Sébastien grandit dans un quartier populaire de Narbonne, où les copains et la vie du quartier occupent une grande place. Élevé par sa mère après le départ de son père alors qu’il n’a que trois ans, il grandit dans un univers où le rugby n’occupe aucune place particulière. C’est un copain du quartier qui l’embarque un jour avec lui au Racing Club Narbonnais. À l’époque, il se décrit comme un gamin chétif, asthmatique, pas spécialement doué et plutôt bagarreur, qui a surtout besoin de bouger.
Le rugby va pourtant rapidement prendre une place importante dans sa vie. Il y trouve des copains, une deuxième famille et un cadre qui l’aide à prendre confiance en lui et à sortir de son quartier. Il progresse au fil des catégories de jeunes jusqu’à se rapprocher de l’équipe première de Narbonne.
Il espère alors pouvoir y faire sa place, mais le club ne le conserve finalement pas. Sébastien part à Strasbourg, en Fédérale 1, loin de chez lui et du rugby du Sud. Ce détour va pourtant lui permettre de se montrer et d’attirer l’attention d’Éric Béchu, qui l’appelle pour rejoindre le Sporting Club Albigeois à l’été 2001. Il ne le sait évidemment pas encore, mais Albi va devenir le club de sa vie.
Dix saisons pour écrire l’histoire d’Albi
Il arrive dans un SCA encore en Fédérale 1 et découvre un groupe qui se construit autour d’Éric Béchu. Il va accompagner toute son ascension et devenir le seul joueur à porter le maillot albigeois de la Fédérale 1 jusqu’au Top 14. Une première montée en Pro D2, deux accessions dans l’élite, mais aussi une rétrogradation administrative : en dix saisons, il connaît pratiquement tout avec les Jaune et Noir.
Demi de mêlée au caractère bien trempé, facilement reconnaissable avec ses tresses et sa manière d’être sur le terrain, Sébastien se fait une place dans une équipe qui déjoue régulièrement les pronostics. Albi ne dispose pas des mêmes moyens que les grosses écuries, mais le groupe possède autre chose. Des joueurs très proches, une identité forte et un entraîneur capable de fédérer des personnalités très différentes autour d’un projet commun.
C’est aussi ce qu’il retient aujourd’hui de cette période. Plus que les résultats ou le niveau atteint, il parle beaucoup de ce que cette équipe a réussi à provoquer chez les gens et du lien créé avec le public albigeois.
« Moi, j’aime bien rendre les gens heureux. Quand on recroise encore des gens sur Albi qui nous disent : “Vous nous avez fait rêver”, c’est ce que je retiens. Avoir réussi à faire rêver les gens par notre sport, c’est énorme. »
Après dix saisons à Albi, il quitte le club à 36 ans. Pas question pour autant d’arrêter immédiatement. Il rejoint Rodez, puis Graulhet, avant de raccrocher les crampons en 2016, à l’approche de la quarantaine. Le rugby reste ensuite très présent et Sébastien continue à entraîner, avec cette envie de transmettre mais aussi de retrouver ce qu’il a toujours aimé dans ce sport : le groupe, les relations et les moments partagés.
Une vie qui lui ressemble
Pour enregistrer cet épisode, je suis allé retrouver Sébastien chez lui, près de Cordes-sur-Ciel. Et chez lui, ce n’est pas tout à fait une maison classique. Avec sa famille, il vit depuis une dizaine d’années dans des yourtes qu’ils ont installées et aménagées eux-mêmes, avec tout le confort nécessaire mais une volonté assumée de vivre plus simplement et au plus près de la nature.
Ce choix résume finalement assez bien le personnage. Sébastien n’a jamais vraiment cherché à faire comme tout le monde. Il travaille, construit, bricole, s’occupe de ses animaux, réfléchit à davantage d’autonomie et continue évidemment à consacrer une bonne partie de son temps au rugby. Il essaie surtout de trouver son équilibre entre sa famille, son travail et cette passion qui l’accompagne depuis l’enfance.
Son parcours professionnel ressemble d’ailleurs à son parcours de joueur. Sébastien a quasiment toujours travaillé à côté du rugby et n’a donc jamais vécu la fin de sa carrière comme une rupture brutale. Il a simplement continué à avancer, en adaptant sa vie à ses envies plutôt que l’inverse.
C’est probablement ce que j’ai le plus aimé dans ce long échange. Sa spontanéité, déjà, mais surtout sa manière d’aborder les choses sans trop se compliquer la vie. Sébastien a connu le rugby professionnel, le Top 14 et les grandes soirées avec Albi, mais il semble avoir conservé exactement la même façon de regarder ce qui l’entoure. Un personnage original, entier, parfois décalé, dont la manière de voir la vie pousse vraiment à la réflexion.
Bonne écoute !