Jean-Charles aurait très bien pu ne jamais devenir rugbyman. Fils d’un joueur reconnu, il grandit à Auch avec le rugby autour de lui, mais commence par le football, qu’il déteste, avant qu’un copain rencontré au judo ne l’emmène sur un terrain à 11 ans. Le premier entraînement lui plaît immédiatement : pas besoin de jongler avec un ballon, il peut courir partout et plaquer. Ça lui correspond déjà beaucoup mieux.
L’histoire aurait pourtant pu s’arrêter quelques années plus tard. En minimes, il doute, ne se trouve pas au niveau et pense sérieusement à arrêter. Ce sont ses copains qui le convainquent de continuer. Il passe alors progressivement des avants au centre, retrouve du plaisir et commence à se faire remarquer, sans jamais construire sa vie autour de l’idée de devenir joueur professionnel.
À 18 ans, c’est surtout son père qui le pousse à quitter Auch pour tenter sa chance à Agen. Jean-Charles rejoint l’un des grands clubs français de l’époque et doit d’abord patienter derrière quelques références, dont Philippe Sella. Il passe par les juniors puis la Nationale B, s’entraîne avec l’équipe première et finit par gagner sa place au milieu des joueurs qu’il regardait encore quelques années auparavant.
Sans vraiment l’avoir prévu
Jean-Charles va rester huit saisons à Agen. Il participe régulièrement aux phases finales, dispute notamment une finale européenne et s’installe durablement dans l’équipe. Son parcours le conduit également vers France A puis, en 2000, vers le XV de France. Face à la Roumanie, il connaît sa première sélection et découvre brutalement tout ce qui sépare encore à l’époque les équipes intermédiaires du véritable niveau international, jusque dans l’exposition médiatique qui entoure les Bleus.
Cette cape restera finalement unique, même s’il continuera ensuite à être régulièrement appelé avec France A.
La même année, après huit saisons dans le Lot-et-Garonne, Jean-Charles ressent le besoin de changer d’air. Jacques Brunel l’avait déjà sollicité et il rejoint la Section Paloise, où il trouve rapidement sa place jusqu’à devenir capitaine. Une responsabilité qui lui correspond assez naturellement, lui qui explique ne jamais avoir cherché à devenir le patron d’un groupe mais avoir toujours accordé beaucoup d’importance à l’exemplarité.
Les saisons paloises seront faites de belles campagnes européennes, de périodes plus compliquées et d’une relégation en 2006. À ce moment-là, Jean-Charles aurait pu partir. Il choisit pourtant de rester une saison supplémentaire en Pro D2, simplement parce qu’il ne veut pas quitter le navire au moment où les choses vont mal.
Il arrête finalement en 2007, à 33 ans. Il aurait sans doute pu continuer, mais s’était promis depuis longtemps de ne pas faire l’année de trop.
Construire la suite
Jean-Charles n’a pourtant pas attendu la fin de sa carrière pour construire l’après-rugby. Alors qu’il joue encore, il ouvre déjà une première boutique de prêt-à-porter. Après avoir raccroché, les projets vont rapidement se multiplier.
Il travaille au développement de Cocktail Vision dans le Sud-Ouest tout en devenant directeur commercial et marketing de la Section Paloise. Il connaît parfaitement le club, son environnement et ses partenaires, et restera en poste jusqu’en 2015. Durant cette période déjà bien remplie, il reprend même ses études pour suivre une formation de manager général de club sportif professionnel.
L’entrepreneuriat prend ensuite encore davantage de place. Jean-Charles développe plusieurs activités, notamment dans le commerce, sans jamais réellement couper avec le rugby. En 2020, il devient président de l’UNIPAAR, qui représente les salariés administratifs et assimilés des clubs professionnels.
« Pour moi, la réussite n’est pas d’avoir une grosse maison ou une belle voiture… Elle réside plus dans le chemin emprunté lors d’un projet que dans son aboutissement financier. »
Cette manière de voir les choses raconte assez bien ce qui anime Jean-Charles. Il aime construire, entraîner des gens avec lui et aller au bout des projets, mais accorde au moins autant d’importance à la façon d’y parvenir qu’au résultat final. La loyauté, la parole donnée et l’image que l’on laisse derrière soi reviennent d’ailleurs régulièrement dans notre échange.
Nous enregistrons cet épisode à Pau, dans le bureau de l’une de ses boutiques. Un endroit assez logique finalement pour quelqu’un qui n’a jamais vraiment cessé d’entreprendre depuis la fin de sa carrière.
J’ai passé un très bon moment avec Jean-Charles. J’ai particulièrement aimé sa manière très directe de parler de ses choix, de ses réussites comme des périodes plus compliquées, sans chercher à réécrire son parcours. Il dégage aussi quelque chose d’assez rare, fait à la fois de beaucoup d’assurance et d’une vraie attention portée aux autres.
Bonne écoute !