#81 – Jean-Baptiste Poux

Profiter sans calculer – Se surpasser pour ne rien regretter

1h56
Jean-Baptiste Poux, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#81 - Jean-Baptiste Poux, profiter sans calculer - Se surpasser pour ne rien regretter
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Il y a des carrières qui semblent avoir été soigneusement planifiées. Celle de Jean-Baptiste s’est plutôt construite au gré des rencontres, des opportunités et d’une envie qui ne l’a jamais quitté : jouer au rugby et prendre du plaisir à le faire.

Dans une famille où le ballon ovale est bien présent, il commence pourtant par le football et pratique les deux sports pendant quelques années. Ce sont finalement l’ambiance et l’état d’esprit trouvés chez les Cheminots de Béziers qui le convainquent de choisir le rugby. À l’époque, il joue surtout pour retrouver ses copains et s’amuser, sans vraiment imaginer jusqu’où cela pourrait le mener.

Narbonne, les Bleus et le grand saut toulousain

Repéré par Narbonne alors qu’il est encore adolescent, il prend chaque semaine le train depuis Béziers pour rejoindre l’entraînement des cadets. Son père, après sa journée à EDF et un passage dans ses vignes du côté de Capestang, vient ensuite le récupérer et tous deux rentrent ensemble. Il poursuit parallèlement ses études en électrotechnique avant d’intégrer le centre de formation narbonnais.

Une totale indépendance

Ce fonctionnement permet de préserver une pleine liberté et de s’inscrire dans la durée.

Sa progression est rapide puisqu’il découvre l’élite à seulement 19 ans et s’installe suffisamment vite dans l’effectif pour attirer l’attention du staff du XV de France. Appelé pour la première fois en 2001 face aux Fidji, il marque même un essai dès sa première sélection et participe, quelques mois plus tard, au Grand Chelem 2002. Toulouse s’était déjà manifesté, mais il avait préféré rester une saison supplémentaire à Narbonne, dans un groupe qu’il n’avait aucune envie de quitter trop vite. L’année suivante, il cède finalement aux sirènes stadistes.

À Toulouse, il découvre une concurrence féroce au poste de pilier et doit en plus composer avec des problèmes de dos qui compliquent ses débuts. Une fois ces douleurs derrière lui, tout s’accélère : dès sa première saison, il dispute comme titulaire la finale de Coupe d’Europe remportée face à Perpignan.

Cette soirée lui laisse d’ailleurs autre chose qu’un trophée. Ouvert au front pendant la rencontre, il prolonge les festivités avec ses coéquipiers lorsque Christian Labit le baptise « Brad Poux », référence plus ou moins heureuse à Brad Pitt. Le surnom, lui, traversera les années et le suivra jusqu’à Bordeaux.

Deux autres Coupes d’Europe et trois Brennus viendront ensuite enrichir onze saisons particulièrement fastes sous le maillot rouge et noir. Avec les Bleus, l’histoire est moins linéaire : après le Grand Chelem de 2002, il connaît de longues périodes sans être appelé, mais revient régulièrement dans le groupe et répond présent lors des grandes échéances. Il dispute ainsi les Coupes du monde 2003 et 2007, remporte un deuxième Grand Chelem en 2010 puis atteint, l’année suivante, la finale mondiale face aux All Blacks.

« Quand tu as un potentiel, tu dois être le plus sérieux possible afin de l’exploiter au mieux ! J’ai toujours voulu me surpasser et faire mon maximum pour ne pas avoir de regrets. »

Cette finale perdue d’un point restera son principal regret sportif. Pour le reste, il a surtout le sentiment d’avoir fait ce qu’il fallait pour profiter pleinement de ce que le rugby lui offrait, avec cette volonté de pousser encore un peu plus loin tant que le corps et l’envie suivaient.

À Bordeaux, une inattendue seconde jeunesse

En 2013, alors que le Stade Toulousain commence à préparer la relève, il comprend que son histoire avec le club touche à sa fin. À bientôt 34 ans, il n’envisage pourtant pas d’arrêter et, lorsque l’UBB se manifeste, il prend assez rapidement la direction de Bordeaux.

Le contraste avec Toulouse est saisissant. L’UBB ne dispose pas encore du centre d’entraînement qu’on lui connaît aujourd’hui et les installations sont beaucoup plus sommaires ; les joueurs repartent avec leur sac et lavent eux-mêmes leurs affaires, des habitudes qu’il avait perdues depuis longtemps et qui lui rappellent immédiatement ses débuts. Loin de le déranger, ce fonctionnement lui plaît.

Ce qui pouvait ressembler à un dernier contrat va finalement agir comme une véritable cure de jouvence. Il joue encore cinq saisons sous le maillot bordelais et pousse sa carrière jusqu’à près de 39 ans, tandis que son rôle évolue progressivement. Toujours joueur, il commence à davantage décortiquer les adversaires, à partager son expérience et à se rapprocher du travail d’entraîneur. Il intervient également auprès du XV de France comme consultant de la mêlée avant de rejoindre pleinement le staff de l’UBB une fois les crampons rangés.

Le rugby occupe forcément une place immense dans sa vie, mais la conversation nous emmène aussi ailleurs. Il continue à courir et à s’entraîner parce qu’il aime simplement l’effort, tout en gardant un goût prononcé pour la gastronomie et le vin. Le lien est ancien : son père possédait des vignes, son grand-père était ouvrier agricole et lui-même a connu les vendanges. Son épouse étant originaire de Norvège, il se lancera même pendant un temps dans la commercialisation de vin en France et son exportation là-bas, avant que le Covid ne mette un terme à cette aventure.

C’est au centre d’entraînement de l’UBB que je suis allé le retrouver, grâce à Clément Maynadier, qui fut son coéquipier avant de devenir l’un de ses joueurs.

J’avais vu Jean-Baptiste évoluer pendant des années sous le maillot toulousain et connaissais évidemment l’immensité de son palmarès, mais beaucoup moins l’homme. J’ai découvert quelqu’un de simple, discret, drôle et très accessible, avec qui la discussion s’est faite naturellement dès les premières minutes.

On peut parler avec lui de mêlée, de grands matchs, de ses années à Toulouse, puis basculer presque sans transition sur une anecdote beaucoup plus légère. Et malgré tout ce qu’il a connu dans sa carrière, il raconte les choses avec énormément de recul et sans jamais se mettre en avant.

J’ai passé un super moment en sa compagnie et je me suis vraiment régalé pendant cet échange.

Bonne écoute !

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