Peio grandit dans une ferme du Pays basque, avec ses parents et ses trois petites sœurs. À la maison, on travaille, on parle basque et le français lui est encore largement étranger lorsqu’il est enfant. Le sport est déjà là, avec la pelote et le football, mais certainement pas le rugby : son père ne veut pas entendre parler de ce jeu qu’il juge beaucoup trop violent.
C’est finalement un professeur qui l’y amène à l’adolescence. Pour son premier match, faute de crampons, Peio joue avec des bottes dans la boue. L’expérience ne le convainc pas franchement, mais quelques mois plus tard, à 15 ans, il signe sa première licence à Cambo. Dès la saison suivante, il rejoint l’Aviron Bayonnais. Il ne le sait pas encore, mais l’histoire avec le club va durer près de vingt ans.
Bayonne et le XV de France
Il s’impose progressivement en équipe première et devient l’un des piliers importants de l’Aviron. Les années passent, Bayonne retrouve les premiers rôles et lui se rapproche du XV de France. Il connaît les Bleus à une époque où la concurrence en première ligne est immense et où le rugby international reste encore profondément amateur.
Dans cet épisode, il raconte ce que représentait alors une carrière au plus haut niveau : les entraînements plusieurs fois par semaine, les déplacements qui occupaient une bonne partie du week-end et le retour au travail dès le lundi matin. Une vie qui laisse forcément moins de place à la famille et sur laquelle il porte aujourd’hui un regard très lucide.
Avec le XV de France, Peio va notamment connaître le Grand Chelem de 1981. Une équipe dont on n’attendait pas forcément grand-chose au départ et qui comptait pourtant Jean-Pierre Rives, Serge Blanco, Pierre Berbizier, Philippe Dintrans, Robert Paparemborde ou encore le jeune Philippe Sella. Peio s’y fait une place en première ligne, lui qui pouvait évoluer des deux côtés de la mêlée.
Une vie à entreprendre
Lorsqu’il raccroche les crampons en 1988, Peio se consacre notamment à Chez Doxpi, qui devient une institution à Espelette. Mais le rugby n’est finalement qu’une partie de tout ce qu’il va entreprendre.
Il organise des compétitions de pelote, se lance dans la force basque jusqu’à remplir Bercy, élève des taureaux, devient président de l’Aviron Bayonnais et se retrouve même à chanter à l’Olympia ou en Nouvelle-Zélande.
Cette succession de projets raconte bien le besoin d’entreprendre qui l’a accompagné toute sa vie. Peio le dit lui-même, il aurait pu choisir une vie plus tranquille, mais il a toujours eu besoin de nouveaux challenges. Prendre un bar et en faire sa vie, organiser un événement improbable ou se lancer dans un projet qu’il ne maîtrise pas encore semble finalement assez naturel chez lui.
« Si tu as une équipe soudée, qui va dans le même sens, même si elle n’a pas des moyens énormes, elle va bouger tout le monde. »
Ce long échange permet aussi de découvrir son attachement au Pays basque, à sa langue, à sa famille et à cette culture qu’il a toujours cherché à faire vivre. Il raconte une époque du rugby, mais aussi une vie beaucoup plus large que le rugby.
Car derrière le pilier international et le personnage que beaucoup connaissent à Espelette, le parcours de Peio a aussi été marqué par des épreuves particulièrement difficiles. Il en parle avec beaucoup de recul, sans chercher à s’apitoyer et avec un optimisme qui semble ne jamais vraiment l’avoir quitté.
Au-delà de tout ce qu’il a fait, c’est peut-être encore davantage l’homme qui m’a marqué. Peio est une véritable force de la nature, curieux de tout, avec une énergie et un optimisme qui semblent résister à peu près à tout. J’ai adoré passer ce long moment avec ce personnage hors du commun.
Bonne écoute !