Il y a chez Philippe quelque chose de profondément bigourdan. Un attachement presque viscéral à Tarbes, au Stado et aux Pyrénées, mais aussi un tempérament bien affirmé qui contraste assez joliment avec le petit garçon extrêmement timide qu’il était.
Il grandit avec un père qui travaille aux PTT et une mère au foyer, dans une famille où l’on ne roule pas sur l’or mais où il ne manque de rien. Bon élève, plutôt sage et très réservé, il passe même un peu de temps à faire du canevas avec sa mère avant que son grand-père ne l’emmène, à 10 ans, découvrir l’école de rugby du Stado. Là, le changement est assez radical : il tombe amoureux du ballon, des copains, de cette liberté nouvelle et ne quittera finalement plus jamais vraiment le rugby.
Sur le terrain, le garçon timide se révèle surtout beaucoup moins timide. Il observe les anciens, les respecte énormément, essaie de reproduire ce qu’il voit et développe très tôt une vraie compréhension du jeu. Il prend aussi goût aux responsabilités et au commandement, jusqu’à devenir capitaine alors que rien, dans son caractère quelques années plus tôt, ne semblait vraiment l’y destiner. La progression sera rapide puisqu’il rejoint l’équipe première du Stado avant même sa majorité, avec un maillot qu’il portera ensuite pendant toute sa carrière.
Du Stado au capitanat du XV de France
Le rugby va lui permettre de vivre des choses assez extraordinaires et il n’a encore que 22 ans lorsqu’il se retrouve au cœur de l’une des plus belles. Le 14 juillet 1979, le XV de France terrasse les All Blacks pour la première fois sur leurs terres et le jeune talonneur tarbais est tellement heureux au coup de sifflet final qu’il se jette sur l’arbitre pour l’embrasser.
« Je n’oublierai jamais ce 14 juillet 1979, quand on bat pour la première fois les All Blacks sur leurs terres. À la fin, j’étais si heureux que j’ai serré l’arbitre dans mes bras et l’ai embrassé ! »
Il s’installe ensuite durablement chez les Bleus, participe au Grand Chelem de 1981 et, trois ans plus tard, succède à Jean-Pierre Rives comme capitaine du XV de France. Celui qui explique avec le sourire qu’il n’était absolument « pas prévu pour commander » se retrouve à mener certains des meilleurs joueurs du pays, avec ce mélange de caractère, d’exigence et d’émotion qui l’accompagnera pendant toute sa carrière.
Il y a les matchs, évidemment, mais aussi les hommes. Jean-Pierre Garuet, qui nous a d’ailleurs permis de nous rencontrer, occupe une place immense dans sa vie et il parle de lui comme du frère qu’il n’a jamais eu. Adversaires dans les derbys bigourdans, partenaires sous le maillot bleu, ils ont partagé suffisamment de choses pour que leur relation dépasse depuis longtemps les souvenirs de rugby.
Tout n’a pourtant pas été simple et une lourde blessure vient brutalement l’arrêter en 1985. Cette période le touche profondément, mais il s’accroche, retrouve les terrains puis le XV de France et participe en 1987 à la première Coupe du monde, jusqu’à la finale face aux All Blacks.
Au milieu de tout cela, il y a toujours Tarbes. En 1988, le Stado atteint la finale du championnat de France face à Agen et son capitaine passe tout près de ramener place de Verdun ce Brennus dont il a tant rêvé. Il aura finalement porté un seul maillot en club, depuis ses premiers pas à l’école de rugby jusqu’à son dernier match à 34 ans.
Bien plus qu’une histoire de rugby
Car ce qui m’a plu chez Philippe, c’est aussi tout ce qu’il y a autour. Il devient professeur d’éducation physique et rend ses parents particulièrement fiers, avant que sa vie professionnelle ne l’emmène vers l’automobile et le groupe Renault, où il passera plus de trente ans.
Et puis il y a les Pyrénées, toujours. Le ski depuis son plus jeune âge, mais aussi la moto, le vélo et ce plaisir de vivre au pied des montagnes qu’il n’a jamais vraiment envisagé d’abandonner. Lorsque je le retrouve chez lui, c’est dans un ancien moulin qu’il a entièrement rénové, avec un cours d’eau qui passe sous la maison et les sommets face à lui. Un endroit pensé aussi pour recevoir les copains et la famille, deux choses dont il est beaucoup question pendant notre conversation.
Parce que Philippe, c’est un émotif, et même un excessif comme il le reconnaît volontiers. Derrière le talonneur dur au mal et le capitaine des Bleus, j’ai découvert quelqu’un de particulièrement sensible lorsqu’il parle de ses parents, disparus bien trop tôt, de son grand-père qui a tant compté dans sa vie ou des amitiés qu’il a conservées. L’échange est aussi ponctué de moments plus légers, notamment lorsqu’il se replonge dans quelques souvenirs de soirées avec les Bleus.
Son grand-père lui avait d’ailleurs donné un conseil assez formidable : profiter. Au retour d’une soirée, avant de se coucher, il devait se demander s’il avait vraiment fait tout ce qu’il avait envie de faire. Il est arrivé que la réponse soit non et qu’il ressorte de sa chambre pour aller retrouver les copains.
J’ai surtout beaucoup apprécié la simplicité avec laquelle Philippe m’a accueilli chez lui et la facilité avec laquelle nous avons échangé pendant plus de deux heures, comme si nous nous connaissions depuis toujours.
Bonne écoute !