#140 – Patrice Lagisquet

L’Express au long cours – Bâtir et guider

4h36
Patrice Lagisquet, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#140 - Patrice Lagisquet, l’Express au long cours - Bâtir et guider
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Avant le rugby, il y a le bassin d’Arcachon. Patrice grandit entre La Teste et Gujan-Mestras, dans une famille d’ostréiculteurs. Il passe une enfance proche de la nature et participe lui aussi à la vie de l’exploitation familiale, notamment pendant les fêtes de Noël. Une éducation simple qui lui apprend très tôt la valeur de l’effort et de l’argent.

Enfant particulièrement énergique, il touche à plusieurs sports avant de se tourner vers le rugby. Sa progression va être rapide et, à 18 ans, il joue déjà en première division avec le CA Bègles. Le rugby prend alors suffisamment de place pour l’éloigner d’un autre rêve qu’il avait depuis l’enfance, celui de devenir pilote. Deux ans plus tard, en 1982, il quitte la Gironde pour rejoindre l’Aviron Bayonnais et s’installe dans un Pays basque qu’il ne quittera plus vraiment.

À Bayonne, il va passer dix saisons et construire une grande partie de sa carrière. Il devient international, participe aux Coupes du monde 1987 et 1991 et connaît cette sensation qu’il décrit longuement dans l’épisode : celle d’un joueur capable, au plus haut niveau, de voir les actions presque au ralenti et d’avoir l’impression de pouvoir réellement peser sur le cours d’un match.

Une totale indépendance

Ce fonctionnement permet de préserver une pleine liberté et de s’inscrire dans la durée.

Du joueur à l’entraîneur

En 1992, une querelle avec un membre du staff le conduit à quitter l’Aviron. Sa vie professionnelle et sa famille sont déjà installées sur la Côte basque et il n’envisage pas de partir. Il rejoint donc Biarritz, un choix très mal vécu par une partie du public bayonnais mais qu’il présente, lui, de manière beaucoup plus simple : c’est la solution qui lui permet de continuer à jouer en première division sans bouleverser tout le reste de sa vie.

Les dernières années comme joueur sont davantage perturbées par les blessures et il arrête en 1997. Une autre histoire commence alors avec le Biarritz Olympique. Patrice passe rapidement de l’autre côté du terrain et participe à la construction d’une équipe qui va progressivement s’installer parmi les meilleures de France et d’Europe. Il parle beaucoup dans cet épisode de cette fonction d’entraîneur, de la préparation des matchs, de la manière de faire progresser un groupe, mais aussi de la nécessité d’adapter ses idées aux joueurs dont on dispose.

« Je pense que l’un des rôles de l’entraîneur est de permettre aux joueurs d’exprimer leur potentiel. Il faut les mettre dans les meilleures conditions pour qu’ils puissent le faire. »

Cette manière de penser le métier va l’accompagner bien au-delà de Biarritz. Après une première longue période au BO, puis trois années sans entraîner, il y revient en 2011 avec de nouvelles idées et l’envie de transmettre aussi aux entraîneurs. Quelques mois plus tard, il rejoint le staff du XV de France, où il restera quatre ans.

L’expérience suivante sera très différente. Lorsqu’il accepte de prendre en charge le Portugal, il tient notamment à travailler avec un staff en partie portugais plutôt qu’à arriver avec une équipe entièrement constituée autour de lui. Il veut comprendre le rugby local, s’appuyer sur ce qui existe déjà et construire à partir des joueurs disponibles.

Le projet va mener les Lobos jusqu’à la Coupe du monde 2023 en France. La qualification se joue au terme d’un match nul face aux États-Unis et le Portugal entre dans le tournoi par la plus petite des portes. Quelques mois plus tard, cette équipe séduit par son jeu et son état d’esprit, jusqu’à décrocher face aux Fidji la première victoire de son histoire en Coupe du monde. Patrice parle surtout de la générosité, de la solidarité et du talent de ses joueurs, autant de choses qui expliquent selon lui l’attachement du public français à cette équipe.

Une vie qui ne s’arrête pas au rugby

Le rugby n’a jamais occupé seul ses journées. En parallèle de sa carrière de joueur puis d’entraîneur, Patrice construit son parcours professionnel dans l’assurance. Lors de notre rencontre, il travaille toujours dans son cabinet de courtage spécialisé dans le sport professionnel, installé près de Bayonne depuis le début des années 1990.

Il y a surtout Chrysalide, l’association qu’il crée en 1989 avec d’autres parents d’enfants en situation de handicap. Une trentaine de familles se réunissent alors avec une volonté commune : mieux accompagner leurs enfants, favoriser leur inclusion et leur permettre d’exprimer tout leur potentiel. Plus de trente-cinq ans plus tard, cet engagement occupe toujours une place importante dans sa vie.

Ce long échange permet finalement de découvrir toutes ces facettes sans que l’une efface les autres. Le joueur international, l’entraîneur qui réfléchit énormément à son métier, le chef d’entreprise, le père de famille et l’homme engagé avancent depuis des décennies avec la même énergie.

J’ai trouvé Patrice absolument passionnant. C’est un homme qui analyse beaucoup, qui aime comprendre, construire et transmettre, mais qui sait aussi remettre le rugby à sa juste place lorsqu’il parle de sa famille ou de ses engagements. Près de cinq heures de conversation et pourtant, je n’ai vraiment pas vu le temps passer.

Bonne écoute !

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