#146 – Fabien Barcella

Empereur de son existence – Le réel comme repère

4h39
Fabien Barcella, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#146 - Fabien Barcella, Empereur de son existence - Le réel comme repère
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Le travail, Fabien en découvre très tôt la réalité. À Pommevic, dans le Tarn-et-Garonne, il grandit avec l’histoire de ses quatre grands-parents nés en Italie et venus s’installer en France après la guerre. Il garde notamment le souvenir des étés passés comme manœuvre sur les chantiers, une expérience qui lui fait rapidement comprendre qu’il vaut peut-être mieux s’accrocher aussi un peu à l’école.

Le rugby arrive très tôt. Après un bref passage par le football, Fabien commence à Valence d’Agen avant de rejoindre le SU Agen, le club que supporte toute sa famille. Son parcours le conduit ensuite au centre de formation du Stade Toulousain, où il va jusqu’à connaître quelques apparitions avec l’équipe première. Toulouse l’imagine cependant plutôt au talonnage alors que lui veut jouer pilier gauche. Plutôt que d’accepter un poste qui ne lui convient pas, il décide de revenir à Valence d’Agen, en Fédérale 1.

À ce moment-là, rien ne permet encore d’imaginer jusqu’où ce choix va le conduire. Il n’a d’ailleurs jamais construit sa vie autour du rêve de devenir rugbyman professionnel. Il joue, travaille et avance sans faire du haut niveau une obsession, jusqu’à ce qu’une rencontre vienne accélérer les choses.

Une totale indépendance

Ce fonctionnement permet de préserver une pleine liberté et de s’inscrire dans la durée.

Auch lui ouvre les portes

Henry Broncan le repère et l’attire au FC Auch, où il trouve un rugby et un environnement qui lui correspondent. Le club remporte le championnat de Pro D2 en 2007 et découvre le Top 14 la saison suivante, ce qui lui permet de se confronter chaque week-end aux meilleurs piliers du championnat et de continuer à progresser.

Cette progression finit par le conduire beaucoup plus loin qu’il ne l’avait imaginé puisque, en 2008, Marc Lièvremont l’appelle en équipe de France. Quelques mois plus tard, alors qu’il dispose de plusieurs possibilités pour poursuivre sa carrière, Fabien choisit Biarritz. Sur la Côte basque, il s’installe rapidement au plus haut niveau et devient une référence à son poste, jusqu’à être considéré en 2009 comme le meilleur pilier gauche du monde.

L’année suivante, il atteint avec Biarritz la finale de la Coupe d’Europe et remporte le Grand Chelem avec le XV de France. Sa carrière semble alors avoir pris une dimension qu’il n’aurait probablement jamais imaginée quelques années plus tôt à Valence d’Agen, mais une rupture du tendon d’Achille, survenue en août 2010 lors d’un match avec les Espoirs du BO, vient bouleverser la suite.

La Coupe du monde 2011 n’est plus très loin et commence alors une longue course contre la montre. Une première tentative de retour est interrompue par une nouvelle alerte au même tendon, mais Fabien finit par retrouver les terrains suffisamment tôt pour être retenu et partir en Nouvelle-Zélande avec les Bleus.

« Je ne me suis pas emballé en passant si vite de la Fédérale au XV de France. Et heureusement, car l’expérience m’a appris que la descente pouvait être tout aussi rapide. »

Quelques mois plus tôt, sa participation à la Coupe du monde paraît presque impossible et il finit pourtant par disputer la finale face aux All Blacks, qui sera aussi sa vingtième et dernière sélection. Il revient longuement dans cet épisode sur cette compétition et sur tout ce que les mois précédents avaient exigé de lui pour parvenir jusque-là.

Une carrière profondément marquée par les blessures

Les efforts consentis pour revenir laissent des traces et Fabien raconte très clairement le contrecoup qui suit la Coupe du monde. Les blessures se succèdent et il lui faudra plusieurs années pour retrouver un véritable équilibre, si bien que la suite de son passage à Biarritz n’aura plus grand-chose à voir avec la période qui l’avait conduit au sommet.

Après le BO, il rejoint brièvement Toulon en sachant qu’il arrive dans une équipe double championne d’Europe où la concurrence est immense. L’expérience est courte et Fabien reconnaît lui-même ne jamais avoir réellement trouvé sa place dans ce groupe rempli de stars, même si ces quelques mois lui permettent paradoxalement de retrouver une condition physique qu’il n’avait plus connue depuis longtemps.

Lorsqu’une opportunité se présente à Grenoble en cours de saison, il retrouve immédiatement du temps de jeu et surtout le plaisir d’enchaîner les matchs. Il y restera jusqu’en 2017, année où son corps finit par lui imposer l’arrêt d’une carrière qui aura été aussi spectaculaire dans son ascension que compliquée dans sa seconde partie.

La suite s’est d’ailleurs en partie construite pendant toutes ces années passées à se blesser, se soigner et côtoyer ceux qui l’accompagnaient dans ses différentes rééducations. Fabien s’intéresse progressivement à la kinésithérapie, reprend des études et obtient son diplôme avant d’exercer à son tour ce métier sur la Côte basque. Il y retrouve plusieurs choses qui lui plaisaient déjà dans la préparation physique : comprendre le corps, travailler, accompagner, mais aussi créer du lien avec les gens.

Ce qui m’a plu chez Fabien, c’est le recul avec lequel il regarde son parcours. Il sait parfaitement ce que le rugby lui a apporté et raconte avec la même franchise les grandes périodes de sa carrière, les blessures, les moments de doute et ceux où il ne parvenait plus à retrouver le niveau qu’il aurait voulu avoir.

Cet épisode avait aussi une saveur particulière pour moi parce que Fabien fait partie de ces joueurs que je badais dans mes jeunes années. J’avais donc forcément beaucoup de plaisir à l’idée de le recevoir et de pouvoir prendre le temps de découvrir l’homme derrière le joueur. Et je n’ai pas été déçu : grand passionné d’histoire, curieux de beaucoup de choses et doté d’un humour décapant, Fabien m’a offert un échange comme je les aime.

Bonne écoute !

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