Julien Cabannes est profondément Montois, et ça dépasse largement le rugby. Mont-de-Marsan, c’est sa famille, ses amis, ses habitudes, les fêtes, les corridas, les week-ends sur la côte et tout un cadre de vie auquel il reste très attaché.
Il grandit dans le quartier du Bélier, avec ses deux grands frères, dans une famille où tout le monde se connaît et où les dimanches se passent volontiers chez la grand-mère. Julien est le petit dernier, celui qui suit les autres partout, veut participer à tout et passe son enfance entre le jardin, le vélo, les terrains de sport et les copains.
Le rugby prend évidemment beaucoup de place. Son père a joué au Stade Montois avant d’y devenir éducateur puis entraîneur, ses frères pratiquent eux aussi, et Julien entre très jeune au club. Il y grandit, y remporte le championnat de France Crabos en 2008 puis découvre l’équipe première à seulement 18 ans. Dans le même temps, il passe par Talence et Marcoussis, côtoie les meilleurs joueurs de sa génération et commence progressivement à se faire une place chez les professionnels.
Une vie entière en jaune et noir
Ce qui devait être le début d’une carrière va finalement devenir une histoire de vingt-sept saisons avec le même club, dont quinze chez les professionnels. Julien connaîtra tout avec le Stade Montois : la montée en Top 14, la descente, les phases finales, les saisons réussies, les périodes plus compliquées, les changements d’entraîneurs et de générations.
Cette fidélité n’a pourtant jamais été une évidence absolue. Plus jeune, il pense parfois à partir pour voir autre chose, mais refuse aussi de quitter Mont-de-Marsan pour simplement gagner davantage ailleurs. Avec le temps, les attaches se renforcent, sa famille se construit et l’idée de faire toute sa carrière sous le même maillot finit par prendre tout son sens.
« Je pense que si j’ai eu cette longévité au Stade Montois, c’est parce que je n’ai pas triché et que je n’ai savonné la planche à personne. J’ai essayé de rester droit et j’ai tout donné. »
Il aura même la chance de partager une saison avec son frère Romain, revenu terminer sa carrière au Stade Montois, un moment forcément particulier pour toute la famille.
La fin sera plus difficile. Une très lourde blessure à la cheville l’éloigne des terrains pendant treize mois et lui fait sérieusement envisager l’arrêt. Il s’accroche pourtant, notamment avec l’envie de rejouer devant ses proches et de permettre à sa fille de le voir une dernière fois sur le terrain. Il revient finalement, puis repart pour une ultime saison en 2022-2023 afin de terminer comme il le mérite.
Tout ce qu’il y a autour
Chez Julien, il serait pourtant dommage de résumer l’histoire au Stade Montois. On parle beaucoup de sa famille, de ses filles, de Mont-de-Marsan, de traditions landaises, de corrida, de fêtes, de voyages et plus largement de ce qui l’anime en dehors du rugby.
Il assume son attachement à son territoire tout en étant capable d’en questionner certaines traditions, notamment lorsqu’on parle de corrida. L’échange devient alors beaucoup plus large, avec cette volonté de discuter sans caricaturer les positions de chacun.
Il est aussi assez éloigné des réseaux sociaux et de leurs jugements à l’emporte-pièce. On en a beaucoup parlé ensemble, au détour d’un échange qui, comme souvent dans La Cravate, dépasse largement le rugby.
Pendant sa dernière saison, Julien commence également à travailler au sein du service partenariats du Stade Montois. Il aurait pu y poursuivre, mais choisit finalement de couper un peu le cordon et de découvrir autre chose après avoir passé pratiquement toute sa vie dans le même environnement.
J’ai passé un excellent moment avec Julien. Je connaissais déjà une partie de son histoire à travers son frère Romain, et c’est Jean-Baptiste Dubié qui nous avait mis en contact. Deux heures et demie de discussion, beaucoup de souvenirs, pas mal de rires, et un échange qui, comme souvent, nous a emmenés bien au-delà du rugby.
Bonne écoute !