#78 – Romain Terrain

Là où on ne l’attend pas – À force de travail

1h41
Romain Terrain, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#78 - Romain Terrain, là où on ne l'attend pas - À force de travail
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Romain aurait très bien pu rester troisième ligne à Auch, puis rentrer à Riscle et reprendre une vie plus classique. C’est d’ailleurs à peu près ce qu’il envisage lorsqu’Henry Broncan lui propose une autre voie : passer au talon. Il a alors 20 ans, n’a jamais joué au poste et accueille assez fraîchement cette idée qui va pourtant changer toute sa trajectoire, puisqu’il deviendra quelques années plus tard international A, Barbarian et disputera plus d’une décennie au plus haut niveau.

À Riscle, il grandit dans une famille profondément liée au rugby. Son père, Christophe, ancien troisième ligne du FC Lourdes, reste une figure bien connue dans le secteur, tandis que plusieurs de ses oncles ont eux aussi joué. Romain suit son frère Cédric à l’école de rugby et appartient bientôt à une génération particulièrement brillante de l’URBR, l’entente formée autour de Riscle, Plaisance et des clubs voisins, avec laquelle il devient champion de France en cadets puis en Crabos B avant que plusieurs joueurs du groupe ne prennent la direction du FC Auch.

Il y arrive comme troisième ligne et découvre rapidement l’équipe première, d’abord en Bouclier européen puis en Top 16 et en Pro D2. Au cours de sa troisième saison, Henry Broncan vient pourtant lui expliquer que, compte tenu de son gabarit et de ses qualités, son avenir au plus haut niveau se situe probablement plus précisément au poste de talonneur.

Une totale indépendance

Ce fonctionnement permet de préserver une pleine liberté et de s’inscrire dans la durée.

Le changement qui fait basculer sa carrière

La conversion ne l’enchante pas vraiment au départ. Avec les Espoirs, Romain débute les matchs au talon mais demande encore parfois à terminer en troisième ligne, où il se sent naturellement plus à l’aise, tandis qu’il doit dans le même temps assimiler les exigences d’un poste qu’il découvre tardivement, à une époque où l’accompagnement individuel et le travail spécifique sont encore beaucoup moins développés qu’aujourd’hui.

C’est pourtant sur ce profil que la Section Paloise vient le chercher après l’avoir vu évoluer avec les Espoirs d’Auch. Romain hésite, puis choisit de tenter sa chance en mettant ses études entre parenthèses pendant un an, avec l’idée de savoir une fois pour toutes jusqu’où il peut aller. À Pau, il s’entraîne avec le groupe professionnel tout en cherchant du travail supplémentaire dès qu’il en a l’occasion, au point de retourner faire des mêlées avec les Crabos et de multiplier les lancers après les séances pour essayer de combler le retard accumulé depuis son changement de poste.

La donne change alors clairement en fin de saison : Laurent Rodriguez lui accorde du temps de jeu, Romain décroche son premier contrat professionnel et finit par s’installer durablement au talon, avant de franchir encore un cap en 2004-2005, lorsque la Section atteint la finale du Challenge européen et que ses performances lui ouvrent les portes de France A. Il s’entraîne alors aux côtés de William Servat, Sébastien Bruno et Dimitri Szarzewski, se retrouvant finalement tout près du XV de France alors qu’il avait encore beaucoup de mal, quelques années auparavant, à imaginer pouvoir faire carrière.

Après la relégation de Pau en 2006, Romain rejoint Castres, où il joue énormément, porte régulièrement le brassard et continue d’étoffer son jeu au talonnage. C’est notamment au CO qu’il bénéficie enfin d’un véritable travail technique sur son lancer, avec quelqu’un capable de reprendre son geste et de lui expliquer précisément ce qu’il faisait, là où il avait jusque-là surtout avancé à force de répétitions et de sensations.

Trois saisons plus tard, il choisit de rejoindre Biarritz et découvre immédiatement les très grands rendez-vous, puisque le BO atteint dès sa première année la finale de Coupe d’Europe face à Toulouse. Romain partage alors le poste avec Benoît August et vit parfois difficilement cette concurrence, alors même qu’il continue à beaucoup jouer ; ce manque de confiance, présent depuis ses débuts, l’amène à travailler avec Jacques Hervé, préparateur mental, dont l’accompagnement aura une influence importante sur la suite de sa carrière mais aussi sur sa manière d’aborder certaines situations dans sa vie personnelle.

Il connaîtra également les Barbarians français lors d’une tournée en Argentine, quelques années après avoir dû renoncer à une première convocation à la suite d’une opération à l’épaule.

Perpignan, puis l’après-carrière

En 2012, Romain quitte Biarritz pour l’USAP, un choix qui doit autant au rugby qu’à sa vie familiale puisque Maxence, le fils de sa compagne Lise, a son père à Béziers et que ce rapprochement facilite leur quotidien. Sur le terrain, il partage notamment le poste avec Guilhem Guirado et trouve rapidement à Perpignan un environnement dans lequel il se sent particulièrement bien, au point de considérer encore aujourd’hui que ce club lui correspondait peut-être mieux que tous les autres.

Lorsque l’USAP descend en 2014, il ne songe d’ailleurs pas à partir et connaît la saison suivante en Pro D2 comme l’une des plus fortes de son passage en Catalogne. Autour de quelques anciens se construit une équipe très jeune, avec plusieurs joueurs qui prendront ensuite une place importante dans l’histoire récente du club, et Perpignan atteint la demi-finale d’accession avant de s’incliner face à Agen après prolongation, au nombre d’essais.

Sa dernière saison sera en revanche beaucoup plus compliquée, entre blessures, changements dans le staff et recul dans la hiérarchie. Lorsque son contrat n’est pas renouvelé, Romain n’envisage pourtant pas immédiatement d’arrêter ; à 35 ans, il reste prêt physiquement et attend une opportunité comme joueur supplémentaire ou joker médical, jusqu’à ce qu’une dernière piste lui échappe et lui fasse comprendre que sa carrière professionnelle vient de se terminer sans qu’il ait réellement choisi le moment.

« J’ai longtemps manqué de confiance en moi et j’étais loin de m’imaginer faire carrière. Il a fallu s’entrainer nuit et jour pour y arriver, et c’est une fierté d’avoir réussi. »

De retour dans la région, il retrouve alors Lionel Terré, qui était son éducateur lorsqu’il était jeune à Riscle et qui est entre-temps devenu PDG d’Acchini, entreprise de travaux publics, tout en présidant le Stado. Celui-ci lui propose de rejoindre l’entreprise et de se former au désamiantage, ouvrant à Romain une reconversion très éloignée de ce qu’il avait connu pendant seize années chez les professionnels.

Il commence sur les chantiers, se forme, devient chef de chantier puis évolue vers un poste de technico-commercial, un métier dont il ne connaissait au départ ni les codes ni les méthodes mais dans lequel il finit progressivement par trouver sa place. Le rugby revient parallèlement par l’entraînement : Romain commence par intervenir auprès de joueurs de première ligne, notamment autour du lancer et de la mêlée, avec l’envie de transmettre ce qui lui avait manqué lorsqu’il avait lui-même changé de poste, avant de prendre en charge les Espoirs du Stado, de passer ses diplômes puis de rejoindre, toujours au Stado, le staff de l’équipe première comme entraîneur des avants.

Il continue pourtant à travailler chez Acchini et reste également éducateur auprès des enfants, notamment auprès de ses garçons, ce qui l’amène à côtoyer dans une même semaine des joueurs de Nationale et des gamins qui découvrent encore le rugby. Cette diversité lui plaît beaucoup et nourrit aussi sa manière d’entraîner, avec cette volonté de rester exigeant sans perdre de vue ce qui lui a donné envie de jouer lorsqu’il était lui-même enfant.

Passer de l’autre côté lui a également permis de mieux comprendre certaines décisions qu’il avait vécues difficilement pendant sa carrière. À Biarritz comme à Perpignan, certains choix sportifs avaient parfois été compliqués à accepter ; devenu entraîneur, il mesure aujourd’hui beaucoup mieux ce que représente la gestion d’un effectif, la nécessité de trancher chaque semaine et l’importance d’être clair avec les joueurs lorsque tout le monde ne peut évidemment pas être satisfait.

Notre échange revient souvent sur Riscle, sur sa famille et notamment sur son papa, Christophe, qui demeure l’une de ses grandes références. Le rugby est d’ailleurs très présent autour de lui jusque dans son cercle familial puisque son beau-frère, Sébastien Fauqué, a lui aussi connu une longue carrière professionnelle et qu’ils se sont régulièrement croisés sur les terrains au fil de leurs carrières respectives.

Derrière le joueur et l’entraîneur exigeant, on découvre quelqu’un de très attaché aux siens, avec une sensibilité qui affleure régulièrement au fil de la discussion.

Ce moment passé avec Romain était vraiment super, tant par la simplicité de nos échanges que par l’authenticité avec laquelle il revient sur son parcours.

Bonne écoute !

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