Beñat grandit à Saint-Jean-le-Vieux, près de Saint-Jean-Pied-de-Port, avec son frère Mattin. Son père est pâtissier, sa mère soignante et la famille est profondément attachée au Pays basque. À la maison, on lui transmet une éducation simple, fondée sur le travail et le respect des autres. Le sport occupe déjà beaucoup de place : il s’essaie à la pelote, mais c’est avec les copains et un ballon de rugby qu’il prend le plus de plaisir.
Il commence à Garazi avant de rejoindre l’US Dax après sa majorité. Son frère y poursuit lui aussi son parcours et intégrera l’effectif professionnel, mais celui de Beñat va prendre une tout autre direction. Le 1er août 2003, le jour de ses 20 ans, il est victime d’un très grave accident pendant les fêtes de Bayonne. Une chute de huit mètres depuis les remparts lui fracture trois vertèbres lombaires. Il échappe à des séquelles beaucoup plus lourdes, mais reste éloigné des terrains pendant près d’un an.
Il reprend finalement le rugby à Peyrehorade, où Christophe Hamacek va notamment le pousser à apprendre à jouer aux différents postes de la première ligne. Beñat y passe cinq saisons avant de rejoindre Tyrosse en 2009. Il travaille toujours à côté et ne semble pas particulièrement préoccupé par l’idée de devenir professionnel. À presque 30 ans, il évolue encore en Fédérale 1.
Les opportunités finissent par s’enchaîner
C’est à Tyrosse que son parcours prend une nouvelle dimension. Grâce à ses grands-parents maternels espagnols, il est appelé avec la sélection espagnole et dispute son premier match avec Los Leones en novembre 2010. L’occasion lui permet aussi de rejouer avec Mattin, près de dix ans après leurs dernières rencontres ensemble. À l’époque, Beñat est toujours amateur et doit même poser des jours de congé pour pouvoir partir en sélection.
L’Espagne va pourtant jouer un rôle déterminant dans la suite. Ses performances internationales et les rencontres faites autour de la sélection finissent par lui ouvrir une porte qu’il n’attendait plus vraiment. À 30 ans, alors qu’il travaille toujours et joue à Tyrosse, l’Union Bordeaux-Bègles lui propose son premier contrat professionnel. Il arrive initialement comme joueur capable de couvrir les trois postes de la première ligne, dans un club qui cherche encore à s’installer durablement en Top 14.
L’aventure qui devait durer une saison en durera finalement quatre. Il découvre le rugby professionnel sur le tard, se fait une place dans l’effectif et continue parallèlement à rejoindre l’équipe d’Espagne lorsque son calendrier le permet. Ce qui frappe surtout dans la manière dont il raconte cette période, c’est la simplicité avec laquelle il semble avoir accueilli chaque nouvelle étape. Pas de plan construit longtemps à l’avance, mais des portes qui s’ouvrent et qu’il choisit de franchir.
« Je n’ai jamais fait de plan de carrière. J’ai toujours cherché à prendre du plaisir et saisir les opportunités qui se présentaient à moi. »
En 2017, il quitte finalement Bordeaux pour Grenoble. Le choix est aussi familial : après quatre années passées à multiplier les allers-retours entre la Gironde et les Landes, Beñat, sa femme et leur fille vont enfin pouvoir vivre ensemble au quotidien. L’expérience grenobloise sera plus courte que prévu et il reviendra ensuite dans le Sud-Ouest, d’abord à Tyrosse puis à Dax.
Il continue ainsi à jouer jusqu’à presque 40 ans. Après avoir quitté le rugby professionnel avec Dax, il s’offre même une dernière saison à Rion-Morcenx, en Fédérale 2. Cette fois, le corps commence sérieusement à lui rappeler les années accumulées sur les terrains et il raccroche définitivement en 2023.
Une autre vie dans les Landes
La transition est déjà engagée. À la fin de son passage à Dax, il prépare le concours de pompier professionnel et le réussit. Il devient d’abord pompier volontaire avant d’intégrer définitivement la profession, un métier dans lequel il retrouve beaucoup de choses qui lui plaisaient déjà dans le rugby : l’esprit d’équipe, le sport, la convivialité et le fait d’être au service des autres.
Aujourd’hui installé dans les Landes avec sa famille, il a pris ses distances avec les contraintes du rugby. Il continue à faire beaucoup de sport, s’est remis à la pelote, donne un coup de main dans son village et profite surtout d’un quotidien dans lequel la famille occupe désormais beaucoup de place. Lorsqu’il se décrit lui-même, le mot qui lui vient est d’ailleurs assez simple : « tranquille ».
C’est probablement ce qui m’a le plus marqué pendant notre échange. Quand Beñat raconte son parcours, tout paraît presque évident. Pourtant, entre son accident à 20 ans, ses années dans le rugby amateur, ses sélections avec l’Espagne, son premier contrat professionnel à 30 ans et une carrière qui s’est prolongée jusqu’à 40 ans, rien ne l’était vraiment. Lui raconte tout cela avec beaucoup de simplicité, sans donner l’impression d’avoir accompli quelque chose d’extraordinaire.
J’ai découvert un personnage aussi simple qu’étonnant, qui a su saisir les mains tendues et les opportunités lorsqu’elles se sont présentées. Un véritable modèle de persévérance, avec lequel j’ai passé un excellent moment.
Bonne écoute !