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#38 - Cécile Grès
Le partage de l'instant - Vivre ses émotions
Il suffit parfois d’entrer dans un stade pour ressentir toute la force du sport. Cette ferveur qui monte des tribunes, ces instants de communion entre joueurs et supporters, ces émotions que l’on partage sans toujours pouvoir les expliquer : voilà ce qui anime Cécile depuis ses premières découvertes du rugby. Devenue l’un des visages familiers du journalisme sportif français, elle a conservé cet enthousiasme communicatif, tout en développant une exigence professionnelle qui lui a permis de s’imposer dans un univers où rien ne lui était acquis.
Née à Paris, elle grandit dans une famille particulièrement ouverte sur le monde. Son père est originaire de Brive et sa mère de Vannes, en Bretagne. Tous deux accordent une grande importance à la culture, à la curiosité et à la découverte de nouvelles activités.
Durant son enfance, Cécile pratique ainsi le basket, le handball, le tennis de table, mais aussi le théâtre et la flûte traversière. Cette éducation, fondée sur l’ouverture d’esprit et le plaisir d’apprendre, nourrit très tôt son goût pour les rencontres et les échanges. Quant au rugby, elle le découvre progressivement à l’occasion des séjours familiaux en Corrèze, lorsqu’elle accompagne ses proches au stade pour suivre les rencontres du CA Brive. Je soutiens La Cravate →
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La curiosité comme point de départ
L’idée de devenir journaliste sportive ne s’est pourtant pas imposée immédiatement. Passionnée par de nombreux domaines, elle hésite longtemps sur la direction à donner à ses études et choisit d’abord de suivre une licence de lettres modernes, avant d’intégrer le CELSA, à la Sorbonne, pour se former au journalisme.
C’est au cours de cette formation que son intérêt pour le sport prend une dimension professionnelle, même si cette orientation ne suscite pas l’enthousiasme de tous ses enseignants. L’une de ses professeures lui prédit même qu’elle aura beaucoup de mal à trouver du travail dans ce secteur.
Loin de se laisser décourager, Cécile décroche en 2012 un stage au journal L’Équipe, où elle découvre les exigences d’une grande rédaction sportive. À l’approche des Jeux olympiques de Londres, on lui propose de prolonger l’expérience en participant au travail de l’équipe restée à Paris. Une occasion qu’elle saisit immédiatement et qui marque véritablement le début de sa carrière.
Devenue pigiste, elle multiplie les collaborations avec différents médias, parmi lesquels Le Mouv’, Reuters, GQ ou encore Le Nouvel Observateur. Ces expériences lui permettent d’explorer plusieurs formats journalistiques, de la presse écrite à la radio, tout en développant sa connaissance du sport et des exigences propres à chaque rédaction.
Au fil des rencontres et des opportunités, elle se spécialise progressivement dans le rugby au sein de L’Équipe, trouvant dans cette discipline un univers qui correspond autant à ses centres d’intérêt qu’à sa personnalité.
Apprendre à apprivoiser la caméra
En 2014, une nouvelle perspective s’ouvre lorsqu’on lui propose de participer à une émission consacrée au rugby sur L’Équipe TV. Jusqu’alors habituée à l’écriture, Cécile n’a jamais travaillé devant une caméra et accueille d’abord cette proposition avec quelques réserves. Elle relève pourtant le défi et découvre un exercice très différent, dans lequel il faut apprendre à conjuguer préparation, précision et spontanéité.
L’année suivante, elle rejoint Eurosport, où elle devient progressivement l’un des visages familiers de la Pro D2. Pendant quatre saisons, elle sillonne la France à la rencontre des joueurs et des entraîneurs, découvrant une multitude de clubs où le rugby occupe une place essentielle dans la vie locale.
Cette période lui laisse des souvenirs particulièrement heureux, tant pour les liens qu’elle tisse avec les acteurs du championnat que pour la ferveur qui accompagne certaines rencontres. Des derbys passionnés aux déplacements dans des stades plus modestes, elle découvre une atmosphère dont elle garde une profonde nostalgie.
Ces années passées au bord des terrains lui permettent également d’affiner son savoir-faire, d’apprendre à réagir aux situations imprévues et de trouver la juste distance avec ses interlocuteurs, sans jamais perdre cette sensibilité qui constitue l’une de ses grandes qualités.
Au-delà des rencontres et des résultats, c’est précisément cette capacité du sport à rassembler et à provoquer des émotions collectives qui nourrit son plaisir d’exercer le métier de journaliste.
L’exigence derrière la spontanéité
Après quatre saisons sur Eurosport, Cécile rejoint France Télévisions et franchit une nouvelle étape de sa carrière en participant notamment à la couverture des rencontres internationales, des Coupes d’Europe et de l’actualité sportive dans Stade 2. Ce changement d’échelle s’accompagne d’une exposition médiatique beaucoup plus importante et de nouvelles responsabilités, qui l’obligent à adapter ses méthodes de travail et à trouver ses repères dans un environnement plus vaste.
Cette progression prend une dimension particulière dans un milieu où les femmes ont longtemps dû redoubler d’efforts pour être reconnues à leur juste valeur. Le journalisme sportif reste en effet largement marqué par une culture masculine, dans laquelle leur présence peut encore susciter des préjugés, notamment lorsqu’elles interviennent dans des disciplines traditionnellement associées aux hommes.
Cécile a ainsi dû construire sa légitimité en s’appuyant sur ce qui fait sa force : une connaissance approfondie du rugby, une préparation rigoureuse et une capacité à établir des relations de confiance avec les sportifs qu’elle rencontre. Son parcours montre combien le professionnalisme et la compétence permettent de faire évoluer les regards, même si les mentalités ne changent pas toujours aussi rapidement qu’on pourrait le souhaiter.
Car derrière son naturel et sa bonne humeur, elle se révèle particulièrement exigeante envers elle-même. Chaque intervention fait l’objet d’une préparation minutieuse, tant elle tient à maîtriser les sujets qu’elle aborde et à offrir aux téléspectateurs une information juste et pertinente. Cette recherche constante de qualité, parfois accompagnée de doutes, témoigne d’une véritable conscience professionnelle.
Pour autant, elle veille à ne jamais laisser cette rigueur effacer le plaisir qui l’a conduite vers ce métier. Elle reste profondément attachée à la dimension humaine du journalisme, à la richesse des rencontres et à cette possibilité rare de vivre les grands moments du sport au plus près de ceux qui les écrivent.
J’ai beaucoup apprécié notre conversation, qui nous a permis de revenir sur son parcours, ses ambitions, ses interrogations et les expériences qui ont façonné sa manière d’exercer le journalisme.
J’ai découvert une femme particulièrement vive, curieuse et passionnée, dont l’aisance à l’antenne pourrait presque faire oublier l’immense travail réalisé en amont. Derrière la journaliste que les amateurs de rugby connaissent bien, j’ai surtout rencontré quelqu’un de sincère, profondément attaché aux émotions que procure le sport et au plaisir de les partager. Un échange passionnant, à l’image de Cécile.
Bonne écoute !
Pour prolonger l’écoute
François Trillo
Le titre de Bègles en 1991, l’héritage d’un père international et une deuxième vie au micro pour raconter le rugby.
Érik Bonneval
Les Brennus toulousains et la finale mondiale de 1987, avant de découvrir l’entrepreneuriat et le métier de consultant.
Romain Poite
Le haut niveau depuis l’autre côté du sifflet, avec les décisions, le travail d’équipe et la pression du métier d’arbitre.
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