Marc n’avait jamais vraiment rêvé de devenir rugbyman professionnel. Enfant, il s’imaginait plutôt paléontologue ou professeur de physique-chimie, sans se douter que le rugby, pratiqué depuis son plus jeune âge dans son village de Tournay, allait lui ouvrir les portes des plus grands clubs français. Deux Boucliers de Brennus avec Biarritz, sept saisons à l’Aviron Bayonnais et une carrière qui s’achèvera à Agen en 2017 : autant d’étapes au cours desquelles ce troisième ligne au caractère bien trempé a toujours accordé une importance particulière aux hommes qui l’entouraient.
Originaire des Hautes-Pyrénées, il grandit dans une famille d’agriculteurs du secteur de Tournay. Son père joue au rugby dans le club du village, et les week-ends sont rythmés par les rencontres, les déplacements avec les supporters et les troisièmes mi-temps auxquelles le jeune garçon assiste avec curiosité. Il chausse ses premiers crampons à 7 ans, simplement parce que tous ses camarades de classe se retrouvent au stade le samedi.
Très tôt, ses qualités physiques et son tempérament de compétiteur le distinguent. Il rejoint successivement le Stado Tarbes puis la Section Paloise, suivant les conseils d’un père qui avait lui-même regretté de ne pas avoir saisi l’occasion d’évoluer à un niveau supérieur. Chaque changement de club représente avant tout une possibilité de progresser, sans qu’il ait nécessairement imaginé jusqu’où cette progression pourrait le mener. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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L’exigence du très haut niveau
En 2001, il rejoint le Biarritz Olympique, alors en pleine ascension. Intégré à un effectif particulièrement riche, où évoluent notamment Serge Betsen, Jérôme Thion, Dimitri Yachvili et Nicolas Brusque, il découvre progressivement les exigences d’un club qui compte parmi les références du rugby français.
Passé par les différentes sélections nationales de jeunes, il poursuit sa formation tout en gagnant sa place dans le groupe professionnel, jusqu’à participer aux campagnes victorieuses qui permettent au BO de remporter les Boucliers de Brennus en 2005 et 2006. Une période exceptionnelle, vécue au contact de joueurs et d’entraîneurs dont il garde de nombreux souvenirs.
Mais dans un effectif aussi compétitif, les places sont particulièrement disputées, notamment en troisième ligne. En 2006, il décide donc de rejoindre l’Aviron Bayonnais, à quelques kilomètres seulement de Biarritz, pour bénéficier de davantage de responsabilités et s’investir dans un nouveau projet sportif.
Ce transfert ouvre ce qui restera sans doute le chapitre le plus marquant de sa carrière.
Sept saisons au cœur de l’Aviron
À Bayonne, il découvre un club dont la force ne se mesure pas uniquement aux performances sportives. Il s’attache profondément à une ville, à ses supporters et à cette ferveur particulière qui entoure les rencontres à Jean-Dauger.
Pendant sept saisons, il devient l’un des cadres de l’équipe, jusqu’à en porter le brassard de capitaine. Dans un championnat de plus en plus concurrentiel, où l’Aviron doit régulièrement lutter pour assurer son maintien, il découvre combien la solidarité entre joueurs, entraîneurs et supporters peut permettre de surmonter des situations particulièrement délicates.
Quand j’étais à Bayonne, c’est tout le monde qui a maintenu le club : joueurs, entraîneurs, staff et public. C’était vraiment extraordinaire !
Marc Baget · Épisode 44 de La Cravate
Cette aventure bayonnaise lui laisse des souvenirs très forts, mais son dénouement sera autrement plus difficile à accepter. En 2013, l’arrivée d’un nouvel encadrement sportif remet en question sa place dans l’équipe et met un terme à une histoire dans laquelle il s’était énormément investi.
Pour un homme aussi attaché aux relations humaines et à la parole donnée, cette séparation représente une véritable désillusion. Il choisit néanmoins de poursuivre sa carrière à Béziers, où il retrouve un environnement et des personnes qui lui donnent envie de relever un nouveau défi.
Après deux saisons dans l’Hérault, il rejoint le SU Agen, avec lequel il dispute ses dernières années de rugby professionnel. À mesure que son corps commence à ressentir le poids des saisons et des blessures, il prend conscience de la nécessité de préparer sérieusement la suite de son existence, d’autant que sa vie familiale occupe désormais une place toujours plus importante.
L’ambition de construire autrement
Marc n’a jamais été de ceux qui attendent passivement que les opportunités se présentent. Déjà investi dans sa réflexion sur l’après-carrière, il découvre le monde de l’assurance grâce à Loïc Fior, un ancien rugbyman devenu chef d’entreprise, qui lui ouvre les portes de son cabinet pour lui faire découvrir les réalités du métier.
Curieux et travailleur, il profite alors de ses journées libres pour observer, apprendre et se familiariser avec un univers professionnel éloigné des terrains. Cette expérience lui donne progressivement l’envie de se lancer à son tour dans l’entrepreneuriat.
Après sa retraite sportive en 2017, il revient s’installer dans ses Hautes-Pyrénées natales et développe son activité dans les assurances, jusqu’à diriger son propre cabinet au centre-ville de Tarbes. Une nouvelle aventure dans laquelle il retrouve plusieurs ingrédients qui avaient façonné sa carrière de joueur : le travail, l’engagement quotidien, les responsabilités et surtout l’importance des relations humaines.
Son métier lui permet également de construire une vie plus stable auprès de son épouse et de leurs enfants, après de longues années pendant lesquelles les calendriers sportifs et les changements de club avaient souvent imposé leur rythme à toute la famille.
Il conserve néanmoins un lien avec le rugby, notamment à travers des rencontres amicales et quelques parties de rugby à toucher avec les copains. Une manière de continuer à profiter de ce sport sans les contraintes du haut niveau, en retrouvant simplement le plaisir de partager un moment avec les autres.
Marc demeure un homme passionné, parfois excessif, qui a besoin d’être actif et de mener plusieurs projets de front. Derrière ce tempérament entier, il accorde une valeur considérable à la loyauté, aux amitiés et aux engagements pris, des principes qui ont accompagné ses choix sportifs et continuent de guider sa vie professionnelle.
Pour cet entretien, c’est lui qui est venu me rendre visite chez moi, à Tarbes, à quelques centaines de mètres seulement de son cabinet d’assurances. Nous avons pris le temps de revenir sur son parcours, avec cette franchise et cette spontanéité qui le caractérisent, sans esquiver les moments plus compliqués de sa carrière.
J’ai particulièrement apprécié son naturel, son énergie et cette manière de défendre ses convictions sans détour. Derrière le troisième ligne combatif que les supporters de Bayonne ont si bien connu, j’ai retrouvé un homme profondément attaché aux siens, pour qui la confiance et la parole donnée restent essentielles. Une conversation aussi vivante que sincère, à l’image de Marc.
Bonne écoute !