Dans la famille Aguirre, le ballon est rond. Jean-Michel grandit à Tostat, tout près de Tarbes, avec un père footballeur, entraîneur et dirigeant. Lui-même passe son enfance et son adolescence sur les terrains de football, joue déjà en équipe première à 16 ou 17 ans et aurait très bien pu poursuivre dans cette voie.
Le rugby arrive presque par hasard. À 16 ans et demi, alors que son équipe de football scolaire est éliminée, son professeur d’EPS lui propose de terminer le championnat académique avec les rugbymen du lycée. Quelques matchs plus tard, il est champion d’académie. Il rejoint dans la foulée les cadets du Stado et devient champion de France quelques semaines seulement après avoir découvert ce sport.
Le rugby à toute vitesse
Après avoir encore hésité avec le football, il choisit finalement le rugby et rejoint le Stade Bagnérais au début des années 70. Il n’a alors qu’une poignée de matchs derrière lui et vient surtout avec l’espoir de grappiller un peu de temps de jeu en équipe première. Pourtant, à tout juste 20 ans, Jean-Michel se retrouve déjà aux portes du XV de France alors qu’il n’a même pas disputé 40 matchs de rugby, toutes catégories confondues.
Il s’installe ensuite parmi les grands arrières français de son époque, entre Pierre Villepreux et Serge Blanco, et participe à quelques-unes des pages marquantes de l’histoire des Bleus. Il y a évidemment le Grand Chelem de 1977, réalisé avec les mêmes quinze joueurs lors des quatre rencontres, mais aussi la première victoire française en Nouvelle-Zélande et les débuts des Barbarians français.
Dans le même temps, Jean-Michel reste profondément attaché au Stade Bagnérais, avec lequel il dispute deux finales du championnat de France. Tout cela se fait encore dans un rugby amateur où une carrière internationale ne dispense évidemment pas d’avoir un métier. Professeur d’EPS, il mène les deux vies en parallèle et conservera toujours un lien très fort avec l’enseignement.
« J’ai eu une chance folle : j’ai été sélectionné avec le XV de France alors que j’avais joué moins de 40 matchs de rugby dans ma vie ! En début de carrière, tout me paraissait tellement facile. »
Cette ascension très rapide ne l’empêche pourtant pas de mener en parallèle son métier d’enseignant.
Bien plus que le terrain
Lorsqu’il raccroche les crampons en 1984, le rugby ne le quitte d’ailleurs pas vraiment. Il entraîne d’abord Bagnères avant de connaître de nombreuses autres expériences, notamment en Italie au Benetton Trévise, avec l’équipe de France à 7 puis à la Section Paloise. Mais résumer les quarante années suivantes au rugby serait passer à côté d’une bonne partie du personnage : Jean-Michel a aussi travaillé pour la ville de Bagnères, écrit, été consultant à la radio et même dirigé une station de ski.
Dans cet épisode, on revient sur cette trajectoire assez improbable, depuis le gamin qui rêvait de football jusqu’au joueur du XV de France, sur les grandes années de Bagnères, le Grand Chelem 77, les tournées, les rencontres et l’évolution du rugby. On parle aussi beaucoup de l’après, de son métier d’enseignant et de toutes ces vies qu’il a continué à mener une fois les crampons rangés.
J’ai surtout rencontré un homme droit, cultivé et profondément attaché à ses convictions. Un homme qui dit ce qu’il pense et avec qui j’ai pris énormément de plaisir à échanger. J’ai passé un magnifique moment en sa compagnie.
Bonne écoute !