventure dacquoise lui permet de côtoyer plusieurs grandes figures du rugby français, mais aussi de découvrir les exigences d’un sport qui n’est pas encore professionnel. Gaston mène parallèlement son métier d’enseignant, une activité dans laquelle il retrouve le même plaisir de transmettre et d’accompagner les autres.
En 1963, il rejoint Peyrehorade, sans se douter que ce nouveau chapitre prendra une place aussi importante dans son existence.
Une école devenue une référence
À Peyrehorade, Gaston occupe progressivement presque toutes les fonctions possibles : joueur, entraîneur, dirigeant puis président. Mais son œuvre la plus marquante demeure sans doute la création de l’école de rugby en 1967, avec la volonté de permettre aux enfants du territoire de découvrir ce sport dans un environnement structuré et bienveillant.
Son expérience de professeur d’éducation physique joue un rôle essentiel dans cette démarche. Convaincu que le rugby peut contribuer à former les individus autant que les joueurs, il accorde une importance particulière aux comportements, au respect et à l’esprit collectif. Pour lui, les qualités sportives ne prennent tout leur sens que lorsqu’elles s’accompagnent de valeurs humaines solides.
Au rugby comme dans la vie, tu peux avoir des facilités, mais ce n’est pas suffisant pour réussir. Il faut aussi savoir donner, partager et accepter les conseils des autres.
Gaston Dubois · Épisode 54 de La Cravate
Au fil des décennies, l’école de rugby de Peyrehorade devient un modèle de formation, avec près de 3 500 jeunes passés par ses rangs et une quarantaine de futurs internationaux. Le club se distingue notamment par une réussite exceptionnelle au tournant des années 2000, lorsque les ouvreurs des équipes de France des moins de 21 ans, de France A et du XV de France sont tous issus de Peyrehorade.
Cette réussite collective doit beaucoup à l’engagement de Gaston et de tous ceux qui l’ont accompagné. Il évoque avec fierté les jeunes qu’il a vus grandir, mais aussi les éducateurs, les bénévoles et les familles qui ont contribué à faire vivre cette école pendant des décennies.
Une histoire de famille et de transmission
Cet engagement se retrouve naturellement dans sa propre famille. Père de quatre enfants et grand-père de 13 petits-enfants au moment de notre rencontre, Gaston a vu plusieurs générations de Dubois grandir autour des terrains de Peyrehorade.
Ses trois fils, Philippe, Pierre et Jean-Frédéric, plus connu sous le surnom de Jeff, sont tous passés par l’école de rugby du club. Chacun a suivi son propre chemin dans ce sport, jusqu’à la carrière professionnelle puis d’entraîneur de Jeff, que j’ai également eu le plaisir de recevoir dans La Cravate. Une belle continuité pour cet homme qui n’a jamais cessé d’encourager les siens à poursuivre leurs passions sans négliger leurs études.
Gaston entretient également une relation privilégiée avec ses petits-enfants, auxquels il aime transmettre son expérience par la parole et par l’écriture. Grand lecteur, il prend régulièrement le temps de leur adresser quelques mots avant une échéance importante, qu’il s’agisse d’un examen, d’une compétition ou d’un moment décisif de leur vie.
Catholique pratiquant, il puise aussi dans sa foi une vision de l’existence fondée sur le partage, la générosité et l’attention portée aux autres. Des convictions qui ont accompagné son parcours d’enseignant, d’éducateur et de père de famille, et qui donnent une grande cohérence à l’ensemble de son histoire.
Notre rencontre a eu lieu chez lui, à Peyrehorade, grâce à son petit-fils Thomas, qui avait organisé notre échange. Julien Peyrelongue m’avait également encouragé à l’inviter, tout comme Titou Lamaison, dont les témoignages m’avaient donné très envie de découvrir ce grand Monsieur du rugby landais.
J’ai passé un moment formidable en compagnie de Gaston. Sa mémoire, son humour, sa curiosité et cette manière de regarder vers l’avenir plutôt que de se réfugier dans la nostalgie m’ont profondément marqué. Une rencontre précieuse avec un homme dont la vie entière témoigne de la richesse de ce que l’on peut transmettre aux autres. Je me sens véritablement privilégié de pouvoir vous partager cet échange.
Bonne écoute !