Chez Lise, beaucoup de choses ramènent à la campagne, à la famille et au besoin de faire par soi-même. Bien avant les stades pleins et le maillot bleu, il y a une petite fille timide et solitaire, élevée dans le Gers au sein d’une famille d’agriculteurs, qui passe son temps dehors, à vélo, au jardin ou à donner un coup de main autour de l’exploitation familiale.
Elle s’essaie au rugby relativement tard, au collège, presque par curiosité avec un groupe de filles. L’essai va rapidement prendre beaucoup plus de place que prévu. Lise rejoint les cadettes de Lons, près de Pau, puis progresse très vite jusqu’à l’équipe première et aux sélections nationales chez les moins de 20 ans.
À 19 ans seulement, elle honore ses premières sélections avec le XV de France et remporte dans le même temps avec Lons ce qui reste encore aujourd’hui le seul titre de champion de France du club au plus haut niveau. Le début d’une histoire qui va durer plus d’une décennie avec les Bleues.
Grandir avec le rugby féminin français
Deux Grands Chelems, deux podiums en Coupe du Monde et 73 sélections plus tard, Lise aura connu de l’intérieur une période de transformation considérable du rugby féminin. Lors de ses premiers rassemblements chez les jeunes, les moyens sont encore très limités et la reconnaissance loin d’être acquise. Quelques années plus tard, les matchs du XV de France remplissent des stades et certaines joueuses signent les premiers contrats fédéraux.
Entre les deux, il a fallu gagner, convaincre et prendre progressivement de la place. Lise traverse toutes ces étapes sans quitter son club, malgré une relégation et les sollicitations qui auraient pu l’amener ailleurs. Lons reste son point d’ancrage, avant son rapprochement avec la Section Paloise, tandis que Pau devient peu à peu sa ville d’adoption.
Elle connaît aussi les grandes campagnes internationales, notamment les Coupes du Monde 2014 et 2017, toutes deux terminées à la troisième place. Au fil des saisons, la jeune joueuse arrivée presque sur la pointe des pieds devient l’une des cadres du groupe France.
« Pour moi, la réussite ce n’est pas de monter toute seule au sommet. C’est surtout s’épanouir en se donnant les moyens d’atteindre un but, et embarquer du monde avec soi. »
Cette idée du collectif revient régulièrement dans notre échange, jusque dans sa manière de parler de réussite, de transmission ou de celles qui l’ont accompagnée pendant toutes ces années.
Retrouver du temps et préparer la suite
La fin de l’aventure avec le XV de France arrive plus brutalement qu’elle ne l’aurait imaginé. Après treize années en Bleu, Lise doit commencer à envisager une vie organisée autrement, avec davantage de liberté et forcément de nouvelles questions.
Elle décide notamment de s’offrir un tour du Gers à vélo pendant douze jours, seule avec ses sacoches et sans autre impératif que celui d’avancer à son rythme. Une façon de retrouver quelque chose qu’elle connaissait finalement très bien enfant : être dehors, prendre son temps et profiter de la nature.
Une fois le rythme du haut niveau retombé, elle retrouve aussi tout ce qui lui a toujours plu : la nature, le vélo, les travaux manuels et le plaisir de faire les choses elle-même. Elle retape notamment des fauteuils avec d’anciens maillots de rugby, tout en réfléchissant déjà à la suite.
On parle aussi beaucoup de sa famille, de son père et de son exploitation, de ses amis, de ses envies et de cette difficulté particulière à imaginer l’après quand une activité a occupé autant de place pendant aussi longtemps.
Je me suis régalé pendant cet échange avec Lise. Naturelle, entière et dotée d’un caractère bien trempé, elle revient sur une carrière immense, mais aussi sur tout ce qui l’a construite loin des terrains. Et derrière la joueuse, il reste encore beaucoup de choses à découvrir.
Bonne écoute !