Thomas passe une partie de son enfance loin de sa Savoie natale, du côté d’Orange. C’est là qu’un copain d’école l’emmène découvrir le rugby en 1995, presque par hasard. Chez lui, personne ne lui trace la voie, mais il accroche rapidement à ce sport et aux moments passés devant les matchs avec son père. Petit, il se voit déjà dans les pages du Midol, sans vraiment penser que ce rêve puisse devenir sérieux.
De retour en Savoie, il poursuit sa formation à Montmélian avant de rejoindre Grenoble pour ses études. Thomas parle surtout du travail, de l’envie d’apprendre et de cette volonté de faire les choses correctement qui le caractérise depuis toujours. Il intègre le centre de formation du FCG et finit par disputer ses premiers matchs professionnels en 2008.
Trois ans plus tard, il rejoint le Racing Métro 92. Le changement d’univers est important, avec un effectif rempli de joueurs internationaux et un club en pleine ascension. Il y trouve pourtant rapidement sa place et garde de cette période le souvenir d’un groupe particulièrement agréable, malgré les noms et les statuts qui l’entourent. Il passe deux saisons en région parisienne avant de prendre la direction de Montpellier.
Quand le plaisir disparaît
Il rejoint le MHR alors entraîné par Fabien Galthié. Il sait qu’il quitte un environnement dans lequel il se sent bien, mais l’insistance de Montpellier et la perspective d’un nouveau projet finissent par le convaincre. La suite sera beaucoup plus compliquée qu’il ne l’imaginait.
Le temps de jeu se réduit, la confiance disparaît et Thomas ne se reconnaît plus vraiment dans le joueur qu’il est devenu. Alors que collectivement Montpellier obtient de bons résultats, lui vit cette période comme un véritable échec personnel. Le rugby, qui avait toujours été un plaisir, devient une charge. Au point qu’il envisage sérieusement d’arrêter à seulement 28 ans.
C’est aussi à ce moment-là qu’il reprend ses études à distance, en partie poussé par sa femme, qui lui rappelle qu’une carrière de joueur ne peut pas constituer tout son horizon. Il obtient une licence dans le bâtiment et commence déjà, sans vraiment le savoir, à préparer la suite.
Montpellier finit par le libérer et il accepte alors de rejoindre la Section Paloise, qui vient de retrouver le Top 14. Le choix n’est pas évident au départ, notamment pour sa famille, mais il va tout changer. Dans le Béarn, il retrouve du temps de jeu, de la confiance et surtout le plaisir qui lui avait tellement manqué. Il enchaîne deux belles saisons et se sent à nouveau pleinement joueur.
« Malgré les blessures et un corps abîmé par ce sport, s’il fallait recommencer, je ne changerais rien ! Je donnerais cher pour revivre le moment de l’entrée sur le terrain. »
Le retour au premier plan sera malheureusement interrompu par de graves problèmes physiques. Une hernie cervicale atteint le nerf brachial et lui fait perdre une grande partie de la force de son bras. Il comprend assez rapidement que cette fois le retour sera beaucoup plus compliqué. Après avoir déjà traversé plusieurs blessures au cours de sa carrière, il doit finalement arrêter en 2018.
Trouver une nouvelle place
La fin est difficile à accepter parce qu’elle arrive au moment où Thomas avait justement retrouvé un club et un environnement dans lesquels il se sentait bien. Mais il possède déjà un premier bagage pour la suite grâce à ses études reprises quelques années plus tôt.
Ses débuts dans le bâtiment ne se déroulent pourtant pas exactement comme prévu. Après plusieurs stages, il doute même de pouvoir trouver sa place dans ce milieu. Il postule alors presque au culot pour un poste de conducteur de travaux dans une entreprise de paysage, tout en reconnaissant qu’il ne connaît pratiquement rien au métier. Ce sont finalement son parcours, sa rigueur et son tempérament qui convainquent son employeur.
Quelques jours seulement après son arrivée, un concours de circonstances le propulse à des responsabilités qu’il n’avait absolument pas imaginées. Il apprend sur le tas, prend rapidement la direction de l’activité et découvre une nouvelle manière d’utiliser tout ce que le rugby lui a appris : l’exigence, le travail collectif, la gestion des hommes et la capacité à avancer même lorsqu’on ne maîtrise pas encore tout.
Thomas est resté vivre dans le Béarn avec sa famille, loin de la Savoie de son enfance. Le rugby n’a pourtant pas disparu de sa vie. Il a notamment donné un coup de main du côté de Morlaàs et continue à fréquenter les terrains, notamment avec ses enfants.
J’ai aimé chez Thomas ce mélange de discrétion et de caractère. Il porte un regard très lucide sur son parcours et parle avec beaucoup de franchise des périodes heureuses comme de celles qui ont été plus difficiles, de ses blessures, de ses choix et parfois de ses regrets. Mais lorsqu’il évoque ce que le rugby lui a apporté, on comprend surtout à quel point il a vécu cette passion à fond et combien certaines sensations lui manquent encore aujourd’hui.
Bonne écoute !