Gaëlle n’imaginait pas devenir joueuse de rugby de haut niveau, encore moins porter le brassard du XV de France à 21 ans. Pourtant, en quelques années, elle va franchir les étapes à une vitesse assez folle, sans jamais perdre de vue les études ni la vie qu’elle souhaite construire en dehors des terrains.
Née à Clermont-Ferrand, elle passe l’essentiel de son enfance à Carmaux, dans le Tarn, où sa famille s’installe lorsqu’elle est encore petite. Le rugby est déjà partout autour d’elle : son père a joué, tout comme plusieurs de ses oncles et son grand-père, mais Gaëlle touche à beaucoup de sports avant de chausser les crampons à 11 ans.
Elle progresse rapidement et, à 15 ans, quitte Carmaux pour Toulouse afin d’intégrer le Pôle Espoir de Jolimont. Le changement est important pour une adolescente qui découvre à la fois l’éloignement familial, un cadre d’entraînement beaucoup plus exigeant et les premières sélections. Elle joue ensuite à Albi puis à Saint-Orens avant de rejoindre le projet du Stade Toulousain, avec lequel elle remporte le championnat de Nationale 2 dès sa première saison chez les Seniors.
Une capitaine de 21 ans
Internationale chez les moins de 20 ans, dont elle devient également capitaine, Gaëlle se rapproche progressivement du XV de France et connaît sa première sélection en décembre 2016. Quelques mois plus tard, elle espère participer à la Coupe du Monde 2017 mais n’est finalement pas retenue. La déception est forte, et elle décide de s’en servir pour travailler davantage et revenir.
La suite va très vite puisque, dès la tournée d’automne, le staff lui propose de devenir capitaine du XV de France. Gaëlle n’a que 21 ans et à peine quelques sélections derrière elle lorsqu’on lui confie cette responsabilité, au sein d’un groupe où évoluent des joueuses beaucoup plus expérimentées. Elle choisit de s’appuyer sur elles et se fixe surtout une ligne de conduite très simple : être exemplaire, sur le terrain comme en dehors.
Quelques mois plus tard, elle mène les Bleues vers le Grand Chelem dans le Tournoi 2018, marqué notamment par cette victoire contre l’Angleterre devant près de 20 000 personnes à Grenoble. Elle conservera ce rôle pendant plusieurs années, avant de devenir également capitaine du Stade Toulousain en 2021.
Ce parcours aurait été difficile à imaginer lorsqu’elle était enfant, et c’est justement ce qu’elle raconte avec beaucoup de simplicité au cours de notre échange.
« Quand j’étais petite, je rêvais d’une vie classique : une maison, un travail qui me plaît… Puis en grandissant j’ai compris que j’avais la chance de pouvoir vivre de mon sport, et ça c’est magique ! »
Le rugby féminin évolue alors rapidement et Gaëlle accompagne cette transformation de l’intérieur. Les contrats fédéraux permettent aux internationales de consacrer davantage de temps à leur discipline, tandis que l’exposition des Bleues augmente et que les stades commencent à se remplir. Sa carrière en club suit la même progression et, après plusieurs finales perdues, elle décroche avec Toulouse le titre de championne de France en 2022.
Construire aussi l’après-rugby
Malgré tout ce que le rugby lui apporte, Gaëlle ne veut jamais dépendre uniquement de sa carrière sportive. Elle mène ses études en parallèle, devient ergothérapeute et reprend même une formation afin de se spécialiser dans le sport santé, un domaine qui lui permet de rapprocher ses compétences professionnelles de l’univers sportif qu’elle connaît si bien.
Cette volonté d’anticiper la suite correspond assez bien au personnage. Gaëlle avance avec beaucoup de sérieux et d’exigence, mais sans donner l’impression de se prendre pour quelqu’un d’autre parce qu’elle est devenue internationale ou capitaine du XV de France. Elle parle aussi bien des moments de réussite que des sélections manquées, des défaites ou des périodes plus difficiles, avec une franchise qui rend l’échange particulièrement agréable.
Et puis il y a Gagou, comme l’appellent ses amis : celle qui écoute Jul avant les matchs, qui aime chambrer et qui reste très proche de sa famille et de son entourage. Derrière la troisième ligne internationale et l’ancienne capitaine des Bleues, on retrouve surtout quelqu’un de très accessible, qui semble avoir gardé les mêmes repères depuis ses débuts à Carmaux.
J’ai beaucoup aimé cet échange avec Gaëlle. Elle est droite, naturelle et généreuse dans sa manière de raconter son parcours, avec cette capacité à mesurer la chance qu’elle a de vivre de son sport sans jamais considérer que tout lui est dû. C’est vraiment une chouette nana.
Bonne écoute !