Chez les Mazas, le stade est presque une extension de la maison. À Villefranche-de-Lauragais, Laurent grandit à quelques mètres du terrain où son père joue et entraîne les jeunes. Il y rejoint naturellement ses copains et grandit avec certains d’entre eux jusqu’à atteindre l’équipe première. À seulement 16 ans et demi, il découvre le rugby senior avec des hommes qu’il regardait encore jouer quelques années auparavant.
En parallèle, Laurent poursuit sérieusement ses études, avec un goût et des facilités pour les mathématiques et les sciences. Le rugby est encore amateur et il construit donc son parcours sportif sans mettre de côté le reste. Après quatre saisons en équipe première à Villefranche, il décide à 20 ans de rejoindre Colomiers, un choix qui lui permet à la fois de découvrir le plus haut niveau et de continuer ses études à l’université.
De Villefranche au plus haut niveau
À Colomiers, il s’impose rapidement à l’ouverture et devient international dès la saison suivante. Dans un Colomiers qui grandit avec une génération de joueurs qui se connaît parfaitement, il poursuit sa progression jusqu’à terminer meilleur réalisateur du championnat en 1996. Mais alors que le rugby français bascule progressivement dans le professionnalisme, lui choisit de partir.
Neuf saisons à Biarritz
Il rejoint alors le Pays Basque et un Biarritz Olympique qui vient tout juste de retrouver l’élite. Il va y passer neuf saisons et devenir l’un des hommes forts d’une équipe qui retrouve peu à peu les sommets. Son passage au BO reste notamment associé à la finale du championnat 2002 face à Agen : dans les dernières minutes de la prolongation, alors que les deux équipes sont à égalité, il passe le drop qui offre à Biarritz son premier Bouclier de Brennus depuis 1939.
Trois ans plus tard, il est de nouveau champion de France avec le BO et choisit de raccrocher les crampons. Entre-temps, le rugby est devenu pleinement professionnel. Laurent, lui, a pourtant toujours tenu à conserver une autre vie à côté. Pendant sa carrière, il poursuit son parcours professionnel jusqu’à devenir professeur de mathématiques, refusant de tout abandonner pour le rugby alors même qu’il évolue au plus haut niveau.
« Le rugby a toujours été une passion, mais jamais une fin en soi. J’ai toujours tenu à conserver mon travail à côté pour maintenir un équilibre et ne pas être déconnecté. »
C’est une partie de son parcours qui occupe une vraie place dans ce long échange. Car derrière le joueur, il y a surtout chez Laurent une envie permanente de transmettre. Cette envie l’amène à accompagner les plus jeunes alors qu’il joue encore et se poursuit après sa carrière, aussi bien dans son métier d’enseignant qu’à l’école de rugby. Mettre un cadre, faire progresser et transmettre ce que d’autres lui ont transmis avant lui ne relève pas chez Laurent de grands discours, mais de quelque chose de très concret.
Dans cet épisode, on revient évidemment sur Villefranche-de-Lauragais, Colomiers, ses débuts avec le XV de France, Biarritz, les titres et ce fameux drop de 2002. Mais on parle aussi beaucoup d’études, d’enseignement, de l’évolution du rugby, de formation, des jeunes et de tout ce que ce sport peut apporter bien après avoir rangé les crampons.
J’avais beaucoup entendu parler de Laurent avant de le rencontrer, notamment par plusieurs anciens invités de La Cravate. J’ai finalement passé un moment rare avec un très bon vivant et un sacré personnage, chez qui j’ai particulièrement apprécié ce sens du don de soi et de la justice qui revient tout au long de l’échange.
Bonne écoute !