À sept ou huit ans, Henry avait un rêve qui pouvait sembler bien modeste : devenir ramasseur de balles au Football Club Auscitain. Lorsque son père l’emmenait au stade de Mathalin, il regardait avec envie ces garçons vêtus de bleu qui couraient le long de la touche, pendant que les joueurs en rouge faisaient vibrer les tribunes. Il n’aura finalement jamais l’occasion d’enfiler ce fameux maillot, mais ces après-midi passés à Auch contribueront à faire naître une passion qui ne le quittera plus.
Quelques années plus tard, lors d’un pèlerinage familial à Lourdes, sa grand-mère l’emmène au café de Jean Prat. Pour le jeune Gersois, élevé dans l’admiration du grand FC Lourdes, la rencontre avec celui qu’il considère alors comme une véritable légende relève presque du merveilleux. De ces souvenirs d’enfance, Henry a conservé une mémoire étonnante, capable de ressusciter en quelques mots l’ambiance d’un stade, un visage ou une époque tout entière.

Profondément attaché à Miramont-d’Astarac, où il est né, il grandit avec l’amour de son territoire et commence à jouer au rugby à seize ans, dans une équipe de juniors de Mirande qui collectionne davantage les défaites que les victoires. Son premier match, disputé en lever de rideau à Lourdes, se solde même par une défaite de cent points à trois ! Mais loin de le décourager, ces débuts lui donnent surtout le goût du collectif et une reconnaissance durable envers les éducateurs qui lui ont transmis leur passion. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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Un homme de convictions et de rencontres
Après plusieurs années comme joueur, notamment à Montauban et au Toulouse Université Club, Henry rejoint Lombez-Samatan, où il entame une carrière d’entraîneur qui s’étendra sur plusieurs décennies. Enseignant de profession, il trouve dans le rugby un formidable prolongement de son goût pour la transmission, tout en conservant ce besoin presque vital de revenir régulièrement dans son Gers natal.
À Lombez-Samatan, puis à Auch, il développe une conception très personnelle du jeu, fondée sur l’engagement, l’intelligence collective et une connaissance intime des hommes qui composent ses équipes. Lorsqu’il prend les commandes du FC Auch en 1998, le club découvre encore les exigences du professionnalisme. Avec patience et caractère, Henry accompagne sa transformation, jusqu’à remporter deux titres de champion de Pro D2 et à conduire les Auscitains parmi l’élite.
Cette aventure reste profondément liée à certaines rencontres, notamment celle d’Omar Hasan, dont l’arrivée à Auch contribue à faire évoluer les habitudes d’entraînement et les ambitions du groupe. C’est d’ailleurs Omar, invité du tout premier épisode de La Cravate, qui me suggérera quelques années plus tard de rencontrer Henry.
Mais s’il fallait retenir une personnalité ayant particulièrement marqué sa vie, Jacques Fouroux occuperait certainement une place à part. Les deux hommes ont partagé une histoire faite d’admiration, de confrontations et de respect, et Henry évoque avec beaucoup d’émotion ce personnage hors du commun, dont l’influence a largement dépassé les frontières du rugby gersois.
Son parcours le conduit également à Agen, Albi, Tarbes et jusqu’à la sélection géorgienne, qu’il accompagne lors de la Coupe du monde 2007. Une expérience internationale dont il garde un souvenir merveilleux, même s’il n’aura jamais voulu s’éloigner durablement de cette terre gersoise à laquelle il revient toujours.
Le rugby de demain, celui qui l’intéresse
À travers ses nombreuses expériences, Henry a vu le rugby évoluer profondément, des terrains amateurs aux exigences du sport professionnel. Il pourrait facilement céder à la nostalgie et raconter avec regret une époque révolue. Pourtant, c’est précisément ce qu’il refuse.
Je ne suis pas quelqu’un qui se retourne. C’est le rugby de demain qui m’intéresse.
Henry Broncan · Épisode 4 de La Cravate
À soixante-seize ans, il continue de s’enthousiasmer pour les rencontres du week-end, les jeunes joueurs qui émergent et les équipes qu’il reste à construire. Sa curiosité demeure intacte, tout comme cette exigence qui a parfois fait de lui un entraîneur redouté, mais aussi profondément respecté.
Son attachement aux clubs formateurs occupe une place centrale dans sa réflexion. Pour lui, les premiers éducateurs jouent un rôle irremplaçable dans la construction des joueurs, et il regrette que l’on oublie trop souvent ces petites structures où naît l’amour du jeu. Une conviction qu’il défend avec force lorsqu’il évoque les parcours d’Antoine Dupont ou de Grégory Alldritt, dont il rappelle l’importance des clubs d’origine.
Henry parle également avec franchise de son fils Pierre-Henry, devenu entraîneur à son tour, mais dont la vision du rugby diffère sensiblement de la sienne. Deux générations, deux tempéraments et des conceptions parfois opposées, réunis malgré tout par une passion commune qui continue de nourrir leurs échanges.
Derrière le caractère du Sorcier gersois se révèle aussi un homme d’une grande sensibilité, qui n’hésite pas à reconnaître combien le rugby l’a aidé à traverser certaines épreuves de son existence. Lorsqu’il confie que ce sport l’a parfois sauvé, on mesure à quel point il représente pour lui bien davantage qu’une succession de matchs et de résultats.
C’est chez moi, à Tarbes, que j’ai eu le privilège de recevoir Henry pour cet entretien. J’étais particulièrement impatient de rencontrer cet homme dont la réputation dépasse largement les frontières du Gers et dont tant de joueurs et d’entraîneurs m’avaient parlé avec affection.
Je me suis régalé à l’écouter raconter ses souvenirs, ses rencontres et ses convictions, avec cette passion communicative qui semble ne jamais devoir s’éteindre. Entre anecdotes savoureuses, réflexions passionnantes et moments d’émotion, Henry nous offre une conversation d’une richesse rare, qui donne furieusement envie de l’accompagner encore au bord d’un terrain !
Bonne écoute !