Quand je retrouve Thomas, il est sur un chantier, au pied des montagnes de la vallée d’Ossau. Il est clairement dans son élément : dehors, sur ce territoire qu’il connaît par cœur et auquel il est profondément attaché. C’est ici qu’il a grandi et, après une longue carrière professionnelle, c’est aussi ici qu’il a choisi de revenir.
Troisième d’une fratrie de quatre, il passe son enfance à Laruns entre le rugby, la chasse et la nature. Son père joue pilier et l’emmène très tôt dans les vestiaires, avant que Thomas ne prenne sa première licence puis rejoigne Arudy. Repéré par la Section Paloise en cadets, il y progresse jusqu’au Top 16, sans toutefois parvenir à véritablement s’installer.
Son gabarit lui ferme alors quelques portes. Lorsqu’il cherche à partir de Pau, un essai à Blagnac tourne court : le président le juge trop petit pour jouer au centre. Son agent lui propose alors de pousser jusqu’à Albi. Le détour va changer sa carrière puisque le club lui offre un contrat professionnel.
Albi, le véritable départ
Sous les ordres d’Éric Béchu, Thomas trouve enfin la confiance et le temps de jeu dont il avait besoin. Il devient l’un des joueurs importants du SCA et accompagne la progression du club jusqu’à la montée en Top 14 en 2006. Deux ans plus tard, Albi est rétrogradé administrativement malgré son maintien obtenu sur le terrain, et il rejoint Castres.
Les débuts dans le Tarn sont difficiles. Il passe d’un club très familial à un environnement qu’il vit beaucoup moins bien, avec des entraînements en anglais, plusieurs blessures et moins de plaisir. L’arrivée de Laurent Labit et Laurent Travers change ensuite la donne et lui permet de retrouver une place dans le groupe.
« J’ai longtemps galéré pour qu’on me donne ma chance à cause de mon gabarit. Dans le sport, le physique prime trop souvent au détriment d’autres qualités, et c’est bien dommage. »
Thomas restera cinq saisons à Castres. La dernière sera aussi la plus belle collectivement, avec ce Bouclier de Brennus remporté en 2013 face à Toulon. À ce moment-là, il sait déjà que la fin approche et pense de plus en plus à sa famille. Il rejoint Brive pour deux dernières saisons, notamment pour retrouver Philippe Carbonneau, avant de s’arrêter en 2015 alors qu’il aurait encore pu poursuivre ailleurs.
Le choix est assumé : ses enfants grandissent, les déménagements commencent à peser et il veut leur offrir l’enfance qu’il a lui-même connue dans la vallée d’Ossau.
Revenir à la vie qu’il voulait
Le retour au pays ne signifie pas rester sans rien faire. Thomas avait étudié la charpente et la maçonnerie à Gelos avant que le rugby ne devienne son métier. Après quatre années passées à travailler pour la mairie de Laruns, il revient finalement à ce qu’il connaissait déjà et monte sa propre entreprise de maçonnerie.
Le travail physique lui convient parfaitement. Il a besoin de bouger, de se dépenser et de passer ses journées dehors. Le rugby reste également présent, tout comme la chasse et cette relation très forte à la montagne et à son territoire. Surtout, il a retrouvé cette vie familiale qui avait largement pesé dans sa décision d’arrêter le haut niveau.
J’ai passé un excellent moment avec Thomas. J’ai beaucoup aimé sa simplicité, son authenticité, son attachement à sa famille et à sa terre, mais aussi cette forme de constance dans ce qu’il est et dans la vie qu’il a choisie. Il ne donne jamais l’impression de vouloir être autre chose que lui-même, et c’est précisément ce qui le rend aussi attachant. Je me suis régalé pendant cet échange.
Bonne écoute !