Petit, Omar rêvait de devenir curé. Une ambition pour le moins inattendue chez ce garçon particulièrement énergique que les habitants du village où vivait sa grand-mère surnommaient affectueusement « le petit fou » ! Chaque été, lorsqu’il venait passer ses vacances chez elle, il prenait plaisir à courir jusqu’à l’église, perché sur une colline, pour assister à la messe et, surtout, tenter de faire sonner les cloches. Un jour, il lui annonça très sérieusement sa vocation, provoquant un immense fou rire chez cette dernière, qui connaissait mieux que personne le tempérament de son petit-fils.
Né à San Miguel de Tucumán, dans le nord de l’Argentine, Omar grandit dans une famille où se côtoient différentes traditions culturelles et religieuses. Curieux, remuant et toujours prêt à essayer de nouvelles activités, il pratique d’abord le football et le judo avant qu’un camarade ne l’invite, à neuf ans, à découvrir un sport dont il ignore absolument tout : le rugby.

Le rendez-vous est pris pour un samedi matin, avec pour seules consignes de venir vêtu d’un short et d’un tee-shirt blancs. Dès cette première séance, quelque chose se passe, et le petit garçon ne se doute évidemment pas que cette découverte l’emmènera un jour à l’autre bout du monde. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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Un Argentin à la conquête du rugby mondial
Formé au club de Natación y Gimnasia, Omar progresse rapidement et se distingue par ses qualités physiques, passant progressivement des lignes arrière à la première ligne, où il trouvera définitivement sa place au poste de pilier droit. Repéré par les sélectionneurs argentins, il découvre très jeune le niveau international et finit par s’imposer durablement sous le maillot des Pumas.
Mais le rugby argentin demeure encore largement amateur et, lorsque le professionnalisme commence à transformer ce sport, Omar décide de tenter sa chance à l’étranger. Il découvre ainsi la Nouvelle-Zélande avec Wellington, puis l’Australie sous les couleurs des Brumbies, où il évolue notamment sous les ordres d’Eddie Jones.
À la fin de l’année 1998, une rencontre inattendue va pourtant changer le cours de son histoire. Alors qu’il participe à une tournée internationale, il croise Jacques Fouroux dans le hall d’un hôtel, à Nantes. L’ancien capitaine et sélectionneur du XV de France cherche un pilier pour le FC Auch et lui propose de rejoindre le Gers. Omar accepte, sans véritablement connaître le rugby français ni parler notre langue.
À Auch, il découvre une autre culture, un championnat particulièrement exigeant et un entraîneur qui le marquera durablement : Henry Broncan. Sa puissance en mêlée fait rapidement parler de lui, au point que les souvenirs de certaines rencontres continueront longtemps d’amuser les deux hommes !
Ses performances lui ouvrent les portes du SU Agen, où il passe cinq saisons particulièrement heureuses, ponctuées notamment par une finale du championnat de France en 2002. Mais c’est également durant cette période qu’une autre passion prend une place de plus en plus importante dans sa vie.
Une voix qui ouvre de nouveaux horizons
Depuis toujours, Omar aime la musique et le chant, mais c’est en France qu’il commence à donner à cette passion une véritable dimension artistique. Il découvre les exigences du chant lyrique, prend des cours et développe peu à peu cette voix de baryton qui lui permettra de vivre une seconde carrière aussi étonnante que la première.
En 2004, alors qu’il envisage de mettre un terme à son parcours professionnel pour rejoindre sa compagne Déborah à New York, le Stade Toulousain lui propose de poursuivre l’aventure. Une occasion difficile à refuser, d’autant que Toulouse lui permet également d’intégrer le conservatoire et de continuer à progresser dans le domaine musical.
Sous le maillot rouge et noir, il connaît quatre saisons magnifiques, marquées par une Coupe d’Europe en 2005 et un Bouclier de Brennus en 2008, remporté lors du dernier match de sa carrière. Avec 64 sélections sous les couleurs argentines et un palmarès particulièrement riche, Omar peut alors refermer ce chapitre avec le sentiment d’avoir pleinement vécu sa passion.
Pour autant, il ne s’éloigne jamais véritablement du rugby. Pendant plusieurs années, il participe à la formation des jeunes premières lignes du Stade Toulousain et intervient également auprès d’autres clubs, convaincu que les anciens ont une responsabilité particulière dans la transmission de leur expérience.
Quand on est seul sur scène, on est bien plus à découvert que dans le collectif d’une équipe.
Omar Hasan · Épisode 1 de La Cravate
Car si le passage des terrains à l’opéra pourrait sembler naturel pour un homme habitué aux grandes émotions, Omar découvre aussi les exigences d’un univers où il faut apprendre à se mettre personnellement en avant. Lui qui avait toujours privilégié le collectif doit désormais apprivoiser une autre manière de s’exprimer et de partager son talent.
Le plaisir de ne jamais se laisser enfermer
Avec son spectacle Café Tango, puis Bel Cantor, Omar construit un univers artistique dans lequel se retrouvent ses racines argentines, la musique classique, le tango, l’humour et le plaisir de raconter des histoires. Il participe également à l’émission La France a un incroyable talent, où sa prestation décalée sur Le Petit Bonhomme en mousse surprend autant qu’elle amuse les téléspectateurs.
Derrière ce goût pour la scène se retrouve finalement le même garçon curieux et espiègle qui courait autrefois dans les rues de son village argentin. Omar refuse les étiquettes et défend avec enthousiasme l’idée qu’une personne puisse cultiver plusieurs passions, évoluer et se réinventer tout au long de son existence.
Son regard reste également tourné vers les autres. Profondément attaché au rugby amateur, il insiste sur le rôle essentiel des clubs formateurs et sur la nécessité de préserver ces liens humains qui font la richesse de notre sport, bien au-delà des résultats et des récompenses.
C’est chez lui, à Toulouse, qu’Omar m’a accueilli pour cet entretien, qui occupe évidemment une place très particulière dans l’histoire de La Cravate puisqu’il en constitue le tout premier épisode. Supporter du Stade Toulousain depuis mon enfance, j’avais longtemps admiré ce formidable pilier sous le maillot rouge et noir, et je dois reconnaître qu’il était assez impressionnant de me retrouver face à lui pour mes premiers pas derrière un micro ! J’avais autant d’enthousiasme que d’appréhension à l’idée de lancer cette aventure, et son accueil chaleureux m’a rapidement permis de profiter pleinement de notre échange.
Notre conversation nous a emmenés bien au-delà du rugby, entre musique, souvenirs d’Argentine, rencontres et anecdotes savoureuses. Omar m’a même fait le cadeau de terminer cet échange en chanson ! Difficile d’imaginer un plus beau coup d’envoi pour La Cravate, et je garde de cette journée un souvenir particulièrement précieux.
Bonne écoute !
#38 – Cécile Grès, le partage de l’instant – Vivre ses émotions