Michel n’a que quelques mois lorsqu’il quitte l’Algérie où il est né. Ses parents sont béarnais, son père gendarme, et la famille revient en France en 1962 avant de s’installer à Tarbes six ans plus tard. Il a alors sept ans et va rapidement tomber amoureux du club de sa nouvelle ville : le Stadoceste Tarbais.
Il commence le rugby quelques années plus tard et vit aux premières loges le titre de champion de France remporté par le Stado en 1973. À douze ans, il connaît les joueurs, les regarde s’entraîner et les reconnaît dans les rues de Tarbes. Le soir de la finale, ses parents l’emmènent sur la place de la mairie pour accueillir les champions et le Bouclier de Brennus. Jouer un jour avec ces hommes devient son rêve.
Il va finalement y parvenir très vite. Après une finale du championnat de France chez les cadets au Parc des Princes en 1978, il commence à s’entraîner avec l’équipe première à seulement 17 ans. Pour son premier match avec les seniors, à Bagnères, il arrive d’ailleurs en mobylette. Quelques mois plus tard, il fait pleinement partie de l’effectif tarbais.
Toute une carrière en rouge et blanc
Demi de mêlée de formation, il s’installe progressivement dans cette équipe dont il admirait encore les joueurs quelques années auparavant. Il y partage notamment la charnière avec Jean-Paul Trille et évolue aux côtés de Philippe Dintrans, qui deviendra bien davantage qu’un coéquipier puisqu’une profonde amitié les lie encore aujourd’hui.
Les années passent, mais lui ne quittera jamais le Stado. Même lorsque d’autres possibilités se présentent, son histoire reste liée à Tarbes. Il traverse les bonnes saisons comme les périodes plus difficiles et connaît surtout l’une des dernières grandes épopées du club en 1988. Quinze ans après le titre de 1973, Tarbes retrouve la finale du championnat de France. Près de 9 000 Tarbais montent à Paris et toute la ville se couvre de rouge et de blanc. Le Stado s’incline face à Agen, mais Michel mesure encore aujourd’hui ce que cette équipe a représenté pour toute une ville.
Cette même année lui apporte aussi ce qu’il avait longtemps approché avec France B et les différentes sélections nationales : le XV de France. En tournée en Amérique du Sud, il entre en jeu face à l’Argentine et devient officiellement le 759e international français. Il raconte dans cet épisode le bonheur de cette première Marseillaise, son entrée sur le terrain et les attentions de ses nouveaux coéquipiers après la rencontre. Quelques jours plus tard, il porte de nouveau le maillot bleu face au Paraguay, lors d’une rencontre qui ne compte pas comme une sélection officielle.
« Quand j’étais gamin, mon rêve était de jouer avec la grande équipe du Stado ! Finalement j’y ai été joueur, capitaine et entraîneur… C’est une immense fierté ! »
Il continue à jouer jusqu’en 1993, toujours sous les mêmes couleurs. Il passe ensuite de l’autre côté et entraîne à son tour l’équipe première pendant deux saisons. Une fidélité assez rare puisque toute sa carrière de joueur et d’entraîneur se sera déroulée dans le même club.
Transmettre à son tour
Cette histoire avec le rugby s’est pourtant toujours construite en parallèle d’une vie professionnelle. Il travaille notamment neuf ans comme enquêteur de police avant de rejoindre le conseil départemental des Hautes-Pyrénées. À une époque où le rugby reste amateur, les entraînements, les matchs et les sélections doivent trouver leur place à côté du métier et de la vie familiale.
Son travail au département va ensuite lui permettre de consacrer une grande partie de son activité à la formation au sein du comité Armagnac-Bigorre. Avec toute une équipe de cadres techniques, Michel participe pendant des années à la formation des éducateurs et des entraîneurs, à la détection et à l’accompagnement des jeunes joueurs. Plusieurs générations passent entre leurs mains, dont certains garçons qui atteindront ensuite le plus haut niveau.
Ce qui ressort aussi de ce long échange, c’est l’importance que Michel accorde au collectif. Lorsqu’il revient sur toutes ces années consacrées à la formation en Armagnac-Bigorre, il parle d’ailleurs toujours d’un travail mené à plusieurs, avec les éducateurs et les cadres techniques qui l’ont accompagné. Une manière de voir les choses que l’on retrouve aussi lorsqu’il évoque ses années de joueur.
Et puis il y a évidemment la Bigorre. Michel connaît son rugby, ses clubs, ses joueurs et son histoire avec une précision assez incroyable. Il en parle aussi avec inquiétude lorsqu’il regarde la place qu’occupe aujourd’hui le territoire dans le rugby professionnel, mais sans que cela n’efface tout ce qu’il a vécu et transmis ici.
Michel est un sacré personnage, passionné de rugby et profondément attaché au territoire qui l’a vu grandir. J’avais déjà beaucoup entendu parler de lui avant notre rencontre, notamment par Philippe Dintrans, et j’ai passé un magnifique moment en sa compagnie. Un échange à son image : vivant, généreux et rempli d’histoires, avec cette fidélité au Stado qui accompagne finalement presque toute sa vie.
Bonne écoute !