#79 – Grégory Arganese

Tourné vers l’optimisme – Se laisser guider par la passion

1h50
Grégory Arganese, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#79 - Grégory Arganese, tourné vers l'optimisme - Se laisser guider par la passion
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Blessures à répétition, opération ratée, faillite d’un club, changements de cap : la carrière de Grégory aurait pu s’arrêter plus d’une fois. Elle durera pourtant près de vingt ans, avec cette même envie de jouer et cette faculté à repartir chaque fois que les choses se compliquent.

Son père Marco a porté le maillot du Castres Olympique avant d’y entraîner, mais lui commence par le football et ne rejoint le rugby que vers l’âge de 10 ans. Il gravit ensuite les catégories du CO, intègre le centre de formation et découvre très jeune l’équipe première.

Ses origines italiennes lui ouvrent parallèlement une porte inattendue. Non retenu avec les -21 ans français, il rejoint la sélection italienne, dispute le Tournoi puis la Coupe du monde de la catégorie aux côtés notamment de Sergio Parisse et Mirco Bergamasco. Il participe même à la préparation de la Squadra Azzurra pour la Coupe du monde 2003, sans être finalement retenu dans le groupe.

Une totale indépendance

Ce fonctionnement permet de préserver une pleine liberté et de s’inscrire dans la durée.

À Castres, il commence à apparaître régulièrement sur les feuilles de match et découvre notamment la Coupe d’Europe, mais le temps de jeu reste limité. En 2005, lorsque Laurent Travers lui propose de rejoindre Montauban, tout juste relégué en Pro D2, il accepte de descendre d’un étage avec une idée simple : jouer.

Montauban, du tout au tout

Le choix est rapidement payant puisque Montauban remporte la Pro D2 dès sa première saison, retrouve l’élite et s’y installe suffisamment bien pour décrocher ensuite une qualification en H Cup. Le club enchaîne les bonnes saisons et passe notamment tout près d’un énorme coup au Munster, dans une période dont Grégory garde quelques-uns de ses meilleurs souvenirs de joueur.

Ces années sont pourtant aussi celles de ses premiers gros pépins physiques. Après plusieurs luxations de l’épaule, il subit une opération au cours de laquelle un nerf est sectionné. Son bras s’atrophie, certaines sensations disparaissent et on lui fait comprendre qu’un retour au plus haut niveau pourrait être très compliqué. Il faudra près d’un an et demi de travail avant qu’il ne puisse retrouver les terrains.

Quelques saisons plus tard, le scénario bascule complètement. En 2010, Montauban assure son maintien sportivement mais ses difficultés financières conduisent à la disparition de la section professionnelle. Encore sous contrat, Grégory doit attendre d’être officiellement libéré avant de pouvoir s’engager ailleurs, tandis que les possibilités se réduisent progressivement au fil des semaines.

Le Racing Métro 92 lui garde finalement une place et lui permet de rebondir dans un effectif particulièrement dense, composé de nombreux internationaux. Il y passera deux saisons, avec encore plusieurs blessures au passage, dont une déchirure de 25 centimètres au quadriceps après avoir tenté un drop à la fin d’une séance de physique.

Bayonne jusqu’au bout

En 2012, à 30 ans, il choisit de rejoindre l’Aviron Bayonnais, où évoluent déjà plusieurs joueurs qu’il connaît bien. Il y restera jusqu’à la fin de sa carrière et connaîtra avec le club deux descentes, deux remontées et plusieurs changements de staff, dans un environnement rarement avare en rebondissements.

La première relégation intervient en 2015, mais Bayonne retrouve immédiatement le Top 14 en remportant la finale d’accession contre Aurillac l’année suivante. Le retour dans l’élite sera de courte durée et le club devra ensuite patienter jusqu’en 2019 pour retrouver une nouvelle occasion de monter.

Cette dernière saison sera aussi celle de Grégory. Troisième de la phase régulière, l’Aviron élimine Nevers puis renverse Oyonnax en demi-finale après avoir été mené 27-9, avant de retrouver Brive pour une finale qui se décide dans les toutes dernières secondes. Une pénalité de Martín Bustos Moyano après la sirène offre à Bayonne la victoire, le titre de champion de France de Pro D2 et la montée en Top 14.

Il raccroche après cette finale, au terme d’une carrière de près de vingt ans marquée autant par les blessures et les changements de cap que par les belles périodes collectives. Et lorsqu’il revient sur toutes ces années, ce sont très souvent les vestiaires, les coéquipiers et les moments passés ensemble qui prennent le dessus sur les résultats.

Lorsque nous nous retrouvons à Tarnos, il garde encore un pied dans ce milieu en intervenant comme consultant à la radio, tout en préparant le concours d’agent. Son propre parcours lui a laissé quelques convictions, notamment celle qu’un jeune joueur a parfois tout intérêt à aller chercher du temps de jeu ailleurs plutôt que de rester bloqué plusieurs saisons derrière d’autres joueurs.

« Au-delà de l’adrénaline des matchs, ce qui me manque le plus depuis ma fin de carrière, c’est de discuter et de déconner avec les coéquipiers… Il faut s’habituer à ce vide. »

La discussion dépasse aussi largement le cadre du rugby. On parle de poker, de jeux et même de sa collection de figurines Dragon Ball et One Piece, mais aussi de la façon dont il a vécu l’après-carrière et cette transition parfois difficile lorsque le quotidien d’un joueur professionnel disparaît presque du jour au lendemain.

Je connaissais surtout Grégory pour sa carrière et je me suis régalé à passer ce moment avec lui. Il est drôle, spontané, très accessible, et j’ai particulièrement aimé sa manière de raconter les choses avec beaucoup de recul, y compris lorsqu’il revient sur les périodes plus compliquées.

On a énormément ri pendant cet échange et je n’ai pas vu le temps passer.

Bonne écoute !

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