#51 - Nicolas Mas

être soi-même - Humilité et simplicité

1h26
Nicolas Mas, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#51 - Nicolas Mas, être soi-même - Humilité et simplicité
Loading
/

Enfant, Nicolas ne rêvait pas de devenir rugbyman professionnel, encore moins de porter un jour le maillot du XV de France. Ce qui lui plaisait, c’était de passer du temps auprès de son père, maçon dans les Pyrénées-Orientales, dont il envisageait tout naturellement de reprendre l’entreprise. Pourtant, le rugby allait progressivement s’imposer dans sa vie, jusqu’à faire de ce garçon discret un véritable monument du rugby français, avec 85 sélections internationales et un titre de champion de France remporté sous les couleurs de l’USAP.

Né en 1980 à Perpignan, il grandit à Montesquieu-des-Albères, au sein d’une famille très attachée à ses racines catalanes. Son père lui transmet le goût du travail manuel, tandis que la passion du rugby vient surtout du côté maternel, où plusieurs membres de la famille ont pratiqué ce sport. Plutôt solitaire et casanier, Nicolas préfère passer du temps auprès de ses parents et de son frère plutôt que de multiplier les sorties, un tempérament qu’il conservera tout au long de sa vie.

Il découvre le rugby à 11 ans, à Argelès-sur-Mer, où ses premiers coéquipiers lui réservent un accueil qui le marque profondément. Très vite installé au poste de pilier, il apprend à apprécier les exigences de la première ligne, un univers parfois mal compris mais dans lequel il trouve naturellement sa place. Ses qualités lui permettent d’intégrer les sélections régionales, puis une équipe de France des moins de 21 ans, alors qu’il évolue encore dans un club bien moins exposé que ceux de ses partenaires.

Un podcast indépendant,
grâce à vous.

Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.

Je soutiens La Cravate

Le travail comme héritage

À 19 ans, Nicolas décide finalement de rejoindre l’USAP pour poursuivre sa progression. Il découvre un environnement beaucoup plus exigeant, mais conserve pendant un temps une activité de maçon auprès de son père, partageant ses journées entre les chantiers et les entraînements. Cette période lui laisse des souvenirs particuliers, tant il mesure aujourd’hui le chemin parcouru entre ses premières expériences professionnelles et le rugby de haut niveau.

Sous la direction d’Olivier Saïsset, il intègre progressivement le groupe première et dispute son premier match en 2001, face à Périgueux. Ses performances lui permettent de gagner sa place dans une équipe perpignanaise de plus en plus ambitieuse, jusqu’à participer à la finale de la Coupe d’Europe en 2003 contre le Stade Toulousain.

La même année, il découvre le XV de France lors d’une rencontre face à la Nouvelle-Zélande. Une première sélection impressionnante, mais qu’il juge lui-même un peu prématurée, conscient du travail qu’il lui reste à accomplir pour s’imposer durablement au plus haut niveau.

Au fil des saisons, il devient pourtant l’une des références mondiales à son poste, particulièrement redouté en mêlée fermée. Son engagement, sa rigueur et son sens du collectif font de lui un élément incontournable de l’USAP comme de l’équipe de France, avec laquelle il participe notamment aux Coupes du monde 2007 et 2011.

Un Brennus pour tout un peuple

L’année 2009 constitue l’un des sommets de sa carrière. Capitaine d’une formation perpignanaise arrivée à maturité, Nicolas mène l’USAP jusqu’au titre de champion de France, mettant fin à 54 années d’attente pour le peuple sang et or. Une victoire historique, remportée face à Clermont, dont il garde un souvenir particulièrement fort tant elle représente l’aboutissement de plusieurs années de travail collectif.

Cette période lui permet également de s’affirmer comme l’un des cadres du XV de France, dont il devient un élément incontournable. En 2010, il est l’un des grands artisans du Grand Chelem des Bleus, avant de disputer l’année suivante une nouvelle Coupe du monde, conclue par une finale face aux All Blacks dont l’issue laissera un immense sentiment d’injustice.

Mais après ces années de réussite, la situation sportive de l’USAP se dégrade progressivement. En 2013, alors qu’il se voyait terminer sa carrière dans son club de toujours, Nicolas comprend que son avenir ne s’écrira plus à Perpignan. Il accepte finalement de rejoindre Montpellier, une décision difficile pour cet homme profondément attaché à son territoire et à ses couleurs.

Il poursuit sa carrière dans l’Hérault jusqu’à son retrait des terrains, après 17 saisons au plus haut niveau. Avec ses 85 sélections, il reste le pilier droit français le plus capé au moment de notre entretien, une longévité remarquable à un poste particulièrement exigeant.

Le bonheur d’une vie choisie

Pourtant, une fois sa carrière terminée, Nicolas ne cherche pas à prolonger sa présence dans le monde du rugby. Passionné d’automobile depuis longtemps, il décide au contraire de reprendre des études pour obtenir les qualifications nécessaires à l’exercice d’un nouveau métier.

Il intègre ainsi un CFA à Perpignan et suit une formation en mécanique automobile, en alternance dans un garage où il sera ensuite embauché. Revenir sur les bancs de l’école après autant d’années passées dans le sport professionnel représente un véritable défi, mais il retrouve dans ce métier manuel une satisfaction proche de celle qu’il connaissait autrefois sur les chantiers auprès de son père.

Cette reconversion correspond pleinement à sa personnalité. Nicolas n’a jamais recherché la lumière pour elle-même et préfère désormais consacrer son temps à son travail, à sa femme et à leurs trois enfants, avec lesquels il mène une existence paisible, loin de l’agitation médiatique. Son bonheur se trouve dans cette simplicité qu’il a toujours cultivée.

Il conserve néanmoins un attachement particulier au poste de pilier, dont il regrette qu’il soit encore trop souvent réduit à la seule mêlée fermée. Lui qui connaît mieux que quiconque la richesse et la technicité de ce rôle aimerait que les jeunes joueurs puissent en découvrir toutes les qualités.

J’aimerais que les piliers soient regardés différemment. C’est un poste fantastique, mais trop décrié… Il faudrait donner envie aux enfants d’y jouer.

Nicolas Mas · Épisode 51 de La Cravate

J’ai eu le plaisir de rencontrer Nicolas à Perpignan, grâce notamment à Didier Sanchez, qui avait été l’un de ses mentors à l’USAP et m’avait vivement encouragé à l’inviter dans La Cravate. Sa discrétion et sa rareté dans les médias rendaient cette rencontre particulièrement précieuse, et j’ai découvert un homme d’une gentillesse folle, dont j’ai beaucoup apprécié la simplicité, la franchise et la confiance avec laquelle il s’est livré au fil de notre conversation.

Derrière le grand champion, j’ai découvert un homme profondément attaché à ses valeurs, qui n’a jamais cherché à devenir quelqu’un d’autre pour répondre aux attentes du monde extérieur. Un échange sincère avec un personnage aussi humble qu’impressionnant, que je suis particulièrement heureux de pouvoir vous partager.

Bonne écoute !

La Cravate dans votre
boîte mail

À (re)découvrir