Enfant, Pierre se faufilait parmi les joueurs adverses pour entrer gratuitement au stade de l’US Dax, au grand désespoir du concierge qui le chassait régulièrement. Un jour, agacé de se voir refuser l’entrée, il lui avait lancé qu’il finirait bien par lui ouvrir cette fameuse porte. Quelques années plus tard, devenu joueur de l’équipe première, Pierre prendra un malin plaisir à lui demander de venir personnellement lui ouvrir le passage. Une anecdote qu’il raconte encore avec beaucoup d’amusement et qui donne une belle idée du caractère de ce jeune Dacquois promis à un destin hors du commun.
Né en 1933, il grandit dans le quartier populaire du Sablar, sur les bords de l’Adour, au sein d’une famille de quatre garçons. Alors que ses frères aînés se tournent vers le football, Pierre choisit le rugby dès l’âge de 11 ans et développe très tôt une autre passion, la tauromachie. Les matchs de l’US Dax et les corridas occupent une place immense dans son enfance, même s’il doit souvent trouver des astuces pour pouvoir y assister.
Ces premières années restent profondément ancrées dans sa mémoire, tout comme les difficultés matérielles d’une famille où les vêtements passent d’un frère à l’autre. Débrouillard, espiègle et déjà doté d’un sacré caractère, Pierre ne se doute pas encore que ce sport qui le passionne tant lui ouvrira les portes d’une vie extraordinaire. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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Monsieur Drop
Après avoir franchi les différentes catégories de jeunes, Pierre fait ses débuts en équipe première de l’US Dax en 1952, à 19 ans. D’abord arrière, puis demi d’ouverture, il se distingue rapidement par la précision de son jeu au pied et sa capacité à marquer des drops aussi bien du pied droit que du gauche, une particularité qui lui vaut son célèbre surnom de « Monsieur Drop ».
Ses performances attirent rapidement l’attention des sélectionneurs et il découvre le XV de France à 20 ans, entamant une aventure internationale qui le conduira à disputer 30 rencontres et à remporter quatre Tournois des Cinq Nations. Une époque durant laquelle les Bleus s’affirment progressivement parmi les grandes nations du rugby et où Pierre côtoie plusieurs générations de joueurs devenus des références de notre sport.
À Dax, il s’impose également comme l’un des principaux meneurs de son équipe et porte le brassard de capitaine. Le club atteint à quatre reprises la finale du championnat de France durant sa carrière, sans parvenir à décrocher le Bouclier de Brennus, un regret que Pierre évoque encore avec beaucoup de lucidité malgré les nombreux succès qu’il a connus.
Une deuxième carrière derrière le micro
Après avoir raccroché les crampons, Pierre reste proche du rugby tout en développant plusieurs activités professionnelles, notamment dans la restauration et la gestion de campings. Mais une nouvelle aventure l’attend dans les médias, à une époque où les matchs sont encore commentés uniquement par des journalistes.
Il devient l’un des premiers anciens joueurs à intervenir en direct aux côtés d’un commentateur pour apporter son analyse technique des rencontres. Cette innovation, qui paraît aujourd’hui parfaitement naturelle, contribue à transformer la manière dont le rugby est raconté à la radio puis à la télévision.
Il forme notamment un duo resté célèbre avec Roger Couderc, avant de poursuivre sa carrière avec Pierre Salviac sur France Télévisions. Pendant près de 40 ans, ses commentaires accompagnent les plus grandes rencontres internationales, avec cette manière bien à lui d’expliquer le jeu et de ponctuer ses analyses d’expressions imagées puisées dans sa culture gasconne.
Au fil de notre échange, Pierre raconte également les coulisses de cette longue carrière, les relations nouées avec ses différents partenaires et les changements qu’il a observés dans le rugby comme dans le monde des médias.
Bien au-delà du rugby
Sa passion pour la tauromachie ne l’a jamais quitté non plus. Il s’investit dans l’organisation de corridas et commente également cet univers à la télévision, poursuivant ainsi une activité qui trouve ses racines dans ses escapades d’enfant à Dax.
Avec le recul, Pierre mesure le chemin parcouru depuis les rues du Sablar et les premières rencontres auxquelles il assistait clandestinement. Il évoque cette trajectoire avec une gratitude sincère, sans oublier les circonstances modestes de ses débuts.
J’étais un Gavroche du bord de l’Adour…
Absolument rien ne me prédestinait à vivre la vie que j’ai vécue, et quand je vois d’où je suis parti, c’est un rêve !Pierre Albaladejo · Épisode 63 de La Cravate
C’est chez lui, dans son appartement du centre-ville de Dax, que Pierre m’a accueilli, grâce à son petit-neveu Paul qui nous avait mis en relation. Quel plaisir de pouvoir écouter les souvenirs d’un homme qui a traversé plusieurs générations de rugby français, d’abord sur les terrains puis derrière le micro ! Son humour, sa mémoire et toutes ces anecdotes racontées avec malice ont fait de cette rencontre un moment privilégié, avec le sentiment d’avoir ouvert un véritable livre d’histoire de notre sport.
Bonne écoute !