#96 – Abderrahmane Agueb

Forcer son destin – Le présent intensément

2h17
Abderrahmane Agueb, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#96 - Abderrahmane Agueb, forcer son destin - Le présent intensément
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Quand Abder découvre le rugby à 15 ans et demi, après avoir jusque-là surtout joué au football, rien ne laisse encore imaginer la suite. Trois ans plus tard à peine, le Stadoceste Tarbais vient le chercher pour l’emmener vers le plus haut niveau.

Né à Auch, il grandit dans le Gers, d’abord à Eauze puis à Condom, au sein d’une fratrie de sept enfants dont il est le petit dernier. Son père, arrivé d’Algérie quelques années plus tôt, meurt avant sa naissance et Abder porte d’ailleurs son prénom en hommage. Sa mère élève la famille dans des conditions parfois difficiles, avec l’aide de personnes qu’il n’a jamais oubliées et auxquelles il revient souvent au cours de notre échange.

Longtemps, son univers sportif est surtout celui du football. Le déménagement à Condom change pourtant beaucoup de choses : la ville vit davantage au rythme du rugby et Abder finit par essayer, presque par hasard. Il découvre tard ce sport, mais y trouve très vite quelque chose qui lui correspond, autant dans le combat que dans la camaraderie.

Une totale indépendance

Ce fonctionnement permet de préserver une pleine liberté et de s’inscrire dans la durée.

Ses progrès sont fulgurants. En 1988, il rejoint Tarbes alors qu’il est encore junior et découvre presque immédiatement le plus haut niveau, entouré de joueurs qu’il regardait jusque-là de loin. Cinq saisons suivent, avec plusieurs parcours en phases finales et notamment ce quart de finale de 1992 perdu contre Toulon après un match nul, les Varois se qualifiant au nombre d’essais avant de devenir champions de France.

Se faire une place

Abder rejoint ensuite le Stade Bordelais, où il passe deux saisons dans une équipe riche en fortes personnalités. Le club traverse pourtant une période compliquée et finit par perdre une grande partie de son effectif, ce qui l’amène à poursuivre sa route ailleurs.

La suite se joue à Toulon. Lors d’un match disputé avec Bordeaux sur la rade, son engagement attire l’attention d’André Herrero et d’Emmanuel Diaz, qui souhaitent le faire venir au RCT. Pour Abder, rejoindre Toulon revient presque à signer à l’OM lorsqu’on aime le football : il adore immédiatement le club, le maillot, la ville et cette culture du combat qui lui va parfaitement. L’aventure ne dure qu’une saison, mais elle lui laisse des souvenirs très forts.

En 1996, il revient dans le Sud-Ouest et rejoint la Section Paloise, où il passera les six dernières années de sa carrière. Il y retrouve un groupe qui lui ressemble, fait de beaucoup de caractère, de camaraderie et d’exigence, et connaîtra quelques-uns de ses plus beaux résultats, notamment la victoire en bouclier européen ainsi qu’une demi-finale de championnat.

Tout au long de ce parcours, Abder insiste surtout sur les rencontres. À chaque étape, il croise des hommes qui lui font confiance, l’aident à progresser ou prennent auprès de lui une place particulière, parfois proche de celle du père qu’il n’a pas connu.

« C’est vrai que j’ai démarré ma vie en partant d’assez loin, mais j’ai la chance que du monde m’ait tendu la main. Aujourd’hui, je suis fier de ce que j’ai accompli et de celui que je suis devenu. »

Cette reconnaissance revient souvent lorsqu’il raconte son histoire. Abder sait ce qu’il doit à ceux qui l’ont accompagné, mais il sait aussi tout ce qu’il a lui-même fallu aller chercher pour se faire une place dans un rugby où son parcours et ses origines le distinguaient encore fortement à l’époque.

Profiter de ce qui se présente

Abder termine sa carrière en 2002, mais le rugby ne résume pas le personnage. Curieux, intéressé par l’histoire, l’économie ou encore la politique, il a toujours aimé comprendre ce qui l’entoure et rencontrer des gens très différents. Installé à Pau, il travaille dans les assurances avant de devenir courtier dans ce même domaine et conserve de nombreuses attaches avec le monde qu’il a fréquenté pendant toutes ces années.

Il reste surtout cette personnalité très reconnaissable : une grande gueule assumée, toujours prête à plaisanter, mais capable de devenir extrêmement sérieuse lorsqu’il le faut. Derrière les anecdotes de vestiaire et la gouaille, on découvre quelqu’un qui mesure parfaitement le chemin parcouru et qui semble avoir gardé une réelle gratitude pour les occasions qui se sont présentées.

J’ai passé un très bon moment avec Abder. Il est drôle, cultivé, curieux de tout et raconte son parcours avec beaucoup de recul, sans jamais oublier ceux qui l’ont aidé à avancer. C’est un personnage à part, et son histoire mérite vraiment d’être entendue.

Bonne écoute !

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