Sofiane n’a jamais vraiment eu le luxe de faire les choses à moitié. Son histoire familiale, son parcours dans le rugby, les blessures ou encore les projets qu’il mène en dehors des terrains racontent tous la même chose : il avance, travaille et s’accroche.
Né à Alger, il arrive en France à trois ans et demi avec sa mère, son frère et sa sœur, dans un contexte compliqué qui pousse son père, alors policier, à tout quitter pour les rejoindre. La famille s’installe à Vierzon, où la vie est bien différente de celle qu’ils avaient connue en Algérie.
C’est là qu’il découvre le rugby, presque par hasard, avant que l’idée d’en faire son métier ne commence à prendre forme. Son grand frère devient l’un de ses éducateurs et se montre particulièrement exigeant avec lui. À 16 ans, Sofiane quitte la maison pour rejoindre Brive, puis Agen l’année suivante. C’est Henry Broncan qui le lance en Pro D2 à tout juste 18 ans.
« Le premier tatouage que j’ai fait est écrit en Arabe et signifie : « Chaque jour de ta vie, accroche-toi et ne lâche jamais rien ». Je pense que ça me correspond bien. »
Lorsque le technicien gersois prend ensuite la direction d’Albi, il l’emmène avec lui. Sofiane y passe deux saisons, joue régulièrement, progresse et finit par attirer l’attention de plusieurs clubs de Top 14.
Les blessures, les Bleus et Rio
À 22 ans, il choisit Perpignan. Son premier match de Top 14 face à Toulon se termine pourtant par une rupture des ligaments croisés et six mois de rééducation. La suite sera régulièrement perturbée par les blessures, sans l’empêcher de revenir, de s’imposer et de connaître ses premières sélections avec le XV de France.
Il rejoint ensuite Bordeaux avec un objectif clair : retrouver les Bleus et disputer la Coupe du Monde 2015. L’aventure internationale ne s’arrête d’ailleurs pas au XV. Alors qu’il joue peu à l’UBB, une opportunité se présente avec l’équipe de France à 7. Il participe à la préparation olympique, gagne sa place lors du tournoi de Londres et se retrouve quelques semaines plus tard aux Jeux de Rio.
Puis vient Toulouse, le club dans lequel il rêvait de jouer. Après des débuts contrariés, la saison 2018-2019 marque un tournant. Titulaire tout au long de l’année, il inscrit 16 essais et devient champion de France, avant de retrouver les Bleus pour la Coupe du Monde au Japon. Les années suivantes lui apportent encore d’autres titres, mais aussi un rôle différent dans le vestiaire, auprès d’une génération plus jeune.
Préparer la suite sans attendre
Au moment de notre rencontre, Sofiane pense déjà beaucoup à l’après. Nous enregistrons d’ailleurs à la pizzeria Mattarello, à Cornebarrieu, qu’il a montée avec son associé. La restauration n’est pas son seul projet : ses nombreuses blessures lui ont fait passer beaucoup de temps auprès des préparateurs physiques et lui ont donné envie d’en faire son métier. Il suit alors une formation avec l’idée de rester au Stade Toulousain une fois sa carrière terminée.
L’échange nous emmène aussi vers son enfance, ses parents, sa fille, le travail, l’immobilier ou encore cette volonté de toujours avancer sans oublier d’où il vient.
J’ai beaucoup aimé cette rencontre avec Sofiane, aussi parce que je l’avais souvent affronté en jeunes. Il faisait partie de ces joueurs insolents de facilité, capables de survoler un match sans donner l’impression de forcer. C’est forcément cette image que j’avais gardée de lui.
En le retrouvant des années plus tard, j’ai découvert quelqu’un de très différent de ce que ce souvenir pouvait laisser imaginer : un gros bosseur, humble, accessible, profondément marqué par son histoire familiale et par tout ce qu’il a dû traverser pour arriver là où il est. Je me suis vraiment régalé pendant cet échange.
Bonne écoute !