#11 - Pierre Perez

Le polisseur de diamants - Une vie au service des jeunes

1h11
Pierre Perez, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#11 - Pierre Perez, le polisseur de diamants - Une vie au service des jeunes
Loading
/

Il n’est pas donné à beaucoup d’adolescents de voir le Bouclier de Brennus trôner dans la cuisine de leur grand-mère. Pierre, lui, en garde un souvenir bien particulier : en 1973, après le titre de champion de France du Stadoceste Tarbais, le trophée avait été endommagé et avait trouvé refuge pendant une quinzaine de jours dans la maison familiale. Une anecdote qui en dit long sur la place qu’occupait le rugby chez les siens, son grand-père ayant participé à la fondation du club et son père s’y étant également beaucoup investi.

Élevé dans les Hautes-Pyrénées, il grandit avec un ballon à portée de main et les montagnes pour horizon, développant très tôt un goût prononcé pour le grand air et les plaisirs simples. Garçon plutôt sage, studieux et respectueux, il possède néanmoins ce petit côté malicieux qui lui vaudra quelques souvenirs savoureux, notamment lorsqu’il deviendra demi de mêlée !

Ses qualités lui permettent de découvrir très jeune l’équipe première de Tarbes, avant de rejoindre le Racing Club de France, où il côtoie quelques grandes figures du rugby français. Mais alors qu’une belle carrière de joueur semble s’offrir à lui, une proposition venue de Corrèze va progressivement donner une tout autre orientation à sa vie.

Un podcast indépendant,
grâce à vous.

Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.

Je soutiens La Cravate

Faire grandir des hommes, avant de former des joueurs

Professeur d’éducation physique, Pierre accepte de rejoindre Ussel pour prendre en charge un sport-études consacré au rugby, un choix qui l’amène à privilégier sa vocation d’éducateur et à renoncer aux perspectives qui s’ouvraient à lui sur les terrains. Il découvre rapidement un métier dont il ne soupçonnait pas encore toute la richesse, et dans lequel il trouve une manière bien personnelle de prolonger sa passion.

Après plusieurs années en Corrèze, il poursuit son aventure au Pôle Espoirs de Bayonne, où il accompagne des générations de jeunes joueurs. Olivier Magne, Serge Betsen, Arthur Iturria ou Yann Lesgourgues figurent notamment parmi ceux qui ont bénéficié de son enseignement, mais Pierre se garde bien de réduire son travail aux carrières prestigieuses de quelques anciens élèves.

Car ce qui l’intéresse avant tout, c’est l’homme que chacun devient. Il parle avec autant de plaisir de ceux qui ont atteint le plus haut niveau que de ceux qui ont construit leur vie loin des stades, convaincu qu’une formation réussie ne se mesure ni au nombre de sélections internationales ni aux trophées remportés.

Cette attention portée aux autres se retrouve dans sa manière d’enseigner, avec une grande exigence scolaire et sportive, mais aussi la volonté de laisser aux jeunes la liberté de grandir, de se tromper et de profiter de leur adolescence. Une philosophie qui lui a valu une place particulière dans la vie de nombre de ses anciens élèves, avec lesquels il entretient encore aujourd’hui des liens bien au-delà du rugby.

Le jeu comme une école de liberté

Derrière sa discrétion, Pierre possède une véritable vision du rugby, forgée autant par son expérience de joueur que par des décennies passées à observer et accompagner les talents de demain. Peu attiré par les affrontements systématiques, il défend depuis longtemps un jeu fondé sur l’intelligence, la technique et l’évitement, dans lequel la capacité à faire les bons choix compte autant que les qualités physiques.

Il n’hésite d’ailleurs pas à questionner certaines évolutions de son sport, notamment la place croissante accordée à la puissance et aux collisions, ainsi que les conséquences qu’elles peuvent avoir sur la formation et la santé des jeunes joueurs. Avec calme et conviction, il partage ses réflexions sans chercher à imposer des certitudes, invitant plutôt chacun à regarder le jeu sous un angle différent.

Cette humilité s’accompagne d’une grande curiosité et d’un attachement profond aux relations humaines. Pierre fuit volontiers les projecteurs, préférant les échanges sincères et les retrouvailles avec ceux qu’il a accompagnés, loin d’une reconnaissance médiatique qui ne l’a jamais particulièrement attiré.

Lorsqu’il quitte les terrains, c’est souvent vers la montagne qu’il se tourne, parcourant les Pyrénées avec des amis et retrouvant dans ces paysages une forme de liberté qui lui ressemble. Là-haut, il apprécie autant l’effort que la nécessité de rester humble devant un environnement qui rappelle à chacun ses propres limites.

J’ai eu de merveilleux joueurs, de merveilleux élèves qui sont devenus mes amis, et ça n’a pas de prix.

Pierre Perez · Épisode 11 de La Cravate

C’est au lycée René-Cassin de Bayonne, où se trouve le Pôle Espoirs, que Pierre m’a accueilli pour cet entretien, rendu possible notamment grâce à Quentin Lespiaucq, qui m’avait beaucoup parlé de lui. Je savais qu’il était peu habitué à se livrer ainsi et j’ai particulièrement apprécié la confiance qu’il m’a accordée.

J’ai pris un plaisir immense à découvrir cet homme discret, cultivé et profondément humain, dont les réflexions sur le rugby nous entraînent bien au-delà des terrains. Sa façon d’envisager la réussite, la formation et les relations avec ses anciens élèves m’a particulièrement touché. Un témoignage rare et précieux, que je suis très heureux de partager avec vous !

Bonne écoute !

La Cravate dans votre
boîte mail

À (re)découvrir