#138 – Clément Maynadier

Le choix d’être soi – Tout vient à point

3h43
Clément Maynadier, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#138 - Clément Maynadier, le choix d’être soi - Tout vient à point
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Avant de rêver de rugby, Clément voulait devenir agriculteur. Il grandit dans la campagne tarnaise, près d’Albi, dans une famille très attachée à la terre. Ses parents ont choisi d’autres métiers, sa mère est professeure d’histoire-géographie et son père ingénieur informatique, mais ses grands-parents sont agriculteurs et la ferme occupe une place importante dans son enfance. Dès qu’il le peut, il monte dans le tracteur ou part donner un coup de main. Une vie simple, à la campagne, dont il garde encore aujourd’hui beaucoup de choses.

Le rugby, lui, arrive plus tard. Clément est d’abord davantage attiré par le football et prend finalement sa première licence en suivant ses copains. Il débute à Cagnac-les-Mines avant de rejoindre Albi, où il progresse jusqu’à intégrer le groupe professionnel. À 19 ans, il dispute son premier match de championnat avec le SCA et découvre un vestiaire dans lequel les anciens prennent soin du petit jeune qu’il est encore.

Sa progression le conduit également chez les moins de 20 ans tricolores. Clément vient tout juste de passer au poste de talonneur et travaille énormément, notamment son lancer, parfois de manière assez artisanale. Il participe au Tournoi puis à la première Coupe du monde des moins de 20 ans, avant de poursuivre son apprentissage à Albi.

Une totale indépendance

Ce fonctionnement permet de préserver une pleine liberté et de s’inscrire dans la durée.

Ne jamais choisir entre le rugby et les études

Car pendant que sa carrière avance, Clément poursuit un autre objectif. Depuis ses années de formation, il a appris à organiser sa vie entre le sport et les études et refuse plusieurs opportunités pour aller au bout de son cursus. À l’École des Mines d’Albi, il doit notamment adapter les examens aux contraintes du rugby professionnel, sans jamais renoncer à l’un pour privilégier l’autre.

En 2013, beaucoup de choses changent en même temps. Il quitte son club de toujours pour rejoindre l’Union Bordeaux Bègles, devient père et termine son diplôme d’ingénieur quelques mois après son arrivée en Gironde. Cette sécurité professionnelle compte énormément pour lui. Pendant longtemps, sa propre mère préfère d’ailleurs présenter son fils comme ingénieur plutôt que comme rugbyman professionnel.

À Bordeaux, sa carrière sportive prend encore une autre dimension. Il s’installe progressivement à l’UBB, joue la Champions Cup et finit par attirer l’attention du staff du XV de France. Le 19 juin 2016, à Tucumán, il connaît sa première sélection face à l’Argentine. Il portera huit fois le maillot bleu.

Mais ce qui rend son parcours vraiment particulier, c’est que le rugby ne devient jamais son unique activité. Clément travaille réellement comme ingénieur en parallèle, notamment chez Safran sur le moteur M88 du Rafale. Même lorsqu’il est avec le XV de France pendant le Tournoi 2017, il profite d’un jour de repos pour aller travailler sur le site de Corbeil-Essonnes. Ce n’est ni un rôle de façade ni une opération de communication : il tient à exercer son métier.

« J’ai toujours tenu à avoir une activité professionnelle « civile » en parallèle de ma carrière de joueur de rugby, c’était essentiel à mon équilibre. »

Cette citation résume finalement assez bien une partie de son parcours. Clément n’a jamais voulu que le rugby définisse toute sa vie et il raconte aussi comment cette activité extérieure a pu l’aider dans sa carrière sportive.

Des terrains aux parcs à huîtres

Lorsqu’il arrête sa carrière en 2024 après dix-sept saisons chez les professionnels, Clément a déjà préparé la suite. Et pourtant, ce n’est pas vraiment vers l’ingénierie qu’il se tourne.

En arrivant en Gironde, des coéquipiers lui ont fait découvrir le monde de l’ostréiculture. Il commence par passer du temps dans une cabane, demande un jour à participer à une marée, puis recommence. Une fois, deux fois, vingt fois… jusqu’à ce que cette activité devienne une véritable passion. Durant sa dernière saison de rugby, il construit son projet pour pouvoir s’installer dès sa retraite sportive.

Le lien avec son enfance est assez évident. Lui qui rêvait gamin de devenir agriculteur retrouve un métier manuel, au contact de la nature, rythmé par les marées et par un cycle d’élevage qui oblige à penser plusieurs années à l’avance. Son bagage d’ingénieur n’a finalement pas disparu non plus : il retrouve dans cette activité le besoin d’anticiper, de s’organiser et de comprendre.

Clément dit lui-même ne jamais avoir eu un talent particulier pour le rugby. Il préfère parler d’une carrière de besogneux et de tout le travail qu’il a fallu fournir pour aller aussi loin. C’est aussi ce que j’aime chez lui : il est authentique, franc du collier, profondément attaché à sa famille et ne cherche pas à se raconter autrement qu’il n’est. Son parcours montre surtout jusqu’où peuvent mener le travail, la constance et la capacité à construire sa vie sans tout miser sur une seule chose.

J’ai passé un superbe moment en sa compagnie, et la richesse comme la durée de notre échange en témoignent. Je suis certain que vous allez vous aussi vous régaler.

Bonne écoute !

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