#5 - Jérôme Thion

Des parquets au XV de France - Parcours d'un surdoué

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Jérôme Thion, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#5 - Jérôme Thion, des parquets au XV de France - Parcours d'un surdoué
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Enfant, Jérôme se voyait travailler au contact de la nature. Passionné par les animaux et l’environnement, il imaginait volontiers son avenir à l’Office national des forêts, bien loin de la carrière sportive qui l’attendait. Avec son frère aîné, il partageait pourtant déjà le goût de l’effort et de la compétition, d’abord dans les bassins de natation, puis sur les terrains de basket.

Lorsque sa famille quitte la région parisienne pour s’installer dans les Hautes-Pyrénées, le jeune garçon découvre une nouvelle manière de vivre sa passion. Fasciné par la NBA, capable de se lever en pleine nuit pour regarder les Chicago Bulls, il commence à jouer en club à Tarbes et se fait rapidement remarquer. À seulement quinze ans, un stage organisé à Pau lui ouvre les portes du centre de formation de l’Élan Béarnais, où il découvre les exigences du sport professionnel.

Pendant trois années, Jérôme s’investit pleinement dans cette aventure, entouré d’entraîneurs et de joueurs qui lui permettent de progresser. Mais l’un d’eux, Freddy Hufnagel, ancien grand nom du basket français, lui suggère un jour de tenter sa chance dans une discipline à laquelle il ne connaît absolument rien : le rugby.

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Son premier essai à la Section Paloise restera mémorable. Arrivé au Hameau avec son short de basket et ses chaussures montantes, il découvre les exercices et les contacts d’un sport dont il ignore jusqu’aux règles. L’expérience ne convainc pas véritablement les entraîneurs, et Jérôme retourne à ses paniers. L’histoire aurait pu s’arrêter là.

Le pari de tout recommencer

Quelques années plus tard, alors qu’il évolue à Cergy-Pontoise, une nouvelle rencontre va pourtant tout changer. Un joueur du Racing lui propose de venir s’entraîner avec les jeunes du club, et Jérôme accepte, sans en parler à personne. Chaque mercredi, son unique jour de repos, il prend sa petite Peugeot 106 pour rejoindre Colombes, crampons aux pieds et avec l’impression de découvrir un autre monde.

Pendant six mois, il mène ainsi deux vies sportives parallèles, jusqu’au moment où il doit choisir entre une proposition de contrat professionnel en basket et la possibilité de tout recommencer à zéro dans le rugby. Il opte finalement pour le Racing, séduit autant par les perspectives sportives que par cette convivialité nouvelle, faite d’amitiés, de moments partagés et de troisièmes mi-temps qu’il avait peu connues jusqu’alors.

Sa progression est spectaculaire. Après quelques mois seulement, il commence à s’entraîner avec les professionnels, puis rejoint Clermont avant de poursuivre sa carrière à Perpignan. Tout n’est pourtant pas simple : en Auvergne, un entraîneur lui fait comprendre qu’il n’a pas le niveau pour poursuivre au plus haut échelon. Un jugement qu’il accepte sans renoncer à ses ambitions et auquel la suite de sa carrière apportera une réponse éclatante.

À l’USAP, Jérôme s’épanouit pleinement et dispute notamment la finale de Coupe d’Europe 2003. Quelques semaines plus tard, Bernard Laporte l’appelle pour participer à la tournée du XV de France. Celui qui découvrait encore les règles du rugby quelques années auparavant porte désormais le maillot national, réalisant un rêve qu’il avait osé évoquer dans une interview à ses tout débuts, au grand amusement de ses partenaires.

Les rencontres qui façonnent une carrière

Son arrivée au Biarritz Olympique marque le début d’une longue aventure, jalonnée de deux Boucliers de Brennus, de finales européennes et de nombreuses sélections internationales. Surnommé « Machine » pour son engagement sur le terrain, Jérôme s’impose parmi les grands deuxièmes lignes de sa génération et participe notamment à la Coupe du monde 2007.

Il garde de cette époque des souvenirs sportifs exceptionnels, mais accorde surtout une place considérable aux hommes qui lui ont fait confiance. Dominique Rose, Christophe Monbet, Jacques Brunel ou Bernard Laporte figurent parmi ces personnalités qui ont joué un rôle important dans sa progression. Sans oublier les partenaires avec lesquels il a partagé bien davantage que des matchs, à l’image de Dimitri Yachvili, dont il parle avec une affection particulière.

Car pour Jérôme, une carrière ne se construit jamais seul. Les rencontres, les encouragements et parfois même les désillusions contribuent à façonner un joueur, et il estime aujourd’hui essentiel de transmettre cette expérience aux générations suivantes.

Je crois qu’il y a un vrai travail de transmission à faire auprès de la jeune génération.

Jérôme Thion · Épisode 5 de La Cravate

Cette conviction prend une dimension particulière lorsqu’il revient sur la fin de sa carrière, en 2013. Contraint de s’arrêter à la suite d’une blessure alors qu’il pensait pouvoir continuer encore quelque temps, Jérôme découvre la difficulté de quitter un quotidien entièrement organisé autour du sport professionnel.

Il évoque avec beaucoup de sincérité cette perte brutale de repères, lorsque les habitudes, les entraînements et la reconnaissance attachée au statut de joueur disparaissent presque du jour au lendemain. Une transition qu’il compare à une petite mort et dont il regrette qu’on parle encore trop peu aux jeunes sportifs.

De retour sur les bancs de l’école à trente-cinq ans, il obtient un diplôme en management avant de se lancer dans la restauration, tout en conservant un lien avec les terrains grâce à son activité de consultant pour Eurosport. Une nouvelle vie dans laquelle il continue de cultiver son goût des rencontres et cette curiosité qui l’accompagne depuis l’enfance.

C’est dans son restaurant d’Anglet, face à l’océan, que Jérôme m’a accueilli pour cet entretien. J’étais particulièrement heureux de pouvoir échanger avec ce joueur au parcours si atypique, dont l’ascension fulgurante aurait presque pu faire oublier toutes les hésitations et les rencontres qui l’ont rendue possible.

J’ai adoré sa manière de raconter les coulisses de sa carrière, entre anecdotes savoureuses, souvenirs de vestiaire et réflexions beaucoup plus personnelles sur l’après-rugby. Jérôme est un formidable conteur, et notre discussion m’a réservé bien des surprises, notamment lorsqu’il revient sur ses premiers pas dans un sport qui allait finalement changer sa vie !

Bonne écoute !

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