Pendant longtemps, Patrick a vécu sa grande taille comme un complexe. Le rugby va en faire sa force.
À 13 ans, il découvre dans le rugby quelque chose qu’il n’avait encore jamais vraiment trouvé ailleurs : une raison d’aimer ce qui le rend différent. Très grand, très maigre, il manque beaucoup de confiance en lui. Sur un terrain, cette morphologie devient pourtant un avantage, notamment en touche, où son aisance lui vaut bientôt le surnom d’« Albatros ».
Il grandit à L’Isle-Jourdain, au milieu des terres familiales. Ses parents sont agriculteurs, comme plusieurs générations avant eux, et la vie à la ferme occupe une grande place dans son enfance. Patrick aime bricoler, travailler dehors et rêve même un temps de devenir paysagiste. Le rugby arrive presque par hasard au collège, mais il va peu à peu changer la façon dont il se regarde.
Après ses études, Patrick rejoint Colomiers, où Jean-Claude Skrela lui donne sa chance. Il débute avec les juniors avant de rejoindre rapidement l’équipe première. Le club est alors encore loin des sommets qu’il atteindra quelques années plus tard, et Patrick va prendre part à toute cette progression.
Une différence qui devient une force
Avec Colomiers, Patrick participe à une aventure assez folle. Le club progresse saison après saison, remporte le Bouclier européen en 1998, atteint la finale de la Coupe d’Europe l’année suivante puis celle du championnat en 2000. Dans une équipe où évoluent notamment Fabien Galthié et Jean-Luc Sadourny, il s’impose comme l’un des joueurs importants du groupe.
C’est aussi à cette époque qu’il croise Max Guazzini. Patrick est déjà fasciné par ce Stade Français qui mélange rugby, spectacle et paillettes. Après une demi-finale européenne entre les deux clubs, il va spontanément saluer le président parisien, qui lui glisse discrètement sa carte de visite dans la main. Deux ans plus tard, Patrick rejoint Paris.
Le changement lui correspond parfaitement. Il découvre un autre univers, profite pleinement de la vie parisienne et remporte deux Brennus, en 2003 et 2004. Ses performances lui ouvrent également les portes du XV de France, dont il portera le maillot à 18 reprises.
« J’aurais aimé que le grand Patrick vienne me dire : “Tu as la chance d’être grand et maigre, tu as la chance d’être différent, tu verras, un jour ça paiera.” »
Cette différence qu’il a longtemps subie, Patrick prend aujourd’hui plaisir à en parler lorsqu’il rencontre des jeunes qui se sentent eux-mêmes en décalage. Le rugby lui a permis de transformer ce qui le faisait souffrir en véritable force.
Revenir à la terre
Après Paris, Patrick poursuit sa carrière à la Section Paloise puis à Castres. Il revient ensuite jouer à L’Isle-Jourdain, retrouvant le club et l’environnement dans lesquels tout avait commencé.
En 2008, ses parents prennent leur retraite et Patrick choisit de reprendre l’exploitation agricole familiale. Sa société d’encadrement de maillots de sport, KDM Sport, commence également à bien fonctionner. Plutôt que de chercher à prolonger encore sa carrière professionnelle, il décide de consacrer son énergie à cette nouvelle vie.
En reprenant l’exploitation familiale, Patrick retrouve aussi tout ce qu’il a toujours aimé en dehors du rugby. Il construit lui-même sa maison sur ses terres, un projet qui lui prendra plusieurs années et dans lequel il renoue avec son goût de toujours pour le bricolage. Le rugby reste présent, mais sans occuper toute la place. Il s’en rapproche néanmoins peu à peu pour transmettre son expérience, notamment autour de la touche.
C’est chez lui, à L’Isle-Jourdain, au milieu de ses terres, que nous enregistrons cet épisode. Un cadre qui correspond particulièrement bien à la vie qu’il s’est construite.
J’ai passé un super moment avec Patrick. C’est un personnage vraiment à part, très libre dans sa façon de penser comme dans la manière dont il a organisé sa vie. Il aime profiter, bricoler, entreprendre, travailler la terre, parler rugby et surtout faire les choses à sa manière. Et forcément, ça donne une conversation qui ne ressemble pas tout à fait aux autres.
Bonne écoute !