Leonardo n’a jamais considéré la réussite comme une fin en soi. Chaque objectif atteint lui a donné envie d’apprendre davantage, de se confronter à de nouvelles exigences et de découvrir ce qui se faisait ailleurs. Derrière son tempérament calme et réfléchi se cache une détermination remarquable, qui lui a permis de s’imposer au plus haut niveau international tout en cultivant une curiosité dépassant largement le cadre du sport. Une manière d’aborder la vie qui explique beaucoup de ses choix, mais aussi la force de caractère dont il a fait preuve dans les moments les plus difficiles.
Il grandit à Padoue, dans le nord de l’Italie, où il découvre très jeune différentes disciplines sportives. Comme beaucoup de garçons de son âge, il commence par le football, s’essaie notamment au basket, puis trouve véritablement sa voie en découvrant le rugby vers 8 ou 9 ans. Le souvenir de ses premiers entraînements est encore très présent dans son esprit, tant il a rapidement compris qu’il venait de rencontrer une passion appelée à l’accompagner longtemps.
Ses qualités lui permettent de progresser rapidement et de rejoindre très jeune l’équipe première de son club formateur. En 2003, à seulement 18 ans, il dispute ses premières minutes chez les seniors à l’occasion d’un derby face à Rovigo, réalisant ainsi l’un des rêves qui l’animaient depuis l’enfance. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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Grandir sans jamais cesser d’apprendre
Cette ambition sportive ne l’empêche pas de poursuivre des études supérieures en économie et en management. Leonardo accorde en effet une importance considérable à sa formation intellectuelle, qu’il considère comme un moyen de mieux comprendre le monde, les organisations et les relations humaines. À ses yeux, les connaissances acquises à l’université ne servent pas uniquement à préparer l’après-carrière : elles contribuent également à faire de lui un meilleur joueur.
En 2005, il quitte Padoue pour Calvisano, où il souhaite progresser au poste de talonneur. Deux internationaux italiens y évoluent déjà, ce qui représente autant une difficulté qu’une formidable occasion d’apprendre auprès de joueurs expérimentés.
Il se fait progressivement une place dans l’effectif et découvre la Coupe d’Europe, avant de connaître une première sélection nationale dans des circonstances assez inattendues. Alors qu’il prépare un examen universitaire, il reçoit un appel lui annonçant qu’il doit rejoindre Rome dès le lendemain, avant de s’envoler pour une tournée au Japon avec la Squadra Azzurra !
Ce départ précipité inaugure une immense aventure internationale. En 2007, il participe à sa première Coupe du monde, puis devient champion d’Italie avec Calvisano l’année suivante, alors qu’il porte déjà le brassard de capitaine. Cette responsabilité lui est également confiée en sélection, signe de la confiance que suscitent son sérieux et son engagement.
En rejoignant le Benetton Trévise en 2009, il franchit une nouvelle étape. Le club intègre progressivement la Ligue celtique, confrontant ses joueurs à des adversaires irlandais, gallois et écossais d’un niveau bien supérieur à celui du championnat italien. Leonardo se passionne pour cette nouvelle exigence, convaincu qu’elle représente une occasion de faire progresser aussi bien son club que l’équipe nationale.
La saison 2012-2013 lui donne particulièrement raison. L’Italie réalise un excellent Tournoi des Six Nations, avec notamment des victoires contre la France et l’Irlande. Une grande partie des internationaux évoluent alors ensemble à Trévise, bénéficiant des automatismes et de la confiance développés au fil des rencontres.
L’ambition de découvrir d’autres cultures
Après avoir construit une carrière solide en Italie, Leonardo ressent le besoin de découvrir une autre manière de vivre son métier. Il souhaite comprendre comment travaillent les grandes équipes européennes, comment elles préparent leurs rencontres et ce qui leur permet de maintenir un niveau d’exigence aussi élevé.
En 2014, il rejoint Leicester, l’un des clubs emblématiques du rugby anglais. Il y découvre un environnement structuré, profondément attaché à ses traditions, où chaque détail compte et où la concurrence impose une remise en question permanente.
Cette expérience le marque durablement. Le travail physique est particulièrement intense, les attentes élevées, et il doit s’adapter à une culture sportive différente de celle qu’il a connue jusqu’alors. Mais c’est précisément ce qu’il était venu chercher : un cadre exigeant qui lui permette de continuer à progresser, aussi bien humainement que sportivement.
Après deux saisons en Angleterre, une nouvelle opportunité se présente en France. En 2016, Leonardo s’engage avec le Stade Toulousain, dont l’histoire et le palmarès correspondent pleinement à ses ambitions. Il découvre un autre rugby, fondé sur une forte identité collective et une approche du jeu qui le séduit rapidement.
Les débuts sont compliqués, mais il accompagne progressivement le renouveau du club. Au fil des saisons, Toulouse retrouve ses ambitions et Leonardo s’impose comme un élément important du groupe, jusqu’à cette année 2019 au cours de laquelle il réalise certaines de ses meilleures performances.
Parallèlement, il poursuit son immense aventure avec la sélection italienne, dont il devient l’un des joueurs les plus expérimentés et les plus respectés. Au fil de ses 107 sélections, il dispute plusieurs Coupes du monde et traverse des périodes contrastées, toujours animé par la volonté de contribuer au développement du rugby dans son pays.
La volonté à l’épreuve du corps
Au printemps 2019, alors qu’il se trouve en pleine possession de ses moyens, Leonardo subit une très grave blessure au genou lors du Tournoi des Six Nations. Les ligaments croisés, les ligaments latéraux et les ménisques sont touchés, compromettant brutalement la suite de sa saison avec Toulouse et sa participation à la Coupe du monde organisée quelques mois plus tard au Japon.
Pour lui, l’objectif est pourtant clair : il veut disputer ce Mondial, même si les délais de récupération paraissent extrêmement courts. Il s’engage alors dans une rééducation particulièrement éprouvante, au prix de sacrifices considérables et de longues périodes loin de sa famille.
Pendant plusieurs mois, toute son énergie est consacrée à cette reconstruction. Il travaille quotidiennement, accepte la douleur et multiplie les efforts pour retrouver les capacités physiques nécessaires au très haut niveau. Une épreuve d’autant plus difficile qu’il n’avait jamais connu de blessure aussi grave auparavant.
Son obstination lui permet finalement de retrouver le groupe italien pour la Coupe du monde. Cette expérience, malgré les difficultés rencontrées, représente une victoire personnelle considérable et illustre mieux que tout la détermination qui l’a accompagné tout au long de sa carrière.
Les années suivantes lui réservent encore de nouvelles expériences, notamment avec les Barbarians, dont il garde un souvenir particulièrement fort.
J’ai d’incroyables souvenirs en club et avec l’équipe d’Italie, mais ce que j’ai vécu avec les Barbarians était vraiment énorme.
Leonardo Ghiraldini · Épisode 35 de La Cravate
Derrière ces souvenirs sportifs se dessine surtout une personnalité qui accorde une grande importance à la dimension humaine de chaque aventure. Pour Leonardo, les rencontres, les cultures découvertes et les liens noués au fil des années comptent autant que les résultats obtenus sur les terrains.
Son parcours universitaire et son intérêt pour le management nourrissent également sa réflexion sur l’avenir. Il envisage la suite de sa vie avec la même volonté d’apprendre et de comprendre, fort de l’expérience acquise dans plusieurs des environnements les plus exigeants du rugby européen.
C’est chez lui, à Blagnac, que j’ai retrouvé Leonardo pour cet entretien. Nous nous étions rencontrés une première fois en mars 2020, juste avant le premier confinement, et j’ai été ravi de pouvoir enfin prendre le temps d’échanger avec lui.
J’ai découvert un homme d’une grande gentillesse, posé, cultivé et particulièrement intéressant dans sa manière de réfléchir au sport comme à la vie. Derrière l’international accompli, j’ai surtout rencontré quelqu’un qui n’a jamais cessé de vouloir progresser, en gardant une place essentielle pour sa famille et ses proches.
Un très beau moment en compagnie de Léo, dont la discipline, la curiosité et la force de caractère méritent autant d’admiration que son formidable parcours sportif.
Bonne écoute !