#37 - Nicolas Laharrague

Passion et insouciance - Ainsi va la vie

1h36
Nicolas Laharrague, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#37 - Nicolas Laharrague, passion et insouciance - Ainsi va la vie
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Nicolas a toujours eu une manière bien à lui d’aborder la vie. Plutôt réservé, volontiers nonchalant et profondément attaché à ses habitudes, il n’a jamais particulièrement cherché à se conformer aux attentes des autres. Derrière cette décontraction apparente se cache pourtant un homme passionné, doté d’une mémoire étonnante et capable de s’investir pleinement lorsqu’un sujet l’intéresse. Un tempérament qui lui a permis de tracer sa route à sa manière, sans jamais perdre son attachement à ses proches et à sa Bigorre natale.

Dans la famille Laharrague, le rugby occupe une place importante. Le père pratique ce sport, suivi par son fils aîné Julien, que Nicolas observe avec une admiration grandissante. Encore trop jeune pour rejoindre l’école de rugby du Stadoceste tarbais, il insiste tellement auprès des éducateurs qu’ils finissent par accepter de l’accueillir dès l’âge de 5 ans.

Il découvre ainsi un univers dont il ne se détachera plus. Des premiers entraînements à Bours, puis à Lulu-Abadie, jusqu’aux rencontres disputées à Jules-Soulé, Nicolas grandit avec une génération particulièrement talentueuse, habituée à rivaliser avec les meilleures écoles de rugby françaises. Ses qualités techniques et son sens du jeu se révèlent rapidement, tandis qu’il développe une connaissance presque encyclopédique de son sport favori.

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Le rugby dans la peau

Enfant, Nicolas dévore les magazines spécialisés, mémorise les compositions d’équipes et connaît les caractéristiques de joueurs évoluant aux quatre coins de la France. Ses camarades le surnomment même « Rugbyrama », tant il est capable de réciter les noms et les parcours des rugbymen de l’époque.

Cette passion nourrit également son ambition. Lorsqu’il découvre que certains jeunes joueurs parviennent à intégrer les équipes nationales avec une année d’avance, il se met en tête de réaliser la même performance. Il s’entraîne alors seul, multiplie les exercices physiques à la maison et se prépare avec une détermination qui contraste singulièrement avec la nonchalance qu’il affichera parfois plus tard.

Ses efforts portent leurs fruits. Passé par les différentes sélections de jeunes, il participe notamment à la conquête du titre mondial junior en 2000, après avoir déjà découvert l’équipe première du Stadoceste à seulement 17 ans.

Très sollicité, il aurait pu quitter Tarbes bien plus tôt pour rejoindre une structure de formation réputée. Mais son attachement à sa ville et son envie de jouer rapidement avec les seniors l’incitent à rester, avant de rejoindre finalement l’US Dax à l’issue de cette campagne mondiale.

Dans les Landes, il retrouve notamment son frère Julien et poursuit son apprentissage du rugby professionnel. Malgré plusieurs blessures qui freinent ses débuts, il parvient progressivement à s’imposer et participe au Grand Chelem remporté par l’équipe de France des moins de 21 ans en 2002.

Cette même année, la relégation de Dax en Pro D2 le conduit à saisir une nouvelle opportunité, qui va profondément marquer la suite de sa carrière.

Dix saisons sous le soleil catalan

En rejoignant l’USAP en 2002, Nicolas découvre un environnement bien différent de celui qu’il avait connu jusque-là. Il ne connaît presque rien de Perpignan, de son histoire ou de ses particularités, mais trouve progressivement sa place au sein d’un club où la passion du rugby occupe une place considérable.

Ses premières années sont parfois mouvementées, entre performances remarquées, concurrence à son poste et relations pas toujours simples avec certains entraîneurs. Le rugby professionnel lui impose une exigence quotidienne à laquelle il doit s’adapter, sans pour autant renoncer à son caractère et à sa manière bien personnelle d’appréhender les événements.

Il participe rapidement aux grandes campagnes européennes de l’USAP, découvrant notamment l’intensité des rencontres disputées dans les stades britanniques. À mesure que les saisons passent, il devient un joueur important du groupe catalan, capable d’évoluer à l’ouverture comme à l’arrière et d’apporter sa créativité au jeu perpignanais.

En 2005, son frère Julien le rejoint à Perpignan. Les deux hommes, qui avaient grandi ensemble dans le rugby bigourdan, se retrouvent ainsi sous les mêmes couleurs, avant de vivre une expérience encore plus exceptionnelle deux ans plus tard.

À l’été 2007, ils sont tous deux retenus pour la tournée du XV de France en Nouvelle-Zélande. Face aux All Blacks, dans des stades où chaque rencontre prend une dimension particulière, Nicolas réalise un rêve qu’il n’aurait peut-être jamais imaginé partager avec son frère.

Chanter la Marseillaise contre les All Blacks, en Nouvelle-Zélande et aux côtés de mon frère, c’était vraiment incroyable.

Nicolas Laharrague · Épisode 37 de La Cravate

Ce voyage restera gravé dans sa mémoire, avec son lot d’anecdotes, dont certaines impliquent directement Bernard Laporte ! Mais l’aventure catalane lui réserve encore de grands moments. En 2009, après plusieurs finales perdues, l’USAP décroche enfin le Bouclier de Brennus face à Clermont, mettant fin à 54 années d’attente. Pour Nicolas, qui porte les couleurs sang et or depuis sept saisons, c’est l’aboutissement d’une aventure collective exceptionnelle et l’un des plus beaux souvenirs de sa carrière.

Le plaisir de rester soi-même

Après dix saisons à Perpignan, Nicolas décide en 2012 de rejoindre Grenoble, avant de retrouver quelques années plus tard son club formateur à Tarbes. Ce retour en Bigorre lui permet de renouer avec un environnement familier et d’envisager progressivement la suite de sa carrière.

Car son parcours n’a pas toujours été de tout repos. Confronté à des blessures récurrentes et à des problèmes de santé qui ont parfois compliqué sa préparation, il a dû apprendre à composer avec les limites imposées par son corps. Malgré ces difficultés, il est parvenu à construire une carrière remarquable, portée autant par ses qualités naturelles que par son amour du jeu.

À l’heure de préparer l’après-carrière, c’est assez naturellement vers l’entraînement qu’il se tourne. Passionné par la tactique, l’histoire du rugby et la compréhension du jeu, il trouve dans la transmission un moyen de rester au contact de ce sport qui l’accompagne depuis toujours.

Son expérience lui permet également de regarder avec du recul certaines périodes de sa vie de joueur. Derrière son apparente désinvolture, Nicolas reconnaît volontiers qu’il aurait parfois pu se montrer plus attentif aux conseils de ses entraîneurs ou davantage s’investir dans certains aspects de sa préparation. Un regard lucide, porté sans amertume sur les choix qui ont façonné son parcours.

Il n’en demeure pas moins profondément satisfait de ce qu’il a accompli. Entouré de sa famille, heureux de voir grandir ses deux enfants, il a su construire un quotidien qui lui correspond, dans lequel le rugby conserve une place importante sans occuper toute son existence.

C’est chez moi, en plein centre de Tarbes, que Nicolas est venu me rendre visite pour cet entretien, un jour de marché où l’animation des rues montait jusque sous mes fenêtres. Deux Bigourdans réunis pour parler de rugby : les conditions étaient plutôt bien choisies !

J’ai particulièrement apprécié son naturel, son humour et cette manière de raconter ses souvenirs sans jamais se prendre trop au sérieux. Derrière son tempérament réservé, Nicolas est un véritable passionné, capable de parler de rugby pendant des heures, avec une mémoire impressionnante et une âme d’enfant qu’il semble avoir précieusement conservée.

Mais cette apparente insouciance ne doit pas tromper. Il a aussi su se montrer particulièrement avisé dans ses choix, notamment en réalisant des investissements immobiliers qui lui permettent aujourd’hui de profiter de la vie à son rythme, auprès de sa famille. Un super gars, bien plus réfléchi qu’il n’aime le laisser paraître, avec qui j’ai pris énormément de plaisir à échanger.

Bonne écoute !

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