Mathieu avance vite, avec beaucoup d’énergie et rarement à moitié. Dans le rugby comme dans la vie, il a longtemps fonctionné avec cette envie de progresser, de se dépasser et d’aller chercher un peu plus loin.
Il grandit à Montpellier, avec trois petits frères et des attaches corses très fortes transmises par son père. Sa maman joue un rôle central dans l’éducation de cette fratrie de quatre garçons particulièrement remuants. Lui s’essaie d’abord au judo puis au football, avant que son grand-père ne lui suggère de découvrir le rugby.
À Sabathé, il trouve immédiatement sa place. Le club devient vite une seconde maison : sa maman y sera bénévole pendant vingt-cinq ans, son père s’implique également et ses frères suivront à leur tour le même chemin. Mathieu enchaîne ensuite les sélections jeunes et intègre les différentes équipes de France de sa génération, avant de découvrir le groupe professionnel montpelliérain à seulement 20 ans.
Il peine cependant à trouver durablement sa place au MHR et rejoint le Stade Montois en 2012. Trois saisons plus tard, il prend la direction de Tarbes, où il vivra de l’intérieur une saison particulièrement mouvementée, marquée par les lourdes difficultés administratives du club.
Une carrière interrompue en plein élan
Après la rétrogradation de Tarbes, Mathieu rejoint le Biarritz Olympique. Il joue beaucoup, accumule de l’expérience et retrouve surtout une vraie confiance dans son jeu. En mêlée, les années de travail portent leurs fruits et il maîtrise enfin parfaitement les repères qu’il a patiemment construits.
Le 8 mars 2018, lors d’un déplacement à Perpignan, une mêlée comme il en a disputé des centaines provoque pourtant de violentes décharges dans sa jambe. Quelques heures plus tard, il est opéré en urgence à Bordeaux.
Déclaré inapte, il comprend alors qu’il ne rejouera plus au rugby. À 28 ans, alors qu’il se voyait poursuivre encore de nombreuses années, il doit encaisser une fin de carrière brutale, à laquelle s’ajoutent les douleurs, un choc post-traumatique puis une longue dépression. Le passage d’une vie entièrement rythmée par le rugby à cet arrêt forcé est particulièrement difficile.
« Si je pouvais reparler au petit Mathieu, je lui dirais d’essayer d’être heureux, que ça ne sera pas toujours facile et que parfois il pleuvra, mais qu’il devra apprendre à danser sous la pluie. »
Il lui faudra du temps pour retrouver un équilibre et envisager réellement la suite, mais cette période va profondément modifier sa manière d’appréhender son parcours et ce qu’il veut désormais construire.
Trouver une nouvelle place
La reprise des études participe largement à cette reconstruction. Mathieu enchaîne les formations, obtient notamment deux masters 2 et finit par investir dans sa nouvelle vie professionnelle la même énergie que celle qu’il consacrait jusque-là au rugby.
Son engagement auprès de Provale, déjà présent lorsqu’il était joueur, va progressivement l’amener à rejoindre le syndicat puis à en devenir directeur général. Une nouvelle étape qui lui permet de rester proche du rugby tout en l’abordant cette fois sous un tout autre angle.
La conversation s’ouvre aussi sur tout ce qui compose sa vie en dehors du terrain : ses trois frères, ses racines corses, ses amis, la politique, l’immobilier, ses ambitions professionnelles et surtout sa fille, qui occupe une place immense dans son quotidien.
J’ai été très touché par cet échange. Doté d’un sacré tempérament et d’une énergie débordante, Mathieu a connu une rupture extrêmement brutale avec la vie qu’il s’était construite, avant de devoir en inventer une nouvelle. Deux heures qui permettent d’aller bien plus loin que le simple parcours du joueur.
Bonne écoute !