#102 – Nicolas Crubilé

Droit devant – La Gascogne en filigrane

2h46
Nicolas Crubilé, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#102 - Nicolas Crubilé, droit devant - La Gascogne en filigrane
Loading
/

Nicolas a toujours avancé avec la même obsession : comprendre, apprendre et aller un peu plus loin que la veille.

Il grandit à Angeville, dans le Tarn-et-Garonne, au milieu des champs et des tracteurs. L’école l’intéresse assez peu, le rugby beaucoup plus. Dans sa famille, on en parle à table, on regarde les matchs ensemble et il accompagne très tôt son père au stade. Très vite, il sait que ce sport prendra une place immense dans sa vie.

À l’adolescence, il quitte Castelsarrasin pour rejoindre un lycée à Auch où le rugby occupe une place centrale. L’entraînement quotidien lui fait découvrir tout ce que le travail peut changer chez un joueur et nourrit déjà une curiosité très forte pour la technique, la tactique et le management. Pendant que les autres révisent leurs cours, Nicolas dévore les pages techniques du Midi Olympique et cherche à comprendre pourquoi certaines équipes fonctionnent mieux que d’autres.

Une totale indépendance

Ce fonctionnement permet de préserver une pleine liberté et de s’inscrire dans la durée.

Il rejoint ensuite Montauban, où rien ne lui est donné. Plus jeune que beaucoup de joueurs autour de lui, il doit travailler davantage, progresser plus vite et trouver sa place. Après avoir évolué à plusieurs postes, il s’installe finalement au talonnage, devient titulaire puis parfois capitaine d’une génération qui progresse année après année.

Aller de l’avant

Le 1er avril 2006, Montauban dispute un match de préparation contre la Section Paloise avant les phases finales. Sur une mêlée, Nicolas se blesse gravement aux cervicales et devient tétraplégique.

Il parle peu de l’action elle-même et ne cherche pas à la rejouer indéfiniment. Ce qui l’intéresse davantage, c’est ce qu’il va pouvoir faire ensuite. L’opération lui sauve la vie, puis viennent deux années, deux années et demie de rééducation durant lesquelles il doit apprendre à vivre avec un corps qui ne répond plus comme avant.

Le rugby, pourtant, ne disparaît jamais.

Nicolas décide qu’il deviendra entraîneur. Il passe ses diplômes, commence à Castelsarrasin puis à Montauban et poursuit exactement ce qui le passionnait déjà lorsqu’il était joueur : comprendre le jeu, transmettre et faire progresser les autres.

« J’ai toujours voulu découvrir et apprendre dans différents domaines, car je pense que celui qui ne connaît que le rugby, ne connaît rien au rugby. »

Cette curiosité est encore aujourd’hui au cœur de sa façon d’entraîner. Nicolas lit, observe, échange avec des personnes venues d’autres univers et cherche constamment ce qu’il pourra ramener dans le rugby. Histoire, management, stratégie, préparation physique : tout peut devenir une source de réflexion.

Il résume d’ailleurs assez bien sa vision lorsqu’il explique qu’il n’entraîne pas des joueurs de rugby, mais des hommes qui jouent au rugby. Comprendre celui qui se trouve en face de lui est pour lui indispensable avant de chercher à en tirer le meilleur sur un terrain.

Faire du rugby le projet de sa vie

En 2015, Nicolas crée Ovalie Performance, directement chez lui, dans son jardin. L’endroit devient un véritable centre d’entraînement où il accompagne des joueurs individuellement mais aussi des équipes, avec des installations qu’il a pensées pour pouvoir travailler précisément sur la performance.

Après plusieurs années consacrées à cette structure, il retrouve également l’entraînement en club. Il rejoint Beaumont-de-Lomagne en 2019 puis prend les rênes de Valence-d’Agen trois ans plus tard. Lors de notre échange, il exerce désormais comme entraîneur professionnel tout en continuant à développer Ovalie Performance.

Son ambition, elle, est très claire : Nicolas veut devenir le meilleur entraîneur du monde. Il le dit sans détour et travaille en conséquence, en cherchant constamment à apprendre, à progresser et à enrichir sa manière d’entraîner. Le handicap complique évidemment énormément de choses, notamment l’accessibilité de certaines structures, mais il refuse qu’il décide à sa place de ce qu’il peut ou non entreprendre.

Ce qui frappe surtout chez lui, c’est que le rugby reste associé au plaisir et à la reconnaissance, malgré tout ce qu’il lui a coûté. Il explique lui-même que ce sport lui a beaucoup plus donné que pris et qu’il l’a construit comme homme. Quand on connaît son histoire, cette manière de le dire prend forcément une force particulière.

Nous enregistrons cet épisode chez lui, à Castelsarrasin. J’attendais cette rencontre depuis longtemps et je n’ai vraiment pas été déçu. Nicolas est exigeant, passionné, entier, parfois jusqu’à l’excès, et surtout animé par une détermination assez incroyable.

J’ai été profondément marqué par notre échange. Sa force, son ambition et la manière dont il continue à avancer m’ont laissé admiratif. Il ne demande pas qu’on le regarde pour ce qu’il a traversé : il veut simplement aller le plus loin possible dans ce qu’il a choisi de construire.

Bonne écoute !

Pour ne rien manquer

À (re)découvrir