Alain a passé une grande partie de sa vie à faire grandir des gamins par le rugby.
Né à Bergerac, il grandit du côté d’Eymet, en Dordogne, puis dans le Lot-et-Garonne, en grande partie auprès de ses grands-parents après avoir perdu sa mère à l’âge de 5 ans. À la campagne, le rugby occupe très vite une place importante et Alain joue en équipe première de son village alors qu’il n’a que 16 ans et demi.
À 18 ans, il quitte le Sud-Ouest pour la région parisienne et entre aux PTT. Son travail de nuit lui laisse du temps dans la journée, qu’il va rapidement consacrer au rugby. Après quelques années comme joueur, il rejoint Massy dans les années 70 et prend en main une école de rugby qui compte alors environ 70 enfants.
Très vite, il comprend qu’il ne suffit pas d’attendre que les jeunes viennent jusqu’au club. Alors il va les chercher.
Alain intervient dans les écoles primaires de la ville, repère les enfants, rencontre leurs familles et développe ensuite des classes rugby dans les collèges. Il cherche constamment de nouvelles manières d’attirer les jeunes, mais surtout de leur donner envie de rester.
Construire bien plus que des joueurs
À Massy, les résultats finissent par suivre. L’école de rugby grandit, les générations se succèdent et le club devient l’une des références françaises en matière de formation. Lorsqu’Alain quitte Massy, l’école compte environ 300 jeunes répartis sur quatre structures, contre 70 lorsqu’il avait commencé.
Surtout, il réussit à amener le rugby dans des quartiers où ce sport n’avait rien d’évident. Alain ne se contente pas d’attendre les inscriptions : il intervient dans les écoles, repère les gamins, rencontre les familles et organise même des tournées de ramassage en bus pour aller les chercher puis les ramener chez eux. Des heures passées sur les routes, mais avec une idée simple : lorsqu’ils sont avec lui, au stade ou dans le bus, ils ne sont pas ailleurs.
« Quand j’allais dans les écoles et que je voyais un bon gamin, je me rendais dans les familles pour les convaincre d’inscrire leur petit à Massy. Parfois, les parents ne parlaient pas Français, c’était folklo ! »
Et quand on regarde les joueurs passés entre ses mains, on mesure forcément l’ampleur du travail accompli. Alain a notamment accompagné Aristide Barraud, Mike Tadjer, Mathieu Bastareaud ou encore Jimmy Marlu, parmi beaucoup d’autres. Certains sont devenus internationaux, d’autres ont fait de très belles carrières professionnelles, mais il parle d’eux avant tout comme des gamins qu’il a vus grandir.
Il remportera six titres de champion de France avec les jeunes massicois, mais lorsqu’il raconte cette période, les trophées passent presque au second plan. Ce qui compte surtout pour lui, ce sont les gamins qu’il a accompagnés, ceux qu’il a aidés à devenir joueurs bien sûr, mais aussi ceux auxquels le rugby a permis de trouver un cadre.
Alain ne sépare jamais vraiment l’éducateur de l’entraîneur. Former un joueur ne suffit pas : il faut d’abord s’occuper du jeune qui se trouve derrière. Il raconte les visites dans les familles, les enfants qu’il allait chercher dans certains quartiers, les discussions avec les parents et toute l’énergie dépensée pour éviter que certains ne prennent une mauvaise direction.
Il demande beaucoup, n’hésite pas à dire ce qu’il pense et attend énormément de ceux qu’il accompagne, mais cette fermeté va toujours avec une vraie attention portée aux jeunes et une volonté très forte de leur donner les meilleures chances possibles.
Il observe aussi énormément ce qui se fait ailleurs. Il voyage, va voir travailler d’autres écoles de rugby et cherche des idées jusque dans l’hémisphère Sud, avec cette conviction qu’il faut constamment apprendre et faire évoluer les méthodes.
De Massy au Racing
En 2008, après 33 années passées à Massy, Alain décide de partir. Le club veut évoluer dans une direction qui ne lui convient plus et Pierre Berbizier, qui l’a déjà sollicité plusieurs fois, lui ouvre les portes du Racing.
Au Racing, Alain poursuit ce qu’il fait depuis des décennies : il travaille avec les jeunes, observe beaucoup de matchs, conseille, repère et participe à son tour au développement de la formation des Ciel et Blanc.
Entre Massy et le Racing, il aura ainsi consacré près d’un demi-siècle à la formation, avec toujours cette même obsession de faire progresser les jeunes et de ne jamais se contenter de ce qui existe déjà.
J’ai passé un superbe moment avec Alain. C’est un personnage rare, avec du caractère, énormément d’expérience et une vraie générosité dans tout ce qu’il a transmis au fil des années, en formant des joueurs mais surtout en marquant des générations de jeunes bien au-delà du terrain.
Bonne écoute !